Depuis huit ans, l'association SOS Gramounes isolés fait le lien entre les personnes âgées isolées, et des bénévoles prêts à donner de leur temps. Des "cohabitations solidaires" ont été mises en place, pour offrir à des personnes précaires un logement gratuit, en échange de quelques heures de socialisation, et une présence rassurante la nuit. Un concept qui séduit de plus en plus, alors que la précarité s'aggrave dans l'île (Photo www.imazpress.com)
Isolement, dépression, chutes mortelles…Le quotidien des gramouns n'est pas toujours simple. Et alors que la population réunionnaise vieillit, 65 100 personnes âgées de 60 ans ou plus seront en perte d’autonomie d'ici 2050.
Depuis huit ans maintenant, l'association créée par Patrice Louaisel fait se rencontrer des seniors isolés, et des personnes à la recherche d'un lieu où habiter.
"L'association est partie d'un constat simple : près de la moitié des gramounes entame une dépression, d'après une étude de 2018 de l'ARS. S'ajoute à cela le fait que 100 à 120 personnes âgées décèdent d'une chute pendant la nuit chaque année à La Réunion", explique Patrice Louaisel.
"La cohabitation solidaire est née d'un réel besoin d'accompagnement des personnes âgées isolées. Ces personnes reçoivent de la visite la journée, mais le soir et la nuit, elles sont seules. Et c'est là qu'intervient la cohabitation", détaille-t-il.
Les bénévoles s'engagent en effet à tenir compagnie aux gramounes tous les soirs de la semaine, avec le week-end de libre, et s'assurent que rien n'arrive à leur hôte pendant la nuit. Elles ne sont cependant pas sollicitées la journée, leur permettant de travailler. Tout cela en échange d'une chambre gratuite, pour une durée minimum de trois mois.
"Tout cela est encadré par un contrat, pour éviter les abus. Le protocole a évolué au fil du temps : on fait se rencontrer tout le monde chez la personne âgée, il y a une période de dix jours d'essai, on demande un extrait de casier judiciaire pour rassurer les familles, et en fin d'essai on fait un contrat de cohabitation", détaille Patrice Louaisel.
"Il faut noter que l'accompagnant n'a pas le droit aux visites, car forcément on ne veut pas introduire d'étrangers dans la kaz des personnes âgées, et le bénévole doit rester un minimum de trois mois pour ne pas prendre la maison pour un hôtel gratuit", ajoute-t-il.
Un système qui a du succès : chaque année, une soixantaine d'accompagnants sont placés dans des familles.
"L'avantage pour les familles, c'est d'avoir quelqu'un auprès de leur proche le soir et la nuit, ça soulage et ça évite d'envoyer la personne en EHPAD ou en maison de retraite. Pour le ou la bénévole, c'est une bonne solution quand on est dans une situation précaire."
- Echange de bons procédés -
La majorité des accompagnants sont des femmes, entre 40 et 55 ans : cela rassure les familles, et leur permet de trouver un logement quand elles sont en situation de précarité. "Quand on est au RSA ou en pré-retraite, la vie est dure. Tout cela est donc extrêmement précieux pour éviter d'avoir des femmes à la rue", assure le président de l'association. "A notre époque, le 115 est saturé, des milliers de gens attendent des logements, c'est de plus en plus précieux."
Un système tout aussi précieux pour les gramounes. "On a énormément de demandes, ces accompagnants sont très demandés. Les institutions nous contactent aussi, quand un patient sort de l'hôpital et qu'il ne peut pas rester seul et que sa famille n'a pas forcément le temps, par exemple. On reçoit des demandes d'assistantes sociales, de professionnels de santé… Nous sommes entrés dans une relation de confiance et de partenariat."
"Ce n'est pas toujours facile, il y a des gens trop autoritaires, trop méfiants, parfois racistes, ou trop curieux, mais on est là s'il y a un problème pour essayer d'aider à résoudre le problème", dit Patrice Louaisel.
Des cohabitations qui se structurent ensuite comme elles le souhaitent. "Parfois, des amitiés se lient, parfois c'est simplement de l'accompagnement. Cela peut durer cinq mois comme trois ans, comme dans le cas de cette étudiante en droit qui a passé deux ans de ses études chez une dame, et qui a quitté le logement uniquement car elle devait terminer ses études dans l'Hexagone", dit-il.
L'association SOS Gramounes isolés "cherchent en permanence des bénévoles", indique le président. Les petites annonces se multiplient d'ailleurs sur les réseaux sociaux.
Une action qui a été récompensée en 2018 avec un titre d'ordre national du mérité.
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