Malgré le froid

Les moustiques font de la résistance et piquent même en hiver

  • Publié le 28 juillet 2022 à 07:20
  • Actualisé le 29 juillet 2022 à 11:32

Même si le nombre de personnes contaminées par la dengue tend largement à la baisse, les moustiques n'en restent pas moins présents en cet hiver austral. Nous sommes mi-juillet, et nous devons encore lutter pour éviter de se faire piquer par ces buveurs de sang. Cette année, les moustiques font de la résistance et s'adaptent au froid. Mauvaise nouvelle, ils continueront à avoir ce comportement à l'avenir (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Cette présence a été constatée par l’un de nos internautes, qui s’étonnait même de voir proliférer ces insectes volants. "Depuis l'année dernière je constate que nous avons des moustiques en hiver, chose qui à ma connaissance ne s'est jamais produite auparavant. Est-ce la pluie, le vent, le froid ?" s’interroge Maloyab, artiste défenseur de la nature et des Réunionnais.

"Dans cette vidéo je soulève une interrogation quant à savoir si cela est dû aux périodes pluvieuses ou alors si cela serait causé par les pulvérisations de produits anti-moustiques effectuées chez les gens par l'ARS dans le cadre de la lutte contre la dengue, ainsi que les lâchers de moustiques (a priori) stériles." Il ajoute, "il y a de quoi se poser la question, car l'année dernière j'ai constaté la présence de moustiques en hiver pour la 1ere fois, et cette année le phénomène semble se reproduire. Cela est d'autant plus étonnant quand on sait les températures particulièrement basses qu'il y a sur l'île actuellement. Il fait très froid et pourtant les moustiques sont bien présents dans nos cours et nos maisons".

- Les moustiques s’adaptent à l’hiver -

Mais alors, pourquoi les moustiques sont-ils encore présents alors que nous sommes en plein hiver austral et que les températures sont plutôt fraîches ? Pour Thierry Baldet, expert au Centre de coopération internationale en recherche (Cirad), "il est normal que durant l’hiver austral il y ait encore des moustiques tigres actifs entre 18 et 24 degrés". Il explique, "l’Aedes albopictus est une espèce de moustique très plastique, capable de s’adapter naturellement à différents climats : équatorial, tropical, tempéré… et différents contextes : urbain, rural".

L’Agence régionale de santé (ARS) le confirme. "En ce mois de juillet, la température et la quantité de pluie sont au plus bas. Nous sommes toutefois en hiver austral et le climat actuel, même s’il n’est pas le plus favorable au moustique tigre, permet sa survie". Cependant, selon les missions de terrains effectuées par le service de Lutte anti-vectorielle, "la taille et la population est dans la moyenne de celles observées les quatre années précédentes". Pour éviter toute propagation de la dengue, même en hiver, "le service maintient une surveillance des densités de moustiques".

Pour le Docteur Patrick Mavingui, directeur de l’unité Processus infectieux en milieu insulaire tropical (UMR PIMIT) à l’Université de La Réunion et directeur de recherche au CNRS, "le constat est que l’hiver austral n’est plus le même en termes de moyenne de température qui tend plutôt à la hausse. Ces températures hivernales restent compatibles avec la biologie et l’écologie des moustiques dont les abondances sont maintenues à des niveaux élevés, notamment pour le moustique tigre". Une abondance qui, selon lui, "augmente le risque de piqûres".

- De la pluie et de la chaleur, favorables pour les moustiques -

La présence des moustiques cet hiver peut donc également s'expliquer par la pluie des derniers mois. "On sait que la pluie est nécessaire pour la prolifération des gîtes larvaires et le mois de juin a été assez généreux en pluie (pour un mois de juin) sur la moitié sud de l'île et la côte ouest. Les cumuls de pluie restent tout de même assez modestes en saison sèche", explique Guillaume Jumaux, ingénieur d'études à Météo France. "On a également connu une saison des pluies assez exceptionnelle avec de forts excédents pluviométriques, notamment en avril qui est le plus arrosé de ces cinquante dernières années. C'est plus probablement cette pluviométrie, avec de l'eau qui stagne, qui a favorisé la prolifération de gîtes larvaires", ajoute l'ingénieur.

En plus de l'humidité, les moustiques apprécient particulièrement la chaleur, ce qui pourrait donc être une des raisons de leur présence cet hiver. "Les températures ont augmenté d'environ 0,8°C depuis 1970", note Guillaume Jumaux. "C'est-à-dire qu'il fait aujourd'hui en moyenne 0,8°C plus chaud en hiver qu'il y a cinquante ans. D'une certaine façon, la saison chaude s'est donc quelque peu rallongée de un à deux mois, ce qui peut expliquer une présence accrue de moustiques, même en hiver", indique l'ingénieur d'études à Météo France.

"Les projections climatiques pour la fin de siècle tablent d'ailleurs sur un réchauffement supplémentaire d'environ 1°C à 3°C selon le scénario d'émission de gaz à effet de serre, ce qui provoquerait inévitablement une présence accrue de moustiques, sans véritable pause hivernale", conclut-il.

- Les moustiques font de la résistance -

Mais ces moustiques sont-ils plus résistants ? Pour le Docteur Patrick Mavingui, "certaines données scientifiques indiquent que les moustiques développent des résistances vis-à-vis des insecticides utilisés". Il précise, "même si une application localisée d’insecticide permet de baisser à court terme les densités à un instant donné dans la zone traitée, à long terme les moustiques développent des résistances".

Il faut d'ailleurs s’attendre dans les années à venir, à voir de plus en plus de moustiques en hiver. "L’espèce de moustique Aedes albopictus est très adaptive et en expansion partout là où elle est déjà présente, le cas de La Réunion n’est pas isolé", indique le Cirad. Tout en ajoutant, "les tendances actuelles : urbanisation, usage de l’eau…, ne feront que favoriser à court terme son abondance".

Toutefois, les essais d’insecte stérile de l’Institut de recherche sur le développement durable (IRD) réalisée en décembre 2021, s’avèrent plutôt encourageants. Pour exemple, à Saint-Joseph, la population de moustiques a été réduite de presque 90%.

- La dengue diminue –

Même si les moustiques sont présents, les derniers chiffres de la dengue à La Réunion font état de 19 personnes contaminées en l’espace de deux semaines. Toutefois, la vigilance doit être maintenue, et ce, même durant l’hiver austral. Réunionnais, Réunionnaises… Continuez donc à maintenir les bons gestes en supprimant toute eau stagnante et en vidant votre fon d’kour. Et surtout, consultez un médecin dès les premiers symptômes.

ma.m/www.ipreunion.com/redac@ipreunion.com

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1 Commentaires
Jean rené
Jean rené
1 an

Quelles belles images de moustiques pour illustrer vos articles, édifiant !Quand à "l'hiver austral" cité pour nous rappeler que nous sommes dans l'hémisphère Sud. A quand une tirade comportant "au jour d'aujourd'hui"IP Réunion, j'adore (Merci pour cet adorable commentaire, excellente journée à vous - webmaster)