Tribune libre de Salim Nana-Ibrahim

Le 10 mai, une date de victoire, de mémoire et de changement

  • Publié le 9 mai 2024 à 17:28

Le saviez-vous ? Le 10 mai 2001, le Parlement adoptait la loi Taubira, reconnaissant la traite négrière et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.

Le saviez-vous ? Vingt ans plus tôt, le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu président de la République. Il restera au pouvoir pendant 14 ans et sa gouvernance marquera profondément l’histoire de notre pays ainsi que celle de notre île.

Le 10 mai est une date qui résonne dans l’histoire de la France, ces deux évènements historiques illustrent clairement les progrès sociaux, rendus possible grâce à des hommes et des femmes qui ont placé l’être humain au cœur de leurs préoccupations.

Souvenons-nous,

Souvenons-nous de cette victoire du 10 mai 1981, un jour de joie tant attendue où les idées socialistes ont été portées au sommet de notre pays.

Les dispositions fortes qui ont fondé les grandes libertés fondamentales de notre société, fondé la protection des salariés, renforcé les droits des travailleurs, sont nées de cette gouvernance, notamment : la 5ème semaine de congés payés, l’augmentation du SMIC, l’augmentation des prestations familiales et de l’allocation logement, la création du Revenu Minimum d’insertion (devenu RSA) ; l’abolition de la peine de mort, la dépénalisation de l’homosexualité, l’ouverture au privé pour la télévision et la radio, et un développement culturel sans précèdent (fête de la musique, reconnaissance du maloya).

Localement, la loi de décentralisation adoptée en 1982 a permis la transformation de notre territoire et l’adaptabilité à nos besoins spécifiques ; Michel Rocard le 10 mai 1981 au soir de la victoire, exprimait la nécessité d’une « réforme régionale pour permettre que se mobilisent mieux les énergies, les talents, les compétences dont ce pays est riche et qui jusqu’à maintenant était freinées dans leur essor et leur initiative ». Les idées et valeurs étaient annoncées, le programme était ambitieux et nous en avons encore aujourd’hui les fruits.

Souvenons-nous,

Souvenons-nous de notre histoire et de l’importance du combat mené contre le racisme et contre toutes les discriminations. Dans ce combat qui ne se dissociera jamais de notre histoire, pour nous, peuple réunionnais, marqué par l’esclavage, cette date du 10 mai 2001, représente une victoire, celle de la reconnaissance, une victoire pour la mémoire.

Cette reconnaissance morale, symbolique, juridique et politique, est essentielle et les lois mémorielles sont à plusieurs visées, notamment ouvrir la voie à une reconnaissance plus large des injustices du passé et à une réflexion collective sur notre histoire commune.

Ensemble, ces deux évènements du 10 mai forment une date cruciale pour notre identité réunionnaise, une victoire considérable en 2001 pour la mémoire de l’esclavage d’autant plus que la loi TAUBIRA eu un impact important sur le domaine de l’éducation en introduisant une obligation d’enseignement dans les programmes scolaires concernant la traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions. Une mesure forte visant à sensibiliser les élèves à ces aspects cruciaux de l’histoire nationale et mondiale, promouvoir la compréhension et la réflexion critique et lutter contre l’ignorance et les discriminations. Lorsque à cette même date en 1981, l’accession au pouvoir de François Mitterrand consacrera également la reconnaissance de l’histoire et de la mémoire de l’esclavage avec l’instauration du 20 décembre comme jour férié officiellement reconnu comme fête de l’abolition de l’esclavage sur notre île.

Commémorer, se souvenir, pour honorer les libertés fondamentales et acquis sociaux porter par des valeurs humanistes et socialistes ; et ainsi ne pas oublier qu’il est de notre devoir de les préserver. Dans le contexte politique et économique actuel, ces acquis sont fragilisés, ce constat viendra s’alourdir au vu des projets de réformes portées par notre gouvernement actuel. Le souvenir, est donc de notre responsabilité afin de conscientiser les valeurs à placer au centre de nos débats et ainsi savoir faire les choix nécessaires aux échéances déterminantes pour l’avenir de notre pays.

Le souvenir, également pour une mémoire nécessaire aux esclaves et descendants d’esclaves, dans des luttes et objectifs qui ont fait tant de débats notamment sur la réelle nécessité de ces lois mémorielles, qui pourtant trouvent toutes leur sens dans la reconstruction d’un peuple, lorsque chacun garde à l’esprit « qu’il n’y a pas de réparation possible pour quelque chose d’irréparable et qui n’est pas quantifiable » nous énonçait Aimé Césaire et que soulignait par François Hollande « la seule dette
qui doit être réglée » aux descendants d’esclaves « c’est de faire avancer l’humanité ».

Salim Nana-Ibrahim

réunion.s - s’unir pour La Réunion

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1 Commentaires
Boulard
Boulard
2 semaines

Salim 🤝