L’hébergement d’urgence saturé

À La Réunion, près de 140.000 personnes sont mal-logées

  • Publié le 24 avril 2024 à 17:31

Ce mercredi 24 avril 2024, la Fondation Abbé Pierre a dévoilé son éclairage régional sur l’état du mal-logement à l’Île de La Réunion. Alors que la crise du logement fait rage, plus de 140.000 personnes à La Réunion sont mal-logées. Plus de 4.200 personnes n'ont même pas de logement. Un constat dramatique alors que l'hébergement d'urgence n'arrive plus à mettre à l’abri toute personne en détresse et sans solution.

"Cette crise est inédite dans la mesure où elle grippe toutes les sphères du logement en même temps, avec une force et une rapidité inouïes", explique Matthieu Hoarau, directeur régional de la Fondation Abbé Pierre à La Réunion.

- 4 Réunionnais sur 10 impactés par la crise du logement -

À La Réunion, près de 140 000 personnes souffrent du mal-logement ou d’absence de logement personnel. Parmi ces personnes, près de 30.000 sont dépourvues de logement personnel, dont environ 1.000 personnes à la rue.

Sur ces personnes, 4.200 sont domiciliées par les CCAS et les associations (+ 68 % en 3 ans),

Ensuite, les mal-logés se composent de 70.000 personnes vivant dans des conditions de logement très difficiles du point de vue du confort (pas d’accès à l’eau chaude et parfois ni douche ou ni WC intérieurs).

Enfin, près de 34.000 personnes vivent en situation de surpeuplement dit "accentué", c’est-à-dire qu’il leur manque deux pièces par rapport à la norme de peuplement. Autour de ce noyau dur du mal-logement, avec les situations les plus graves, se dessine un halo beaucoup plus large, a minima de 200.000 personnes fragilisées par rapport au logement, avec des répercussions sur la vie de famille, la santé, l’environne- ment quotidien, le confort ou les fins de mois difficiles.

En résumé, près de 4 Réunionnais sur 10 seraient impactés à un titre ou un autre par la crise du logement (contre 2,4 sur 10 pour la France entière).

- L'hébergement d'urgence saturé -

L’hébergement d’urgence ne fait plus face à l’urgence de la mise à l’abri pour toute personne en détresse et sans solution. Les demandes au 115 sont passées de 34.334 en 2020 à 59.240 en 2023.

En 2023, 59.400 demandes d’hébergement ont été faites au 115 (+ 22 % en 1 an), ce qui représentait 32.641 ménages différents.

28 % de ces demandes, soit plus de 16 000 ont été non pourvues au cours de l’année. Elles concernent majoritairement les hommes seuls (52 %), mais également les femme seules avec enfants (39 %), et les femmes seules (15 %).

De nouveaux critères de vulnérabilité sont fixés localement, si bien que les demandes de mise à l’abri des femmes ou des hommes seuls, ne seront pas traitées en priorité, renforçant de fait leur exclusion, leur invisibilisation, voire une mise en danger pour leur vie.

Dans ce contexte, 21 demandeurs d’asile n’ont pas été pris en charge de janvier à juin 2023. Parmi ces personnes, 15 ont été reconnues prioritaires par la COMED (Commission de Médiation) au titre du DAHO (Droit à l’Hébergement Opposable). Faute de proposition d’hébergement de l’État dans le délai de 6 semaines prévu par la loi, 10 d’entre eux ont engagé un recours en injonction auprès du Tribunal administratif. Le juge a enjoint le Préfet à les héberger et cette décision n’était toujours pas suivie d’effet pour 4 d’entre eux au 31 décembre 2023. Cette situation remet en cause l’application pleine et entière du DAHO à La Réunion.

Lire aussi - L’accession en hébergement d’urgence se complique à chaque période de vacances

- Le logement social, une plaie pour La Réunion -

Au 31 décembre 2023, le nombre de demandes de logements sociaux atteint 44.584 à La Réunion, soit l’augmentation la plus forte (après la Guadeloupe) observée en France (+ 13,9 % contre 7,5 % pour la France entière).

Cette progression est constante depuis plusieurs années et concerne l’ensemble des EPCI du territoire. Avec seulement 6.200 attributions en 2022, moins d’1 demande sur 6 a été satisfaite contre 1 sur 3 en 2017 et les délais d’attente ne cessent de s’allonger. Ces tensions sont particulièrement fortes sur certaines communes du littoral comme à Saint- Paul ou à Saint-Leu mais également sur des secteurs moins denses à l’instar de la Plaine des Palmistes.

Au regard des tensions sur le logement social, l’enjeu de l’attribution des logements sociaux pour les ménages prioritaires est indispensable. Or fin 2023, près de 1.500 ménages prioritaires étaient encore en attente de relo- gement (dont 626 reconnus PU DALO).

Malgré une tendance à l’amélioration du confort des logements, les mauvaises conditions d’habitat continuent de concerner une part importante des Réunionnais. Conséquence du manque de logements, le nombre de bâtis précaires a augmenté sur l’île (23.478 selon le recensement de l’Insee en 2020, soit + 5,9 % par rapport à 2014) et 17.756 bâtis indignes sont recensés par l’AGORAH, soit une hausse de 9,4 % par rapport à 2008.

En outre, le surpeuplement semble concerner le plus de ménages à La Réunion avec près de 31.000 d’entre eux qui vivaient dans un logement sur occupé en 2020, soit 9,1 % des ménages : c’est deux fois plus que dans l’Hexagone.

Dans ce contexte, et alors que les signalements de non-décence auprès de la Caf ne cessent d’augmenter, les moyens disponibles ne sont pas à la hauteur des besoins, tant pour accompagner les ménages vers la sortie de l’indignité (amélioration des outils de repérage, de suivi et d’accompagne- ment des ménages), que pour résorber ces situations (ré-habilitation du parc de logements sociaux, amélioration de l’habitat dans le parc privé).

- Il faut agir -

Conséquence de l’évolution à la hausse des coûts du logement, les Réunionnais sont encore trop nombreux à éprouver des difficultés pour se maintenir dans son logement.

L’année 2023 semble suivre la tendance de 2022, marquée par une hausse significative des signalements d’impayés réceptionnés par la Caf après une "pause" observée durant la crise sanitaire du fait des protections mises en place. En conséquence, le nombre d’assignations comme des demandes de concours de la force publique ont fortement repris retrouvant voire dépassant les niveaux observés avant 2020.

Les difficultés rencontrées par les Réunionnais pour se loger s’illustrent également dans le blocage des parcours résidentiels et les inégalités territoriales auxquelles ils sont exposés.

Il est urgent de mettre en place des actions efficaces pour faire reculer le mal-logement : relancer la production du logement social en préservant la loi SRU, revaloriser les allocations logement, généraliser l’encadrement des loyers en ouvrant la
possibilité aux territoires ultramarins de l’expérimenter, et ériger en priorité régionale que plus personne ne dorme et ne meure à la rue, en redonnant un nouveau souffle à la mise en œuvre du plan Logement d’Abord par l’Etat et le Conseil Départemental.

La Fondation Abbé Pierre appelle l’ensemble des pouvoirs publics, des acteurs économiques et sociaux, à prendre la mesure de la crise et à travailler plus fortement ensemble pour garantir pleinement le droit au logement à La Réunion.

www.imazpress.com/redac@ipreunioncom

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3 Commentaires
Philippe
Philippe
20 heures

 JE NE COMPRENDS PAS CERTAINS DEPARTEMENTALISTES. Qu'attendent-ils pour lutter sérieusement contre manque de logement à La Réunion afin d'améliorer les conditions de vie des Réunionnais dans le cadre du statut départemental? En effet, comme la très grande majorité des Réunionnais, ils ne veulent pas changer le statut départemental pour La Réunion, bien! Mais ils ne font rien pour démontrer qu'il est possible de développer La Réunion pour les Réunionnais dans le cadre départemental et donc au sein de la République Française. Et ce en se réfugiant dans les avancées dues à la Départementalisation depuis les années 1960. La preuve en 2024 : 36% de pauvreté, manque de 20000 logements, chomâge à plus de 25%, exclusion de plus plus des Réunionnais des activités économiques et des responsabilités locales... Comme si ils voulaient développer uniquement La France à La Réunion, ce qui amène à la dispartition de notre peuple Réunionnais. Et pourtant De Gaulle disait que La France est un rassemblement de peuples dont on a essayé d'en faire une nation pendant 1000 ans. Paradoxalement, ces départementalistes donnent des arguments aux autonomistes et indépendantistes, qu'ils prétendent par ailleurs combattre... Et je ne doute pas de la sincérité de conviction des départementalistes, des autonomistes et des indépendantistes en ce qui concerne le Peuple Réunionnais.

Hp
Hp
4 semaines

Templier974 à tout dit, ses se que j'avais pensé rien à rajouter

Templier974
Templier974
1 mois

Et les SDF, personne n'en parle. Tout pour les migrants et nous Françaises et Français, demerdons nous. Pauvre France...