Elections européennes

Dernier jour du marathon électoral pour redessiner le paysage politique de l'UE

  • PubliĂ© le 9 juin 2024 Ă  07:15
  • ActualisĂ© le 9 juin 2024 Ă  07:24
Le drapeau européen dans l'est de la France, le 25 mars 2024

Une vingtaine de pays, dont la France et l'Allemagne, votent dimanche pour choisir leurs eurodĂ©putĂ©s, clĂŽturant un marathon Ă©lectoral susceptible de redessiner les Ă©quilibres politiques d'un Parlement europĂ©en oĂč l'extrĂȘme droite est attendue en force.

A l'issue d'une campagne au climat tendu par la guerre en Ukraine et les soupçons de désinformation russe, de forts scores des droites radicales, nationalistes et eurosceptiques pourraient compliquer les majorités dans l'hémicycle et reconfigurer les alliances.

Au total, plus de 360 millions d'EuropĂ©ens sont appelĂ©s aux urnes pour dĂ©signer 720 membres du Parlement europĂ©en. Les Pays-Bas avaient donnĂ© le coup d'envoi jeudi en confirmant, selon des estimations, une poussĂ©e du parti d'extrĂȘme droite de Geert Wilders.

En Italie, oĂč le vote a dĂ©butĂ© samedi et se poursuivait dimanche, le parti post-fasciste Fratelli d'Italia (FDI) de la cheffe de gouvernement Giorgia Meloni est grand favori et pourrait envoyer 22 eurodĂ©putĂ©s dans l'hĂ©micycle, contre six actuellement.

Les résultats dans les deux plus grands pays de l'Union seront également scrutés. Les sondages prédisent en France une victoire historique du Rassemblement national (RN) dirigé par Jordan Bardella, loin devant la liste du parti du président Emmanuel Macron.

Les conservateurs allemands devraient, eux, arriver largement en tĂȘte (30,5% selon un sondage) dans un revers cuisant pour le chancelier socialiste Olaf Scholz. Mais les socialistes et Verts bataillent pour la seconde place avec l'AfD, parti d'extrĂȘme droite capitalisant sur une conjoncture morose.

Et ce mĂȘme si l'AfD a vu s'effriter ses gains attendus au fil des scandales Ă©claboussant sa tĂȘte de liste - soupçonnĂ© de financements russe et chinois -, qui l'ont fait exclure du groupe auquel il appartenait au Parlement europĂ©en aux cĂŽtĂ©s du RN.

- Equilibres bousculés -

En Autriche, le Parti de la libertĂ© (FPÖ) d'extrĂȘme droite s'imposer pour la premiĂšre fois en tĂȘte d'une Ă©lection, et en Pologne, la coalition centriste pro-europĂ©enne du Premier ministre Donald Tusk s'annonce Ă  quasi-Ă©galitĂ© avec le parti nationaliste populiste Droit et Justice (PiS) suivis du parti d'extrĂȘme droite Konfederacja, trĂšs eurosceptique.

Alors que les eurodéputés adoptent les législations de concert avec les Etats, l'essor des droites radicales pourrait influer sur des dossiers cruciaux : défense contre une Russie expansionniste, politique agricole, objectif climatique 2040, poursuite des mesures environnementales...

Cette élection "va déterminer les cinq prochaines années", a assuré samedi Mme Meloni, qui a réaffirmé vouloir "défendre les frontiÚres contre l'immigration illégale, protéger l'économie réelle, lutter contre la concurrence déloyale".

Alors que les équilibres issus des élections détermineront aussi l'attribution des postes dirigeants dans l'UE, la dirigeante italienne pourrait jouer un rÎle crucial pour la reconduction d'Ursula von der Leyen, issue du PPE (droite), comme présidente de la Commission européenne.

Sa nomination, qui doit ĂȘtre validĂ©e par les dirigeants des Vingt-Sept puis par le Parlement, n'est pas acquise. Si le PPE devrait rester la premiĂšre force au Parlement (quelque 170 siĂšges selon les sondages), suivi des sociaux-dĂ©mocrates (quelque 140 siĂšges attendus), l'enjeu est la troisiĂšme position oĂč Renew Europe (libĂ©raux, comprenant le parti Renaissance d'Emmanuel Macron) se voit menacĂ© par la montĂ©e des deux groupes de droite radicale, ECR (qui comprend Fratelli d'Italia) et ID (qui inclut le RN français).

- Les extrĂȘmes droites divisĂ©es sur la Russie -

La "grande coalition" actuelle droite/socialistes/libĂ©raux, qui forge les compromis dans l'hĂ©micycle, devrait conserver la majoritĂ© mais voir sa marge de manƓuvre rĂ©duite, l'obligeant Ă  trouver des forces d'appoint et augurant d'intenses tractations.
Giorgia Meloni est courtisée par Mme von der Leyen qui voit en elle une partenaire fréquentable, pro-européenne et pro-Ukraine.

Mais aussi par la figure de proue du RN Marine Le Pen, qui rĂȘve de constituer un grand groupe nationaliste recoupant des membres d'ECR et d'ID.

Une perspective trÚs incertaine : s'ils partagent un euroscepticisme et un souverainisme affichés, leur éventuelle fusion reste compliquée par d'importantes divergences en particulier sur la Russie.

A l'inverse de Giorgia Meloni mais aussi des partis de droite radicale en Pologne, le Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban, dont le parti Fidesz est crédité de 50%, a mené une campagne hostile à l'aide à Kiev et alarmiste sur les risques d'emballement du conflit, désignant l'UE et l'Otan comme coupables et éclipsant le rÎle de Moscou, dont M. Orban est proche.

Dans la Slovaquie voisine, la tentative d'assassinat contre le Premier ministre Robert Fico a renforcé le soutien à son camp aux penchants pro-Poutine.

De quoi gripper les nĂ©gociations au niveau europĂ©en, Ă  l'heure oĂč les Vingt-Sept cherchent Ă  renforcer leur industrie de dĂ©fense tout en peinant Ă  dĂ©gager les fonds nĂ©cessaires.

Dans la foulée du scrutin européen, les questions de Défense s'imposeront au sommet du G7 du 13 au 15 juin en Italie.

AFP

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