Pratiques mais pas sans risques...

Coup de frein pour les trottinettes et les gyropodes

  • PubliĂ© le 22 septembre 2018 Ă  13:44
  • ActualisĂ© le 22 septembre 2018 Ă  13:57
trottinette électrique

Trottinettes, gyropodes : ces " nouveaux équipements piétons ", vedettes des animations de la Semaine de la Mobilité qui s'est déroulée du 16 au 22 septembre, font fureur depuis une année. Il s'en vend de plus en plus à La Réunion et, en toute logique, on en croise aussi de plus en plus sur les trottoirs. Tendances, certes... mais pas sans risques, tant pour le piéton sur roues que pour celui sur pieds ! Une situation qui amÚne la Ministre des Transports, Elisabeth Borne, à revoir d'ici fin octobre le code de la route de ces équipements à la mode, comme elle l'a indiqué vendredi 21 septembre, sur Europe 1.

" Certains modĂšles peuvent rouler jusqu’à 35 km, explique Gilles Clain, policier de son Ă©tat. A cette vitesse, ce ne sont plus des " nouveaux Ă©quipements piĂ©tons ", mais des vĂ©hicules ". Et c'est bien dans ce sens que s'oriente le MinistĂšre des Transports, pour revoir les modalitĂ©s de circulation des trottinettes Ă©lectriques, comme l'a annoncĂ© la Ministre Elisabeth Borne, vendredi 21 septembre 2018.

Pour l'instant encore, l’appellation " piĂ©ton " concerne les engins jusqu’à 25km/h, de loin les plus nombreux sur le marchĂ©, en raison du coĂ»t consĂ©quent d’une trottinette plus puissante. " Il faut compter entre 700 et 900 euros pour une trottinette de qualitĂ©, qui dure dans le temps et qui soit performante dans la vitesse, au-delĂ  de 25 km/h ", souligne JĂ©rĂ©my, de la boutique Loisibike RĂ©union Ă  Saint-Leu.

" A30 km/h, la trottinette Ă©lectrique doit circuler sur la chaussĂ©e et l’utilisateur porter un casque et des gants ", rappelle Gilles Clain. JĂ©rĂ©my l’assure, il n’a de cesse de le rappeler aux acheteurs : " Nous leur proposons le casque et les gants, mais ils ne sont pas nombreux Ă  les acheter ". ForcĂ©ment, la lĂ©gislation ne l’impose pas jusqu’à 25 km/h : " Seuls les enfants jusqu’à 12 ans ont l’obligation de porter un casque en vĂ©lo ", confirme Gilles Clain, qui conseille d'aller plus loin que la loi actuelle et de porter un casque par sĂ©curitĂ©.

Ni jouet, ni gadget

Autre mode de dĂ©placement en vogue, le gyropode Ă  roue unique. " Nous avons une forte demande de renseignements ", explique Monira, la gĂ©rante de l’agence saint-pierroise qui reprĂ©sente la marque Segway Ă  La RĂ©union. Elle explique : " Segway est l’inventeur du gyropode, mais il existe maintenant d’autres marques. C’est un moyen de dĂ©placement Ă©cologique, pratique, sĂ©curisant, qui est une rĂ©elle alternative Ă  la voiture et qui sĂ©duit des entreprises ayant un champ de dĂ©placement important. Nous aimerions convaincre plus de municipalitĂ©s et de collectivitĂ©s Ă  La RĂ©union d’en faire usage. "

En ce qui concerne le grand public, pour l’instant, Monira organise surtout des balades loisirs en gyropode. " Nous sortons avec les clients et ils doivent respecter les rĂšgles, porter l’équipement rĂ©glementaire notamment. " Selon le terrain de promenade, le modĂšle n’est pas le mĂȘme : c’est comme le vĂ©lo, il y a du tout-terrain et du city, du 'une roue' ou du 'deux roues', avec ou sans guidon...

Monira, comme JĂ©rĂ©my Ă  Saint-Leu, a des demandes rĂ©guliĂšres d’achat de gyropode : " Oui, les gens sont intĂ©ressĂ©s, mais le prix les rebute. Il faut compter prĂšs de 800 euros pour le modĂšle le moins cher. C'est un vrai moyen de dĂ©placement, pas un jouet ni un gadget", prĂ©cise Monira.

Pour JĂ©rĂ©my, c’est aussi la maniabilitĂ© qui fait reculer beaucoup de personnes. NĂ©anmoins, si le gyropode est moins courant que la trottinette, il gagne du terrain petit Ă  petit. " Dans quelques annĂ©es, on en verra de plus en plus ", estime Monira. Mais encore faudrait-il que les amĂ©nagements piĂ©tonniers urbains tiennent compte de ces " nouveaux Ă©quipements piĂ©tons ".

S'assurer, c'est indispensable

Trottinette ou gyropode, l’objet roulant doit surtout ĂȘtre assurĂ© !  " MĂȘme s’il y a un flou lĂ©gislatif actuellement autour de ces engins, l’assurance est nĂ©cessaire mĂȘme si elle n’est pas encore obligatoire ", prĂ©cise Gilles Clain.

A sa connaissance, aucun accident n’a Ă©tĂ© enregistrĂ© avec ces nouveaux moyens de circulation. Du cĂŽtĂ© de la gendarmerie, mĂȘme discours : " Nous n’avons pas Ă©tĂ© missionnĂ©s encore sur un accident impliquant ces Ă©quipements sur notre territoire d’affectation, reconnaĂźt Laurent Frutos, chef d’escadron de la Gendarmerie nationale. C’est comprĂ©hensible car ce sont des engins Ă  usage citadin. NĂ©anmoins, il est Ă©vident que dans l’avenir la cohabitation avec les piĂ©tons peut devenir conflictuelle. "

Cohabitation difficile

De fait, il n’est pas rare que des piĂ©tons soient obligĂ©s de descendre sur la chaussĂ©e pour laisser passer trottinettes et autres gyropodes. "Les trottoirs, Ă  Saint-Denis, sont trop Ă©troits. Quand une trottinette Ă©lectrique ou un autre +truc+ moderne arrive, c’est souvent le piĂ©ton qui descend  sur la route", rĂąle Emilie qui en croise de plus en plus rue Jules Auber ou rue Juliette Dodu.

Plus énervée encore, une jeune maman qui a rattrapé de justesse son marmaille de 2 ans avant une collision avec un gyropode sur le Barachois, à la hauteur de la plaine de jeux : " Ce monsieur roulait assez vite. Si on ne peut plus laisser les enfants évoluer sur un espace de promenade, ça devient problématique ", dit-elle. 

Une nouvelle législation à géométrie variable

Ce sont justement ces soucis de cohabitation entre piĂ©tons Ă  roues et piĂ©tons Ă  pieds qui amĂšne la Ministre des Transports, Elisabeth Borne, Ă  prĂ©voir un ajustement du Code de la route en direction de ces "nouveaux Ă©quipements" qui devraient perdre leur qualificatif piĂ©ton, et ĂȘtre incitĂ©s Ă  utiliser exclusivement les pistes cyclables et la chaussĂ©e, selon les dispositions que prĂ©voiera la future Loi d'orientation des mobilitĂ©s, en principe prĂ©sentĂ©e fin octobre 2018.

Dans l'interview accordĂ©e Ă  notre confrĂšre Europe 1 vendredi 21 septembre, la Ministre n'a pas Ă©voquĂ© les gyropodes. Mais il est permis de penser que tout moyen de dĂ©placement roulant et rapide pourrait ĂȘtre concernĂ© par cette lĂ©gislation Ă  venir. Petit bĂ©mol mis Ă  la clĂ© par Elisabeth Borne, la possibilitĂ© pour les maires de jouer la partition selon leur possibilitĂ© :  les Ă©lus locaux pourraient adapter le cadre lĂ©gal en fonction des situations locales spĂ©cifiques, a-t-elle indiquĂ©. Souci : Ă  La RĂ©union, les pistes cyclables en centre-ville, principal lieu d'Ă©volution de ces engins Ă©lectriques, ne courent pas les rues.

En renvoyant sur la chaussĂ©e trottinettes et gyropodes, le MinistĂšre rĂ©soudra certes les problĂšmes d'assurance et de port de casque de protection qui deviendront donc de fait obligatoires mais reste Ă  Ă©valuer les risques d'accidents avec des vĂ©hicules.. Le rapport de force risque d'ĂȘtre encore plus inĂ©gal qu'entre voiture et vĂ©lo en cas d'accident, pour des raisons de visibilitĂ©, le trottineur Ă©tant moins haut sur roues. A minima, les altercations changeront de camp : exit le conflit piĂ©tons Ă  roues/piĂ©tons Ă  pieds, la prise de tĂȘte se jouera sans doute entre conducteurs et trottineurs-gyropodeurs, surtout dans les rues Ă©troites oĂč les dĂ©passements sont compliquĂ©s et la visibilitĂ© moindre.
 

ml/www.ipreunion.com

guest
0 Commentaires