Dans un rapport publié vendredi 12 juillet 2024, la Cour des comptes met en avant les difficultés financières de la Chambre d'agriculture de La Réunion. Il est indiqué que "si la Chambre ne redresse pas sa situation financière, la Cour recommande aux autorités de l'État de placer l'établissement sous le régime de tutelle renforcée". Pour la Chambre d'agriculture, "il y a un caractère hors-sol de cette chose-là". D'autant que pour la Chambre, ce plan de redressement ne peut pas se faire sans aide de l'État. Ce qu'elle demande, "c'est un effacement de sa dette de quatre millions d'euros" (Photo sly/www.imazpress.com)
Première chose que déplore la Chambre d'agriculture, c'est que ce rapport, – terminé en 2022 – sorte en 2024, à quelques mois des élections de la Chambre. Écoutez Frédéric Vienne, président de la Chambre.
De plus, ce rapport pointe du doigt des problématiques qui existent depuis 2015, soit sous l'ancienne majorité. "On a un héritage. Le déficit date depuis ces années-là. Lorsqu'on a repris la Chambre en 2019 il y avait plus de six millions de dettes", explique Olivier Fontaine, secrétaire général de la Chambre d'agriculture de La Réunion.
Une dette qui "s'est aggravée, passant de 38 à. 70% en 2018 sous l'ancienne majorité". La Chambre paye cette dete avec un échéancier mis en place qui devrait se terminer "dans 3 ou 4 ans".
"En 2019 on a pris une situation plus que catastrophique", lance Olivier Fontaine. Mais nous (la présidence actuelle – ndlr), "on n'a pas attendu le rapport pour travailler".
Toutefois, l'actuelle majorité a affirmé : "on prendra notre part des responsabilités", indique Olivier Fontaine.
La Chambre met ensuite en avant les points positifs que la présidence a mis en place. "On a quand même des objectifs : accompagner les agriculteurs dans une vision à l'avenir par rapport à la souveraineté alimentaire. Il y a du boulot pour assurer les missions", ajoute le secrétaire général.
Lire aussi - La Chambre d'agriculture en cessation de paiement risque la mise sous tutelle renforcée
- Pas de prise en compte des particularités de la Réunion -
Dans son rapport, la Cour des comptes (CRC) pointe du doigt des sureffectifs au sein de la Chambre agricole.
"J'aimerais qu'on me dise sur quels critères on se base alors que sur le terrain la demande est forte, que notre mission est d'accompagner les agriculteurs que cela soit sur l'administratif, la technique ou encore le juridique", peste Olivier Fontaine.
"Je pense qu'on a des effectifs à la hauteur des besoins du terrain."
"On nous parle de recommandations et de baisse d'effectifs mais ce n'est pas en réduisant le nombre d'agents qu'on y arrivera et qu'on arrivera à payer nos dettes fiscales et sociales."
Ce qui désole le secrétaire général de la Chambre, c'est également le rappel au droit écrit par la CRC. "On nous demande d'adopter de nouveaux accords d'établissement. Mais nous on a travaillé dès 2019 a un contrat d'objectifs de la Chambre et quand on a mis cela sur la table, personne (État, Région, Département…) ne l'a adopté."
De plus, la CRC estime que les salaires sont trop élevés et qu'il y a un problème sur le point d'indice par rapport au national.
"Il faut regarder ici le coût de la vie. On a voulu donner de l'oxygène à nos salariés. Il faut avoir une vision réalise et humaine des choses", lance Olivier Fontaine.
"On a l'impression que la Cour est hors-sol dans cette histoire. Il y a une réalité de terrain et une réalité économique." "On a des demandes et derrières on nous donne des recommandations irréalisables."
En plus "on compare la Chambre de l'agriculture à celle de métropole alors que ça n'a rien à voir. On est une chambre de région et de département".
"Il y a aussi des réalités des agriculteurs qui sont dans des petites exploitations."
"Le rapport ne tient pas compte non plus des deux années de Covid où les agriculteurs n'ont perçu aucune aide, comme des prêts garantis par l'État (PGE)."
Ce que préconise la présidence de la Chambre d'agriculture de La Réunion, "c'est que le modèle économique soit adapté en fonction des particularités du territoire".
- La Chambre d'agriculture pointe un "désengagement de l'État" -
La Chambre d'agriculture pointe un "désengagement de l'État". "On nous demande de plus en plus de missions mais sans financements. On fonctionne sur nos fonds propres."
Pour s'en sortir, la Chambre d'agriculture le sait, "il y a des efforts qui doivent se faire et on est dans cette démarche avec un plan de redressement".
Dans le plan de redressement, est également inscrit les départs à la retraite dans les prochaines années. En 2022, 13% des effectifs étaient âgés de plus de 60 ans et une partie d'entre eux partira à la retraite dans les prochaines années.
Un plan où aucun licenciement ne sera prévu. "Les agriculteurs sont conscients de la situation, que si la Chambre descendait avec une quarantaine d'agents comme veut la CRC il y aurait moins d'accompagnement."
Ce "plan de redressement ne doit pas se faire au détriment des agriculteurs", clame Frédéric Vienne, président de la Chambre d'agriculture.
Mais pour la Chambre, ce plan de redressement ne peut pas se faire sans aide de l'État. Ce qu'elle demande, "c'est un effacement de sa dette de quatre millions d'euros (depuis 2022), au même titre qu'Air Austral a eu le droit à un effacement de sa dette", lance Frédéric Vienne.
"Je suis conscient en tant que président que cette situation ne peut pas durer mais j'ai l'espoir de voir les conditions de travail s'améliorer mais cela réside dans l'aide que peut nous accorder l'État", déclare Frédéric Vienne.
"À l'État de faire quelque chose car il n'a pas mis grand-chose sur la table à part… le rapport de la Cour des comptes."
"On ne peut pas demander que la Chambre soit la seule responsable."
Le préfet qui, "prendra le temps de réflexion sur le délai à mettre en place pour laisser le temps à la Chambre de mettre en place son plan de redressement".
www.imazpress.com/redac@ipreunion.com