Le "reflexe Outre-mer" ne semble toujours pas acquis pour le gouvernement. Alors que les collectivités ultra-marines devaient être épargnées par les coupes budgétaires, les conditions d'exemption citées dans le projet de loi n'y sont tout simplement pas applicables. Interpellés par Ericka Bareigts, le conseiller du Premier ministre et le ministre des Outre-mer admettent un oubli…et parlent d'un "bug" dans l'élaboration du texte (Photo d'illustration AFP)
Les débats autour du projet de loi de finances 2025 battent leur plein à l'Assemblée nationale. En plein examen du texte, largement critiqué, les élus réunionnais ont eu la surprise de découvrir que les critères choisis par le gouvernement pour épargner les collectivités les plus fragiles ne s'appliquaient que dans l'Hexagone.
"L'exemption est à des conditions qui s'appliquent exclusivement aux communes hexagonales. Les critères ne touchent pas les communes réunionnaises" explique Ericka Bareigts, citant "la dotation de solidarité urbaine et rurale" par exemple, qui ne s'applique dans les Outre-mer. "De fait toutes les communes réunionnaises sont visées par ces économies, il s'agit d'une rupture d'égalité monstrueuse" affirme la maire de Saint-Denis et vice-présidente de l'Association des maires de France (AMF).
Dans ce contexte, l'Association des maires de La Réunion (AMDR) a organisé une conférence de presse ce mercredi 23 octobre 2024, en présence de plusieurs maires ou représentants des communes l'île, appelant à s'unir "au-delà des clivages politiques" pour protéger leurs intérêts.
La bonne nouvelle, si on peut appeler ça comme ça, est que le ministère semble ouvert à l'introduction d'un amendement pour inclure les Outre-mer dans les collectivités exemptées de coupe budgétaire. "Je suis comme Saint-Thomas, je ne crois que ce que je vois" sourit Serge Hoareau, maire de Petite-Île et présidente de l'AMDR. Idem pour Ericka Bareigts, qui souligne que "pour le moment, elle n'a rien vu".
Les élus ont été invités à faire parvenir tous leurs éléments d'analyse au ministère, et une réponse devrait leur parvenir d'ici la fin de semaine, voire le début de la semaine prochaine. "Ils prépareront ensuite un amendement du gouvernement, qui nous espérons ira dans notre sens pour nous exempter. Il faut que nous soyons tous solidaire, si on veut un résultat" affirme Ericka Bareigts.
"Le travail est fait, aujourd'hui nous sommes en solidarité avec les maires de La Réunion, des Outre-mer, et de l'Association des maires de France. Nous allons tous monté au créneau, proposer un amendement co-signé si le gouvernement ne tient pas parole" dit-elle. Et concernant le réflexe Outre-mer du gouvernement ? "Perdu, effacé, inexistant" lance-t-elle.
- L'Outre-mer à la trappe -
Alors que le budget des Outre-mer va déjà être amputé de 250 millions d'euros, soit une baisse de 35%, un coup de rabot supplémentaire de 36 millions d'euros aux collectivités réunionnaises pourrait représenter un "cyclone budgétaire", comme le souligne Olivier Hoarau, maire du Port.
Concrètement, sans modification du texte actuel, les communes et les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), plus communément appelés intercommunalités, de plus de 30.000 habitants seront concernés par des coupes budgétaires. Cela représenterait 5 millions d'euros en moins pour Saint-Denis, 3,4 millions pour Saint-Pierre, 3 millions pour Saint-Paul, ou encore 2,8 millions pour la Civis.
"Les mesures qui sont prévues sont d'une violence particulièrement importante" estime Ericka Bareigts.
"Il faut garder en tête que même si les communes de moins de 30.000 habitants ne sont pas concernées, à l'instar de Petite-Île, elles seront tout de même impactées. Quand les crédits des intercommunalités baissent, c'est les projets des communes qui sont impactés" souligne Serge Hoareau.
"Baisser nos crédits, c'est impacter la qualité du service public, diminuer le portefeuille des entreprises, mettre en péril des emplois, arrêter la commande publique. Ca serait une véritable onde de choc, et un contre-sens total" liste-t-il.
Tous deux fustigent des économies faites sur le dos des collectivités, pour rembourser une dette créée par les décisions d'Emmanuel Macron et de ses gouvernements successifs. "On comprend qu'il y a des efforts à faire, mais nous n'avons pas les moyens de participer plus que nous le faisons déjà. Ce n'est juste pas possible" dit Maxime Fromentin, 1er adjoint de La Possession.
En l'état, si on s'en tient aux promesses faites à Ericka Bareigts – et ce n'est jamais une bonne idée de croire aveuglément le gouvernement – la situation devrait s'arranger avec l'introduction d'un amendement correctif. Mais il faut aussi supposer que l'amendement en question sera conservé en cas de 49.3. Bref, tout cela reste pour l'heure très hypothétique.
Le fait même que le gouvernement a eu besoin de l'intervention des élus réunionnais pour réaliser que les Outre-mer n'avaient pas été pris en compte est en tout cas très parlant. C'est aussi particulièrement préoccupant, en pleine crise en Nouvelle-Calédonie et aux Antilles, que les territoires ultra-marins sortent aussi facilement de son espirt.
Toujours sur le pont pour faire de grandes et belles annonces à ses territoires ultra-marins, le gouvernement ne semble plus vraiment y penser une fois les déplacements officiels terminés. Loin des yeux, loin du cœur, comme on dit.
as/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com
On sait exactement comment fonctionnent les derniers gouvernements. Les outre-mer, c'est denrée négligeable. Et voir Serge Hoareau "s'indigner" alors qu'avec ses copains Fouassin, Melchior et quelques autres, il soutient Macron depuis des années, c'est fort de café! J'espère que les électeurs de la Petite-Ile s'en rappelleront et le vireront aux prochaines élections!
Il doit être ravi, son copain maire de La Plaine aussi, bon?
Qu'en pense M. Rivière dont le parti d'extrême-droite est la principale béquille de ce gouvernement de droite-extrême ?