Trottinettes, gyropodes : ces " nouveaux équipements piétons ", vedettes des animations de la Semaine de la Mobilité qui s'est déroulée du 16 au 22 septembre, font fureur depuis une année. Il s'en vend de plus en plus à La Réunion et, en toute logique, on en croise aussi de plus en plus sur les trottoirs. Tendances, certes... mais pas sans risques, tant pour le piéton sur roues que pour celui sur pieds ! Une situation qui amÚne la Ministre des Transports, Elisabeth Borne, à revoir d'ici fin octobre le code de la route de ces équipements à la mode, comme elle l'a indiqué vendredi 21 septembre, sur Europe 1.
" Certains modĂšles peuvent rouler jusquâĂ 35 km, explique Gilles Clain, policier de son Ă©tat. A cette vitesse, ce ne sont plus des " nouveaux Ă©quipements piĂ©tons ", mais des vĂ©hicules ". Et c'est bien dans ce sens que s'oriente le MinistĂšre des Transports, pour revoir les modalitĂ©s de circulation des trottinettes Ă©lectriques, comme l'a annoncĂ© la Ministre Elisabeth Borne, vendredi 21 septembre 2018.
Pour l'instant encore, lâappellation " piĂ©ton " concerne les engins jusquâĂ 25km/h, de loin les plus nombreux sur le marchĂ©, en raison du coĂ»t consĂ©quent dâune trottinette plus puissante. " Il faut compter entre 700 et 900 euros pour une trottinette de qualitĂ©, qui dure dans le temps et qui soit performante dans la vitesse, au-delĂ de 25 km/h ", souligne JĂ©rĂ©my, de la boutique Loisibike RĂ©union Ă Saint-Leu.
" A30 km/h, la trottinette Ă©lectrique doit circuler sur la chaussĂ©e et lâutilisateur porter un casque et des gants ", rappelle Gilles Clain. JĂ©rĂ©my lâassure, il nâa de cesse de le rappeler aux acheteurs : " Nous leur proposons le casque et les gants, mais ils ne sont pas nombreux Ă les acheter ". ForcĂ©ment, la lĂ©gislation ne lâimpose pas jusquâĂ 25 km/h : " Seuls les enfants jusquâĂ 12 ans ont lâobligation de porter un casque en vĂ©lo ", confirme Gilles Clain, qui conseille d'aller plus loin que la loi actuelle et de porter un casque par sĂ©curitĂ©.
Ni jouet, ni gadget
Autre mode de dĂ©placement en vogue, le gyropode Ă roue unique. " Nous avons une forte demande de renseignements ", explique Monira, la gĂ©rante de lâagence saint-pierroise qui reprĂ©sente la marque Segway Ă La RĂ©union. Elle explique : " Segway est lâinventeur du gyropode, mais il existe maintenant dâautres marques. Câest un moyen de dĂ©placement Ă©cologique, pratique, sĂ©curisant, qui est une rĂ©elle alternative Ă la voiture et qui sĂ©duit des entreprises ayant un champ de dĂ©placement important. Nous aimerions convaincre plus de municipalitĂ©s et de collectivitĂ©s Ă La RĂ©union dâen faire usage. "
En ce qui concerne le grand public, pour lâinstant, Monira organise surtout des balades loisirs en gyropode. " Nous sortons avec les clients et ils doivent respecter les rĂšgles, porter lâĂ©quipement rĂ©glementaire notamment. " Selon le terrain de promenade, le modĂšle nâest pas le mĂȘme : câest comme le vĂ©lo, il y a du tout-terrain et du city, du 'une roue' ou du 'deux roues', avec ou sans guidon...
Monira, comme JĂ©rĂ©my Ă Saint-Leu, a des demandes rĂ©guliĂšres dâachat de gyropode : " Oui, les gens sont intĂ©ressĂ©s, mais le prix les rebute. Il faut compter prĂšs de 800 euros pour le modĂšle le moins cher. C'est un vrai moyen de dĂ©placement, pas un jouet ni un gadget", prĂ©cise Monira.
Pour JĂ©rĂ©my, câest aussi la maniabilitĂ© qui fait reculer beaucoup de personnes. NĂ©anmoins, si le gyropode est moins courant que la trottinette, il gagne du terrain petit Ă petit. " Dans quelques annĂ©es, on en verra de plus en plus ", estime Monira. Mais encore faudrait-il que les amĂ©nagements piĂ©tonniers urbains tiennent compte de ces " nouveaux Ă©quipements piĂ©tons ".
S'assurer, c'est indispensable
Trottinette ou gyropode, lâobjet roulant doit surtout ĂȘtre assurĂ© ! " MĂȘme sâil y a un flou lĂ©gislatif actuellement autour de ces engins, lâassurance est nĂ©cessaire mĂȘme si elle nâest pas encore obligatoire ", prĂ©cise Gilles Clain.
A sa connaissance, aucun accident nâa Ă©tĂ© enregistrĂ© avec ces nouveaux moyens de circulation. Du cĂŽtĂ© de la gendarmerie, mĂȘme discours : " Nous nâavons pas Ă©tĂ© missionnĂ©s encore sur un accident impliquant ces Ă©quipements sur notre territoire dâaffectation, reconnaĂźt Laurent Frutos, chef dâescadron de la Gendarmerie nationale. Câest comprĂ©hensible car ce sont des engins Ă usage citadin. NĂ©anmoins, il est Ă©vident que dans lâavenir la cohabitation avec les piĂ©tons peut devenir conflictuelle. "
Cohabitation difficile
De fait, il nâest pas rare que des piĂ©tons soient obligĂ©s de descendre sur la chaussĂ©e pour laisser passer trottinettes et autres gyropodes. "Les trottoirs, Ă Saint-Denis, sont trop Ă©troits. Quand une trottinette Ă©lectrique ou un autre +truc+ moderne arrive, câest souvent le piĂ©ton qui descend sur la route", rĂąle Emilie qui en croise de plus en plus rue Jules Auber ou rue Juliette Dodu.
Plus Ă©nervĂ©e encore, une jeune maman qui a rattrapĂ© de justesse son marmaille de 2 ans avant une collision avec un gyropode sur le Barachois, Ă la hauteur de la plaine de jeux : " Ce monsieur roulait assez vite. Si on ne peut plus laisser les enfants Ă©voluer sur un espace de promenade, ça devient problĂ©matique ", dit-elle.Â
Une nouvelle législation à géométrie variable
Ce sont justement ces soucis de cohabitation entre piĂ©tons Ă roues et piĂ©tons Ă pieds qui amĂšne la Ministre des Transports, Elisabeth Borne, Ă prĂ©voir un ajustement du Code de la route en direction de ces "nouveaux Ă©quipements" qui devraient perdre leur qualificatif piĂ©ton, et ĂȘtre incitĂ©s Ă utiliser exclusivement les pistes cyclables et la chaussĂ©e, selon les dispositions que prĂ©voiera la future Loi d'orientation des mobilitĂ©s, en principe prĂ©sentĂ©e fin octobre 2018.
Dans l'interview accordĂ©e Ă notre confrĂšre Europe 1 vendredi 21 septembre, la Ministre n'a pas Ă©voquĂ© les gyropodes. Mais il est permis de penser que tout moyen de dĂ©placement roulant et rapide pourrait ĂȘtre concernĂ© par cette lĂ©gislation Ă venir. Petit bĂ©mol mis Ă la clĂ© par Elisabeth Borne, la possibilitĂ© pour les maires de jouer la partition selon leur possibilitĂ© : les Ă©lus locaux pourraient adapter le cadre lĂ©gal en fonction des situations locales spĂ©cifiques, a-t-elle indiquĂ©. Souci : Ă La RĂ©union, les pistes cyclables en centre-ville, principal lieu d'Ă©volution de ces engins Ă©lectriques, ne courent pas les rues.
En renvoyant sur la chaussĂ©e trottinettes et gyropodes, le MinistĂšre rĂ©soudra certes les problĂšmes d'assurance et de port de casque de protection qui deviendront donc de fait obligatoires mais reste Ă Ă©valuer les risques d'accidents avec des vĂ©hicules.. Le rapport de force risque d'ĂȘtre encore plus inĂ©gal qu'entre voiture et vĂ©lo en cas d'accident, pour des raisons de visibilitĂ©, le trottineur Ă©tant moins haut sur roues. A minima, les altercations changeront de camp : exit le conflit piĂ©tons Ă roues/piĂ©tons Ă pieds, la prise de tĂȘte se jouera sans doute entre conducteurs et trottineurs-gyropodeurs, surtout dans les rues Ă©troites oĂč les dĂ©passements sont compliquĂ©s et la visibilitĂ© moindre.
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