Depuis de nombreuses annĂ©es, la psychiatrie est en crise et ce pour diffĂ©rentes raisons. PĂ©nurie de professionnels, manque d'attractivitĂ© du secteur, manque d'investissements ou encore fermeture de lits... les grĂšves s'enchaĂźnent dans les services partout en France. Ă La RĂ©union, le contexte n'est pas le mĂȘme que dans l'Hexagone mais le secteur reste en tension, notamment du fait de l'insularitĂ© et du retard de dĂ©veloppement des infrastructures (Photo d'illustration rb/www.imazpress.com)
BientĂŽt deux ans que les assises de la psychiatrie, initiĂ©es par le prĂ©sident de la RĂ©publique, ont rĂ©uni lâensemble des acteurs concernĂ©s dans un contexte Ă©pidĂ©mique ayant fragilisĂ© le secteur. Depuis, la situation n'a pas vraiment changĂ© et les professionnels ne font que tirer la sonnette d'alarme.
Pourtant, le programme "santé mentale et psychiatrie" lancé en 2013 et révisé réguliÚrement a permis plusieurs mesures de soutien significatives aprÚs la crise du covid-19. Mais le manque d'investissement n'est malheureusement pas le seul problÚme.
Ă La RĂ©union, le secteur n'Ă©chappe pas Ă cette crise mĂȘme si l'offre de soin s'y organise diffĂ©remment.
- Le public et le privé main dans la main -
En 1995, le groupe privé des Flamboyants ouvre son tout premier établissement sur l'ßle. "à l'époque, il n'y avait que l'hÎpital public qui soignait les grandes maladies de santé mentale et qui de ce fait souffrait de connotation assez négative" explique Aude D'Abbadie Savalli, directrice générale du groupe.
Aujourd'hui, les Flamboyants comptent trois établissements et travaillent en complémentarité de l'offre du public. Le groupe prend en charge 45% de l'hospitalisation complÚte et 59% de l'hospitalisation de jour.
Si l'hÎpital public accueille toutes pathologies, les cliniques des Flamboyants se concentrent seulement sur certaines d'entre elles, comme la dépression, les troubles anxieux, bipolaires, les burn-out ou encore les troubles du comportement alimentaire.
"Il n'y a pas de réelle concurrence entre le public et le privé. L'offre est vraiment construite en partenariat" insiste Aude D'Abbadie Savalli.
Cette situation s'explique par le retard important de La Réunion en matiÚre d'équipement. "Un retard de 30% en matiÚre d'offre de soin était encore enregistré il y a 4-5 ans" révÚle la directrice des Flamboyants. Une situation qui a nécessité un plan de rattrapage pas tout à fait terminé ce qui n'est pas sans conséquence.
Car La Réunion est en retard par rapport à l'Hexagone en termes d'unités de soin, d'équipements et de structures. Par rapport au nombre de personnes ayant besoin d'une prise en charge, en hausse, l'offre de soin n'est pas suffisante. Résultat, des délais d'attente importants pour les patients.
Zohra Givran, infirmiÚre syndiquée à la CGTR hospitaliÚre confirme que les usagers ont de plus en plus de mal à accéder à une prise en charge avec un médecin psychiatre.
Si l'EPSMR travaille sur ces dĂ©lais Ă travers ces centres mĂ©dico-psychologiques (CMP), l'attente reste extrĂȘmement longue, "et bien souvent on accĂšde seulement Ă un infirmier" ajoute Zohra Givran.
- Manque d'unités spécialisées -
Bien souvent, des patients souffrant de pathologies diffĂ©rentes se trouvent hospitalisĂ©s dans une mĂȘme unitĂ©. Pour Expedit Lock Fat, membre de la CFDT SantĂ©, cette situation peut parfois crĂ©er un sentiment d'insĂ©curitĂ© Ă la fois pour les soignants et les soignĂ©s.
"Il est compliqué de soigner une personne dépressive à cÎté d'une personne qui pourrait avoir des troubles délirants, cela ne fonctionne pas au niveau de la thérapie" affirme Aude D'Abbadie Savalli.
Aux Flamboyants, les patients schizophrÚnes ou ayant des psychoses ne sont pas pris en charge. L'établissement veille également à ne pas mélanger les patients de différents ùges, avec une unité pour la pédopsychiatrie, une pour les jeunes adultes, une pour les adultes et enfin une unité de géronto-psychiatrie pour les personnes ùgés, la seule à La Réunion.
De plus, une unitĂ© de soins renforcĂ©s est en place pour des patients qui nĂ©cessitent d'ĂȘtre accompagnĂ©s toute la journĂ©e sans ĂȘtre laissĂ©s seuls. Mais ces unitĂ©s restent les plus rares.
"Ici il y a un gros manque de structures pour les patients trÚs violents, ceux avec qui on ne peut rien faire et qui malheureusement ont besoin de soins approfondies. Il n'y a pas d'unité pour eux dans le public et ils exposent nos professionnels à des risques. Cela peut vraiment polluer la vie d'un service. Une fois nous avons finalement dû envoyer le patient dans l'Hexagone dans une structure spécialisée. Mais ce n'est pas une solution viable" raconte Expedit Lock Fat.
Autres structures manquantes à La Réunion, celles pour les enfants et adolescents. Pour rattraper ce manque, l'hÎpital public a pu bénéficier de financements et le privé a renforcé son offre de soin.
"Avant 2021, il n'y avait que 7 lits pour la pédopsychiatrie. Cela ne fait pas beaucoup surtout qu'on a une population plutÎt jeune ici" développe Aude D'Abbadie Savalli.
En 2021, les Flamboyants ont donc ouvert 15 lits supplémentaires dans le sud. Au mois de mars, un nouvel établissement du groupe a vu le jour dans l'est, disposant de 13 lits pour les patients mineurs.
Mais qui dit rattrapage d'équipement dit un besoin plus important de personnel. Une autre problématique qui touche le secteur de la psychiatrie.
- Manque d'attractivité pour les professionnels -
"C'est la spécialité la moins choisie en internat. En 2019, 17% des places d'internat n'était pas pourvues en psychiatrie contre 11% en 2020. Cela se traduit par moins de professionnels formés. Pourtant, les besoins en santé mentale augmentent" précise Aude D'Abbadie Savalli.
Sur le territoire national, 30 à 40% des postes de psychiatres sont vacants dans une grande majorité des départements.
Comme partout en France, La Réunion n'échappe pas à cette pénurie de professionnels alors que les besoins en recrutement sont importants du fait de la situation de rattrapage.
"L'EPSMR recrute une trentaine de psychiatres et nous recrutons aussi. Comme il en manque au niveau national il faut rĂ©ussir Ă ĂȘtre attractif pour faire venir les gens ici" poursuit la directrice des Flamboyants.
"On est obligé de mener une politique de fidélisation plus importante qu'en métropole puisque en outre-mer, si les gens ne viennent pas c'est dramatique. Dans l'Hexagone, il y a un peu plus de mobilité" ajoute Expedit Lock Fat.
Cette politique de fidélisation se traduit par des conditions de rémunérations améliorées, pas toujours suffisantes face à l'insularité.
CÎté soignants, la psychiatrie est l'un des domaines les plus pénibles et est frappé par le burn-out. Cette usure professionnelle s'explique de plusieurs maniÚres.
PremiÚrement, le manque d'effectifs. à chaque fois qu'un plan de réduction de moyen touche le secteur, non seulement des lits ferment mais des postes sont supprimés, en particulier dans l'administratif.
"Il faut laisser le travail administratif aux administratifs et celui des soignants aux soignants. Les infirmiers passent leur temps à prendre des rendez-vous alors que ça relÚve de la compétence des secrétaires médicales" relÚve Zohra Givran.
Loic* infirmier en psychiatrie tĂ©moigne de cette problĂ©matique. "Il peut y avoir des difficultĂ©s pour gĂ©rer un travail administratif de plus en plus chronophage en mĂȘme temps que d'ĂȘtre prĂ©sent auprĂšs des patients" dit-il.
Par manque d'effectif, le nombre d'heures travaillées peuvent aussi devenir difficiles à gérer pour les soignants qui ont déjà un rythme particulier. " Une des difficultés pour les soignants est le rythme de travail, alternance nuit/jour, le travail le week-end, qui entraßne à terme une certaine fatigue" poursuit l'infirmier.
De plus, la profession reste Ă risque : Ă Reims, une infirmiĂšre a Ă©tĂ© tuĂ©e rĂ©cemment. "Il y a des phĂ©nomĂšnes d'agressions et cela arrive Ă notre sens trop souvent. Pour le professionnel le fait d'ĂȘtre agressĂ©, ne pas se sentir en sĂ©curitĂ© dans son boulot c'est une forme de mort sociale si il n'est pas suffisamment accompagnĂ©" indique Expedit Lock Fat.
- Former et accompagner -
Si les soignants travaillant dans le secteur de la psychiatrie ont parfois besoin de changer d'activité un temps pour souffler, des solutions sont envisagées par les directeurs d'établissements et syndicats pour les accompagner au mieux dans leur profession.
"Aux Flamboyants, on les accompagne de plusieurs maniĂšres. On leur donne les outils pour qu'ils puissent ĂȘtre armĂ©s face Ă leur mĂ©tier. Le soignant n'est pas seul face au patient et il bĂ©nĂ©ficie d'intervention de psychologues" dĂ©crit Aude D'Abbadie Savalli.
Dans les cliniques du groupe, le ratio de professionnels pour un patient est important avec 1 Ă 2 professionnels par patient. "Plus ils sont nombreux plus c'est facile d'accompagner les patients, mĂȘme en situation de crise" ajoute-t-elle.
Autre point important, la formation. Auparavant, les infirmiers pouvaient ĂȘtre formĂ©s Ă la psychiatrie, une spĂ©cialitĂ© supprimĂ©e. " Ă notre sens c'est une grosse erreur historique" lance Expedit Lock Fat. "Pour le jeune qui sort de l'Ă©cole et entre directement en service, si on ne fait pas attention et on ne l'accompagne pas il est dĂ©truit trĂšs rapidement" poursuit-il.
Les syndicats accueillent donc avec beaucoup de bienveillance l'ouverture à l'université de l'école de formation des infirmiÚr.es, pratiques avancées en psychiatrie, à partir de cette année et aimeraient que ces formations soient plus nombreuses sur le territoire.
Enfin, une fois de plus le public et le privĂ© travaillent ensemble sur cette question en organisant des formations communes pour les soignants dĂ©jĂ sortis du cursus scolaire mĂȘme si l'insularitĂ© rend difficile la venue des formateurs.
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Bizarre effectivement que ce ne sont que des syndicalistes MCO qui ont Ă©tĂ© interrogĂ©s. Pourtant on est bien garni en syndicalistes en PSY, les mĂȘmes qui aiment bat' carrer et casser la blague dans les services en longueur de journĂ©e :)
Je suis d'accord au post 1, Ă 200%.
Lorsque le Ministre de la santé M. François Braun était venu à la Réunion novembre 2022, les deux syndicalistes ont que réclamé les 50 millions du déficit du CHU soient résorbés, ils n'ont jamais parlé des problÚmes liés à la psychiatrie. Seule la médecine générale était défendue par M. Expedit et Mme Zohra. Les voilà aujourd'hui devenus les plus grands défenseurs de la santé. MDR !
Merci Ă IMAZPRESS pour ce dossier.
Bien que des améliorations de soins psychiatriques sont constatées, "la psychiatrie reste encore les parents pauvres de l'hÎpital ". Une des citation utilisées des syndicats !
Les mĂȘmes qui dĂ©fendent becs et ongles la MCO ( MĂ©decine-Chirurgie- ObstĂ©trique ) viennent aujourd'hui donner des leçons de manque !
Il faut absolument revoir notre coefficient géographique qui reste trop faible par rapport à la Métropole. à nos parlementaires de faire leur travail.
Oui, c'est une réalité qu'il manque une (UMD) unité pour malades Difficiles à la Réunion. Cette demande a été une revendication forte de 2 syndicats de l'Ouest SUD SANTà M. Mounichy et la CFDT dont M. Comorassamy qui est en retraite déjà (J'ai bien apprécié sa tribune parue dans la presse ce WE) .
Notez aussi que le gouvernement tend Ă favoriser plus le privĂ© que le public, mais lĂ ni Mme Zora, ni M. Lock- Fat n'en parlent.....On peut mĂȘme rajouter que notre langue maternelle doit ĂȘtre bien maĂźtrisĂ©e pour exercer en psychiatrie, que pensent les syndicats ?
N'empĂȘche, Sud SantĂ© et CFDT EPSMR font leur travail dans ce contextedifficile, pour amĂ©liorer la qualitĂ© de soins et le bien-ĂȘtre des agents Ă l'EPSMR.