Pusher Street, c'est fini: au Danemark, les habitants de Christiania ont dĂ©moli samedi l'artĂšre principale de cet ancien paradis hippie nichĂ© au cĆur de Copenhague, oĂč le cannabis Ă©tait en vente libre.
Au signal "nous fermons Pusher Street et ouvrons Christiania", les habitants, appelés Christianites, et leurs invités, dont la maire de Copenhague et le ministre de la Justice, ont déchaussé les pavés sous le soleil de printemps.
"Creuser la rue et en faire un chantier de construction va inévitablement rendre la vente trÚs difficile. Mais ce n'est que le début", a déclaré Sophie Haestorp Andersen, maire de Copenhague.
La police, de son cÎté, a enlevé tous les points de vente de cannabis qui étaient installés dans la rue.
En début d'aprÚs-midi, chacun pouvait repartir un morceau de pierre à la main. "Je suis venu pour un pavé. C'est un souvenir de Christiania, de ce que ça a été et de ce que ce n'est plus", a expliqué à l'AFP Adam Hovgaard, un Copenhaguois de 23 ans.
Le processus de fermeture de Pusher Street a commencé fin août, aprÚs qu'un nouvel accÚs de violence, un assassinat, avait définitivement brisé l'image d'une communauté un peu déjantée mais paisible.
Cet assassinat, le quatriÚme en trois ans, avait conduit les Christianites à décider que la vente de drogue devait cesser.
Pusher Street "s'est détérioré en devenant un endroit vraiment pas sympa", les dealers "se battent entre eux, contre les gens, ils sont violents", a déploré Hulda Mader, porte-parole des Christianites.
Auparavant, la police avait plusieurs fois détruit les étals, qui avaient toujours refait surface faute du soutien des résidents.
- Engagement des habitants -
Désormais, la majorité du petit millier habitants du quartier soutient le changement.
"Leur engagement est crucial", a souligné la maire de Copenhague. "C'est la premiÚre fois qu'ils s'unissent et prennent position contre la criminalité et l'insécurité galopante dans leur quartier."
En 1971, des hippies avaient créé la "ville libre de Christiania" dans une ancienne caserne abandonnĂ©e pour crĂ©er une commune, qui, selon ses statuts, "appartient Ă tout le monde et Ă personne" et oĂč chaque dĂ©cision est, encore aujourd'hui, prise collĂ©gialement.
Dans cette enclave de 34 hectares au bord de l'eau, la vente et la consommation de cannabis sont illégales mais tolérées, ce qui a entraßné des trafics de drogue et l'apparition de gangs.
"Il y a cinq, dix ans, (les vendeurs) étaient avant tout des locaux, mais maintenant, les gangs gÚrent ce marché de la drogue", a précisé un porte-parole de la police, Simon Hansen.
"Pendant trop longtemps, nous avons accepté que les dealers vendent aux touristes comme aux habitants de Copenhague de l'herbe et des drogues comme des fraises et des petits pois fraßchement cueillis", a regretté la maire.
- "Nouveau chapitre" -
En 2023, la police, qui ne donne pas de chiffres sur les quantitĂ©s de drogue saisies, a arrĂȘtĂ© quelque 900 personnes en lien avec le trafic de drogue dans le quartier.
Début août, pendant une journée, les Christianites avaient bloqué aux non-résidents l'accÚs à la ville libre, visitée par plus d'un demi-million de touristes chaque année, "dans l'espoir de libérer Christiania de la tyrannie des gangs".
Avec ce "nouveau chapitre", ils entendent "nettoyer" la rue, "la rendre jolie", a dit Mme Mader, qui vit dans une grande maison qu'elle partage avec son fils et sa famille.
"On va repeindre, reconstruire les bĂątiments", a-t-elle prĂ©cisĂ©. "On veut ĂȘtre associĂ© Ă l'art, la culture, le théùtre, comme c'Ă©tait le cas avant. Un endroit vraiment sympa oĂč les gens viennent se dĂ©tendre."
Car Christiania, c'est aussi un Ăźlot de verdure, oĂč l'on peut entendre piailler les oiseaux le long du chemin des anciens remparts.
Avec la fin espérée du trafic de drogue, la communauté veut miser sur cette image de carte postale et sa vitalité artistique. Les concerts notamment y sont légion.
Elle doit aussi entreprendre de construire des logements pour quelque 300 nouveaux arrivants, un projet dont les modalitĂ©s ne sont pas encore arrĂȘtĂ©es mais avec lequel elle espĂšre attirer des familles avec enfants.
Actuellement, 25% de la population de Christiania a plus de 60 ans.
AFP



