Depuis le passage du cyclone Belal en janvier 2024, une partie du chemin des Niaoulis dans les hauts de Saint-François à Saint-Denis est impraticable en voiture. Cinq parcelles en particulier sont "partiellement enclavées", indique la mairie qui peine à trouver une solution rapide. Les habitants concernés, en colère et ayant saisi la justice pour régler ce différend en avril dernier, ont été conviés ce mardi 22 octobre 2024 par la mairie pour un point d'étape (Photo d'illustration www.imazpress.com)
C'est dans une ambiance électrique que la presse a d'abord été reçue en fin de matinée ce mardi, pour faire le point sur le dossier. Un habitant du quartier a tenté d'assister à cette réunion où les riverains n'étaient pas conviés, avant de devoir quitter la salle en attendant la réunion prévue entre la mairie et les habitants concernés.
Depuis le passage de Belal, cinq terrains ne sont plus accessibles en voiture. Une situation qui pèse sur les riverains, qui accusent la mairie d'avoir rompu le dialogue. "Les riverains ayant choisi la voie du contentieux en avril, c'est par l'intermédiaire de nos avocats respectifs que la discussion continue" affirme Nathalie Puvilland, directrice de cabinet de la mairie.
"Le chemin est situé dans une zone d'effondrement, où trois éboulis ont été détectés. Il s'agit de travaux qui demandent de nombreuses expertises avant de pouvoir les réaliser, nous travaillons sur le dossier depuis le mois de février" martèle-t-elle.
Situé en zone rouge du plan de prévention des risques, le chemin "nécessite une solution qui soit sécurisée et sécurisante" souligne Albert Marimoutou, directeur général des services (DGS). "Nous ne pouvons pas nous permettre de jouer les apprentis sorciers".
"Un premier rapport du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) confirme l'instabilité de toute la zone, une nouvelle étude va être nécessaire pour déceler sur quelle surface s'étend cette instabilité" annonce-t-il.
Parmis toutes les options évaluées, seule une a véritablement été retenue : celle du rétablissement du chemin initial, dont la zone accidentée s'étend sur 20 mètres, et dont les travaux sont évalués à environ 400.000 euros. Un problème se pose cependant, annonce la mairie : 180 mètres supplémentaires de ce chemin pourraient aussi présenter un risque d'effondrement, ce qui allongerait considérablement la zone des travaux, mais aussi les coûts, évalués pour l'heure entre 6 et 7 millions d'euros. Ecoutez :
Une seconde étude va être lancée pour déterminer si, oui ou non, ces 180 mètres présentent un risque, et à combien s'élèveront exactement les travaux. Un appel d'offre a été lancé pour cette étude, qui devrait être réalisée en environ quatre mois. Ce n'est qu'à l'issue de cette étude que la mairie pourra décider, ou non, de se tourner vers cette option.
Deux autres hypothèses sont sur la table si cette option n'est pas retenue. "Une autre possibilité serait de bétonner un chemin déjà existant, présent sur une parcelle appartenant à l'un des riverains, qui pour l'heure n'a pas donné son accord. Il faudra reprendre le dialogue si nécessaire, cette option a le mérite d'exister" estime Albert Marimoutou
"La dernière serait de créer un chemin en contournant les habitations, le propriétaire du terrain étant d'accord pour le vendre à la mairie, mais la topographie du terrain avec une pente à 85% rend l'opération délicate" détaille le DGS.
En bref, les habitants vont devoir encore patienter avant de trouver une solution. "On comprend que ça les touche, mais on ne peut pas faire l'impasse sur la sécurité. On espère qu'ils l'entendront" dit Nathalie Puvilland.
- Les riverains en colère -
En début d'après-midi, les habitants ont rencontré les services de la mairie. C'est la première fois qu'une telle rencontre était organisée. Reçus pendant trois heures, ils sont ressortis de la réunion "sans aucune réponse satisfaisante" disent-ils.
"On nous a annoncé uniquement des mauvaises nouvelles. D'après la mairie, on ne sera pas désenclavé avant deux ans, soit deux fois plus longtemps que ce qu'ils ont annoncé à la presse" affirme Alexandre Gilles, l'un des riverains concernés.
Ils déplorent que la mairie "n'explore pas toutes les pistes", alors que celle-ci s'était engagée "à désenclaver le quartier dans le trimestre". Citant le cas de leur voisine qui refuse de donner accès à son terrain pour y construire un passage provisoire, ils arguent que la maire a le "pouvoir police pour pouvoir exploiter provisoirement ce passage".
"On ne demande pas à ce que cette solution soit pérenne, ni d'expropriation, mais qu'au moins on puisse l'exploiter le temps que les travaux nécessaires soient réalisés" avance Valérie Delabois, une habitante. Concernant le terrain dont la topographie est estimée trop délicate, elle affirme que la mairie "n'a pas fait venir de maîtres d'ouvrage pour évaluer si oui ou non le terrain être trop pentu pour être construit".
"On a un voisin qui est prêt à vendre une partie de son terrain pour construire un accès provisoire, et on essaie même d'évaluer si oui non ça serait trop compliqué à réaliser" souffle-t-elle. "Ils ne veulent même pas entendre parler de solution provisoire."
La mairie affirme par ailleurs que tout a été mis en oeuvre pour s'assurer que les secours puissent tout de même intervenir chez les habitants concernés. Ces derniers réfutent totalement cette affirmation. "Mon mari a dû être hospitalisé parce qu'il était impossible de faire des soins à domicile. Ils détruisent nos vies, ça fait 20, 30 ans qu'on habite ici" assure Valérie Delabois.
"Je rappelle que la Cour de Cassation a tranché : notre chemin est un terrain communal, elle a donc l'obligation de nous désenclaver, et ce dans un calendrier serré. C'est-à-dire un ou deux trimestres" insiste Alexandre Gilles. "Ce n'est pas possible qu'une situation de la sorte se produise dans la capitale de l'Outre-mer" lance-t-il.
Il rappelle par ailleurs qu'un rapport du bureau d’ingénieurs-conseils Geolithe a proposé "une solution concrète en mars dernier estimée entre 380.000 et 420.000 euros pour une durée totale des travaux de 6 mois". "Et aujourd'hui on nous annonce qu'on sera enclavé pendant deux ans encore, ce n'est pas entendable, ça met des gens, des enfants en danger. Ils nous parlent des coûts, mais combien coûte une vie ?" demande le riverain.
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Quelqu’en soit la raison il est vraiment affligeant pour ne pas dire honteux de constater qu’une solution provisoire ne soit même pas encore entérinée plus de 8 mois après l’éboulement.