Lutte contre le coronavirus

La psychiatrie se sent laissée pour compte

  • PubliĂ© le 6 avril 2020 Ă  05:52
  • ActualisĂ© le 6 avril 2020 Ă  10:39
psychiatrie

Alors que la crise du COVID-19 chamboule l'organisation des services de santĂ©, les unitĂ©s psychiatriques se sentent laissĂ©es pour compte. En effet, les mesures de sĂ©curitĂ© ont tardĂ© Ă  ĂȘtre mises en place, et le matĂ©riel de protection manque cruellement Ă  l'appel, dans des services oĂč la prise en charge des patients est bouleversĂ©e par la situation sensible et inĂ©dite du confinement.

Dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus, qui touche dĂ©sormais plus de 300 personnes Ă  La RĂ©union, les services psychiatriques de l’üle doivent adapter l’accueil et le suivi de leurs patients. Si pour l’instant, on ne recense aucun cas de covid-19 en psychiatrie, les patients de cette spĂ©cialitĂ© de mĂ©decine souffrant de maladies mentales sont particuliĂšrement affectĂ©s par la situation de confinement. Et face Ă  la crise, les personnels soignants se sentent laissĂ©s pour compte.

Depuis le lundi 30 mars, soit plus de dix jours aprĂšs l'entrĂ©e en vigueur des mesures de confinement, la direction de l'EPSMR (Etablissement public de santĂ© mentale de La RĂ©union) prend la dĂ©cision de confiner les nouveaux arrivants dans des services sĂ©parĂ©s. "Ca fait des semaines qu'on le demande", explique Laurence Chatel, assistante sociale Ă  l'EPSMR. Une dĂ©cision effectivement prise sur le tard pour Willy Govindama, aide soignant et reprĂ©sentant de la CFDT-EPSMR. “Le patient est bien confinĂ© dans un service Ă  part, mais pas le mĂ©decin avec qui il a Ă©tĂ© en contact”, poursuit-il. “On marche sur la tĂȘte !”

Selon une rĂ©cente note de la direction, les nouveaux patients doivent Ă©galement ĂȘtre systĂ©matiquement testĂ©s. Mais, faute de matĂ©riel, les tests ne sont en rĂ©alitĂ© pas toujours effectuĂ©s. “Un patient est arrivĂ© dans un service, on ne savait mĂȘme pas s’il avait Ă©tĂ© testĂ© !”, relate Willy Govindama, qui pointe le caractĂšre urgent de la situation.

La prise en charge des patients a donc dĂ» ĂȘtre rĂ©organisĂ©e afin de limiter les risques de contamination. DĂ©sormais, les hospitalisations sont limitĂ©es aux situations qui le nĂ©cessitent, sans alternative possible, comme le soutien Ă  domicile (aide mĂ©nagĂšres, portage de repas, accueil familial etc). L'accueil du public, Ă  l'exception des urgences, est interrompu.

- Interruption des visites -

Les ateliers thĂ©rapeutiques sont multipliĂ©s pour les patients hospitalisĂ©s, notamment grĂące Ă  l’aide des volontaires du pĂŽle santĂ© mentale, qui compte des ergothĂ©rapeutes, des psychomotriciens, ou encore des infirmiers spĂ©cialisĂ©s.

Toutes les Ă©quipes mĂ©dicales sont mobilisĂ©es afin de limiter le stress important dans cette pĂ©riode de pandĂ©mie. “Certains patients ne comprennent pas la situation” explique l’aide soignant. D’autant plus que les visites ne sont plus autorisĂ©es pour des raisons de sĂ©curitĂ© sanitaire, et selon les recommandations nationales.

Une mesure qui chamboule le quotidien des patients les plus fragiles. Ludovic Christen, psychiatre et chef du pĂŽle de santĂ© mentale du CHU Sud, explique favoriser les communications tĂ©lĂ©phoniques (la plupart des patients disposent d’un tĂ©lĂ©phone personnel), et souhaite mettre en place un systĂšme de visioconfĂ©rence avec l’extĂ©rieur, “quand cela est possible”.

- "La grande oubliée face au covid-19"-

Une situation difficile Ă  gĂ©rer pour certains patients particuliĂšrement sensibles. “Expliquer le confinement Ă  des patients qui souffrent de troubles du jugement, c’est mission impossible”, souffle une psychiatre. Face Ă  cette situation inĂ©dite, le personnel de soin tente de s’adapter au mieux, “dans le respect des droits des patients”, prĂ©cise Ludovic Christen.

DĂšs le 27 mars, la CFDT-EPSMR lance un cri d’alerte, qualifiant la psychiatrie de “grande oubliĂ©e face au COVID-19”. “Nos Ă©quipes sont actuellement totalement dĂ©pourvues de masques de protection et autre matĂ©riel de sĂ©curisation”, alerte le syndicat, demandant Ă  l’ARS et Ă  la direction leur soutien, ainsi que l’aide nĂ©cessaire Ă  la protection du personnel, “en souffrance, rĂ©signĂ©s, Ă©puisĂ©s par la peur”, selon les mots du syndicat.

“Les gestes barriĂšres sont tout ce qu’il nous reste”, dĂ©plore Willy Govindama. Il assure que personnel de l’EPSMR vit dans l’angoisse liĂ©e au manque de protection. “On nous dit que le matĂ©riel arrive, mais on n’y croit plus !”, s’emporte l’aide-soignant. La peur d’attraper, ou pire, de transmettre le virus aux patients, est omniprĂ©sente.

Pour palier ce manque, le personnel mĂ©dical se dĂ©brouille comme il peut. "On bricole au quotidien", tĂ©moigne Laurence Chatel, qui explique confectionner elle-mĂȘme ses masques en tissu, comme nombre de ses collĂšgues. "Le soir, on les lave pour les rĂ©utiliser", confie l'assistante sociale.

“On parle beaucoup des hĂŽpitaux, mais jamais de la psychiatrie”, regrette Willy Govindama, qui demande Ă  ce que les spĂ©cificitĂ©s de cette branche soient prises en compte dans la gestion de la crise. “Par rapport aux autres spĂ©cialitĂ©s, on est en retard sur les mesures prises”, explique-t-il. Mais l’heure n’est pas aux rĂšglements de compte : “Pour l’instant, on doit ĂȘtre solidaires, avancer, et croiser les doigts pour Ă©viter le drame”.

ldp / www.ipreunion.com / [email protected]

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2 Commentaires
Soignant en colĂšre
Soignant en colĂšre
6 ans

Plainte des syndicats ? OĂč Ă©tiez vous et oĂč ĂȘtes vous en ce moment ? Ah oui planquez dans vos bureaux climatisĂ©s car oui vous vous plaignez pour nous vous dites ? Vous avez peur des soignants, vous nous fuyez par contre mettre votre nom dans la presse ça vous y arrivez

AMAZONUS
AMAZONUS
6 ans

Patience, aprĂšs deux mois de confinement, ils auront du boulot!