Etudes supérieures

Région Réunion : vers des contrats doctoraux à la place de l'Allocation régionale de recherche

  • Publié le 29 novembre 2024 à 05:24
  • Actualisé le 29 novembre 2024 à 11:16

Tous les ans, c'est la même galère : les aspirants-doctorants postulent pour l'Allocation régionale de recherches…et attendent longtemps. Très longtemps. Le tout en s'engageant à n'effectuer aucun travail dès le mois d'octobre, et ce alors que leur candidature n'a pas encore été validée. La Région veut – enfin – faire évoluer ce statut si particulier, pour se diriger vers des contrats doctoraux. (Photo université de la réunion , photo sly/www.imazpress.com)

Nous l'écrivions déjà en 2019, la situation n'a que peu évolué en 2024. Pour les doctorants de La Réunion, quasi-exclusivement sous le régime de l'ARR, les difficultés sont nombreuses avant d'arriver à la fin de leur thèse.

Alors que les inscriptions se font dès juillet, les doctorants n'obtenaient jusqu'ici une réponse – favorable ou pas – qu'en décembre. Une situation qui s'est légèrement améliorée cette année, les notifications de validation des projets de thèses ayant été envoyées en novembre.

Si ce délai fait tellement grincer des dents, c'est que les étudiants s'engagent sur l'honneur à ne pas travailler, sous peine de voir leur bourse ne pas être versée, dès le mois d'octobre.

"C'est une situation stressante, surtout si on n'a pas de revenu ou qu'on n'a pas de parents pour nous aider financièrement", témoigne Clément*, jeune doctorant. "On attend dans l'incertitude, sans savoir si notre projet va être validé, le tout en étant en difficulté financière," souffle-t-il.

Un délai auquel s'ajoute un retard de paiement. Pour les néo-doctorants de 2023, l'ARR "a été versée en avril", dénonce Marc*. "Tout est payé rétroactivement, j'ai donc reçu l'intégralité des versements d'octobre à avril, mais avant ça c'était la galère. Et je ne pouvais pas travailler à côté de ma thèse", dénonce-t-il.

- Retard des versements - 

Jean-Pierre Chabriat, conseiller régional en charge de l'enseignement supérieur et de la recherche, assure cependant que cette époque est révolue. "J'ai sollicité les services concernés pour verser le plus rapidement possible la bourse. Les néo-doctorants devraient recevoir leur premier versement en décembre. Derrière les dossiers, il y a de vraies personnes qui attendent", dit-il, interrogé par Imaz Press. "Il en va de même pour la ponctualité des versements mensuels."

"Cette année, sous mon impulsion, les dossiers ont été validés le 15 novembre. L'objectif, à l'avenir, est que les dossiers soient validés dès la fin août pour un début de thèse en septembre", annonce-t-il par ailleurs. "Idéalement cela sera fait dès l'année prochaine, ou au maximum dans deux ans."

Mais pourquoi ce délai ? "Nous avons un problème de temporalité entre l'étude des dossiers et la validation des mémoires de master", détaille Jean-Pierre Chabriat.

"Quand un étudiant en sciences sociales présente son mémoire, par exemple, celui-ci est approuvé fin août. Ce n'est qu'à ce moment-là que démarre l'étude des dossiers, en sciences dures comme sociales. Ce qu'on a donc demandé aux directeurs de thèse et de laboratoires, c'est de se baser d'ici 2026 sur les résultats du master 1 et du premier semestre de master 2 pour déterminer la faisabilité d'une thèse", explique-t-il. "On gagnerait six mois sur le calendrier", ajoute-t-il.

- Vers des contrats doctoraux –

Interrogé sur une éventuelle évolution des conditions de l'ARR, notamment sur un assouplissement autour de la question du travail en parallèle de la thèse, Jean-Pierre Chabriat indique "qu'il n'y a pas de changement prévu". Et ce, "parce que la Région souhaite se diriger vers une transformation de l'ARR en contrat doctoral".

"Nous travaillons pour l'année à venir sur une modification précise : la prise en compte de la maternité chez nos doctorantes. Cependant, nous voulons avant la fin du mandat basculer d'une bourse régionale à un contrat doctoral, et ça ne fait donc pas de sens aujourd'hui de bousculer toutes les conditions actuelles de l'ARR", explique-t-il.

Comprendre : la Région veut, à l'issue de son mandat en 2028, être passée d'une bourse de recherche à un contrat en CDD, comme cela est le cas avec les contrats doctoraux. Une bonne nouvelle, alors que les boursiers ne cotisent pas, et ne bénéficient donc pas des avantages du travail sous contrat, à l'inverse des étudiants en contrats doctoraux.

De même pour les critiques concernant l'âge limite de 27 ans pour postuler à l'ARR. "L'âge moyen des doctorants en France, c'est 31 ans, cette limite n'a pas de sens", estiment certains doctorants.

Si le conseiller régional n'est "pas fermé à une réflexion autour de cette question", il estime cependant que "cela est tout de même mieux si on commence son doctorat avant ses 28 ans."

- Des négociations en vue -

Ces contrats, délivrés par l'Université, sont très peu nombreux à La Réunion - 7 cette année,. Probablement en raison de leur coût. "Si l'on devait avoir 25 contrats doctoraux, l'Université paierait 300.000 euros pour une année pour une seule promotion", calcule Jean-Pierre Chabriat. "Du côté de la Région, nous ne pouvons faire signer un contrat doctoral, qui est un contrat à durée déterminée, n'étant pas un organisme de recherche", précise-t-il.

La Région réfléchit donc aujourd'hui à un statut hybride, qui allierait le contrat doctoral au processus actuel de sélection des doctorants pour l'ARR.

Actuellement, les candidats présentent leur projet à l'école doctorale. Celui-ci est ensuite évalué par le directeur de laboratoire auquel l'étudiant sera rattaché, ainsi que par le directeur de thèse. "Une dernière évaluation est effectuée à la Région, par un comité technique local composé d'experts du monde économique et universitaire, pour déterminer de la pertinence du projet en lien avec la stratégie du territoire", détaille Jean-Pierre Chabriat.

"Ce qu'on veut, c'est lancer un partenariat avec l'Université et le ministère, pour transformer ces ARR en contrats doctoraux, tout en gardant le même processus de sélection : ça ne peut se dérouler qu'ici, avec le comité technique, car c'est une des exigences du FEDER pour financer ces thèses", détaille-t-il. L'ARR étant en effet financé à hauteur de 85% par l'Union européenne.

Un projet ambitieux, d'autant plus que la Région "ne veut pas voir le nombre de doctorants diminuer". Cette année, c'est 25 nouveaux étudiants qui vont bénéficier de l'ARR, pour environ sept contrats doctoraux gérés par l'Université.

"Les discussions ont commencé, mais nous sommes aussi tributaires de l'instabilité du gouvernement. Je suis cependant confiant sur cette avancée, pour la fin du mandat", affirme Jean-Pierre Chabriat. "Si chacun prend sa part, on pourra y arriver."

Un changement de statut qui ne serait cependant rétroactif. "Je ne veux pas m'avancer, mais il me semble compliqué de modifier un contrat qui a déjà été signé", avance le conseiller régional.

- Quelques améliorations ces dernières années –

Critiquée, l'ARR représente cependant "une belle opportunité de financement", note Clément. "On est aussi passé de 1200 à 1500 euros d'allocation", ajoute Marc. Un changement de montant qui a été rétroactif pour les doctorants toujours en étude.

L'ARR est par ailleurs passée d'un engagement de 24 mois, renouvelable une fois pour 12 mois, à un engagement de 36 mois directement, à l'instar des contrats doctoraux.

Alors qu'environ 80% des publications scientifiques de La Réunion sont issues des recherches de doctotants, la Région insiste sur son engagement "pour l'éducation, la formation supérieure et la recherche".

Les discussions sont en tout cas lancées pour enfin résoudre une situation qui dure depuis désormais plusieurs années. L'issue de ces discussions reste cependant suspendue au bon vouloir de l'Université…Et du gouvernement.

as/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

guest
0 Commentaires