Alors que la crise du COVID-19 chamboule l'organisation des services de santĂ©, les unitĂ©s psychiatriques se sentent laissĂ©es pour compte. En effet, les mesures de sĂ©curitĂ© ont tardĂ© Ă ĂȘtre mises en place, et le matĂ©riel de protection manque cruellement Ă l'appel, dans des services oĂč la prise en charge des patients est bouleversĂ©e par la situation sensible et inĂ©dite du confinement.
Dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus, qui touche dĂ©sormais plus de 300 personnes Ă La RĂ©union, les services psychiatriques de lâĂźle doivent adapter lâaccueil et le suivi de leurs patients. Si pour lâinstant, on ne recense aucun cas de covid-19 en psychiatrie, les patients de cette spĂ©cialitĂ© de mĂ©decine souffrant de maladies mentales sont particuliĂšrement affectĂ©s par la situation de confinement. Et face Ă la crise, les personnels soignants se sentent laissĂ©s pour compte.
Depuis le lundi 30 mars, soit plus de dix jours aprĂšs l'entrĂ©e en vigueur des mesures de confinement, la direction de l'EPSMR (Etablissement public de santĂ© mentale de La RĂ©union) prend la dĂ©cision de confiner les nouveaux arrivants dans des services sĂ©parĂ©s. "Ca fait des semaines qu'on le demande", explique Laurence Chatel, assistante sociale Ă l'EPSMR. Une dĂ©cision effectivement prise sur le tard pour Willy Govindama, aide soignant et reprĂ©sentant de la CFDT-EPSMR. âLe patient est bien confinĂ© dans un service Ă part, mais pas le mĂ©decin avec qui il a Ă©tĂ© en contactâ, poursuit-il. âOn marche sur la tĂȘte !â
Selon une rĂ©cente note de la direction, les nouveaux patients doivent Ă©galement ĂȘtre systĂ©matiquement testĂ©s. Mais, faute de matĂ©riel, les tests ne sont en rĂ©alitĂ© pas toujours effectuĂ©s. âUn patient est arrivĂ© dans un service, on ne savait mĂȘme pas sâil avait Ă©tĂ© testĂ© !â, relate Willy Govindama, qui pointe le caractĂšre urgent de la situation.
La prise en charge des patients a donc dĂ» ĂȘtre rĂ©organisĂ©e afin de limiter les risques de contamination. DĂ©sormais, les hospitalisations sont limitĂ©es aux situations qui le nĂ©cessitent, sans alternative possible, comme le soutien Ă domicile (aide mĂ©nagĂšres, portage de repas, accueil familial etc). L'accueil du public, Ă l'exception des urgences, est interrompu.
- Interruption des visites -
Les ateliers thĂ©rapeutiques sont multipliĂ©s pour les patients hospitalisĂ©s, notamment grĂące Ă lâaide des volontaires du pĂŽle santĂ© mentale, qui compte des ergothĂ©rapeutes, des psychomotriciens, ou encore des infirmiers spĂ©cialisĂ©s.
Toutes les Ă©quipes mĂ©dicales sont mobilisĂ©es afin de limiter le stress important dans cette pĂ©riode de pandĂ©mie. âCertains patients ne comprennent pas la situationâ explique lâaide soignant. Dâautant plus que les visites ne sont plus autorisĂ©es pour des raisons de sĂ©curitĂ© sanitaire, et selon les recommandations nationales.
Une mesure qui chamboule le quotidien des patients les plus fragiles. Ludovic Christen, psychiatre et chef du pĂŽle de santĂ© mentale du CHU Sud, explique favoriser les communications tĂ©lĂ©phoniques (la plupart des patients disposent dâun tĂ©lĂ©phone personnel), et souhaite mettre en place un systĂšme de visioconfĂ©rence avec lâextĂ©rieur, âquand cela est possibleâ.
- "La grande oubliée face au covid-19"-
Une situation difficile Ă gĂ©rer pour certains patients particuliĂšrement sensibles. âExpliquer le confinement Ă des patients qui souffrent de troubles du jugement, câest mission impossibleâ, souffle une psychiatre. Face Ă cette situation inĂ©dite, le personnel de soin tente de sâadapter au mieux, âdans le respect des droits des patientsâ, prĂ©cise Ludovic Christen.
DĂšs le 27 mars, la CFDT-EPSMR lance un cri dâalerte, qualifiant la psychiatrie de âgrande oubliĂ©e face au COVID-19â. âNos Ă©quipes sont actuellement totalement dĂ©pourvues de masques de protection et autre matĂ©riel de sĂ©curisationâ, alerte le syndicat, demandant Ă lâARS et Ă la direction leur soutien, ainsi que lâaide nĂ©cessaire Ă la protection du personnel, âen souffrance, rĂ©signĂ©s, Ă©puisĂ©s par la peurâ, selon les mots du syndicat.
âLes gestes barriĂšres sont tout ce quâil nous resteâ, dĂ©plore Willy Govindama. Il assure que personnel de lâEPSMR vit dans lâangoisse liĂ©e au manque de protection. âOn nous dit que le matĂ©riel arrive, mais on nây croit plus !â, sâemporte lâaide-soignant. La peur dâattraper, ou pire, de transmettre le virus aux patients, est omniprĂ©sente.
Pour palier ce manque, le personnel mĂ©dical se dĂ©brouille comme il peut. "On bricole au quotidien", tĂ©moigne Laurence Chatel, qui explique confectionner elle-mĂȘme ses masques en tissu, comme nombre de ses collĂšgues. "Le soir, on les lave pour les rĂ©utiliser", confie l'assistante sociale.
âOn parle beaucoup des hĂŽpitaux, mais jamais de la psychiatrieâ, regrette Willy Govindama, qui demande Ă ce que les spĂ©cificitĂ©s de cette branche soient prises en compte dans la gestion de la crise. âPar rapport aux autres spĂ©cialitĂ©s, on est en retard sur les mesures prisesâ, explique-t-il. Mais lâheure nâest pas aux rĂšglements de compte : âPour lâinstant, on doit ĂȘtre solidaires, avancer, et croiser les doigts pour Ă©viter le drameâ.
ldp / www.ipreunion.com / [email protected]

Plainte des syndicats ? OĂč Ă©tiez vous et oĂč ĂȘtes vous en ce moment ? Ah oui planquez dans vos bureaux climatisĂ©s car oui vous vous plaignez pour nous vous dites ? Vous avez peur des soignants, vous nous fuyez par contre mettre votre nom dans la presse ça vous y arrivez
Patience, aprĂšs deux mois de confinement, ils auront du boulot!