"Intervilles du zbeul"

Contre la réforme des retraites, les manifestants redoublent d'inventivité (et de bruit)

  • Publié le 25 avril 2023 à 13:51
  • Actualisé le 25 avril 2023 à 16:57

Si Emmanuel Macron souhaitait "cent jours d'apaisement", du côté des opposants de la réforme des retraites, on parle plutôt de "cent jours de zbeul (désordre ; ndlr)". On parle même d'"intervilles", du nom de cette ancienne émission de télé qui faisait s'affronter plusieurs villes de France dans diverses compétitions. Sauf qu'aujourd'hui, on ne s'affronte plus dans des épreuves physiques : le but est de déranger au maximum les membres du gouvernement dans leurs déplacements. Et on peut dire que les manifestants redoublent d'imagination pour arriver à leurs fins.

Certains sont même allés jusqu'à créer un système de point pour classer les communes : un concert de casseroles rapporte un point, une coupure de courant (aussi appelée ironiquement "mise en sobriété énergétique") rapporte trois points, et l'annulation d'une visite cinq points. Ces derniers sont aussi multipliés selon le type de poste tenu : comptez deux fois pour un.e ministre délégué.e, six fois pour Emmanuel Macron.

Rien de bien sérieux évidemment, mais les manifestations, elles, sont bien réelles.

Ce lundi, le ministre de l'Education nationale Pap Ndiaye a dû annuler une visite après que des manifestants aient encerclé le bâtiment de l'institut national supérieur du professorat et de l'éducation de Lyon. De retour sur Paris après cette visite avortée, il a été accueilli – de nouveau – par des manifestants munis de casseroles et n'a pas pu descendre de son train pendant de longues minutes, avant de pouvoir être exfiltré.


Du côté d'Angers, c'est le ministre de l'Ecologie Christophe Béchu qui a été chahuté. Lui aussi a eu le droit à son concert de casserole, avant que la foule ne soit dispersée par des gaz lacrymogènes.  Le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti a lui aussi été accueilli par des manifestants et leurs casseroles à la prison des Croisettes, dans la ville de Coulaines en Sarthe.

Enfin, à Paris, c'est la ministre de la Culture Rima Abdul Malak qui a été accueillie au bruit des casseroles et des chants. Attendue pour la soirée des Molières au théâtre de Paris, elle a ensuite été invectivée par deux artistes. Contrairement à ses homologues, la ministre a souhaité répondre aux critiques, fait rare ces derniers temps.

"Aujourd'hui, il y a un ministère de la Culture qui défend haut et fort l'exception culturelle française, qui défend le régime de l'intermittence qui est une fierté pour notre pays. Vous avez un ministère qui a apporté des aides massives pendant la crise (sanitaire) pour vous soutenir tous" a-t-elle assuré aux artistes.
 


Globalement, dans de nombreuses villes de France, de Paris à Nantes en passant par Lyon, Angers ou encore Bordeaux, les manifestations continuent, bien que la mobilisation ne soit pas toujours au rendez-vous.

Et ce n'est pas près de finir : partout sur les réseaux sociaux, les déplacements des ministres sont scrutés et répertoriés. Pour ce mardi, c'est notamment Emmanuel Macron qui est dans le viseur des opposants à la réforme, alors qu'il est attendu dans le Loir-et-Cher. La préfecture ne semble cependant pas vouloir améliorer le score de son département dans cette compétition nationale : elle a en effet interdit les "dispositifs sonores amplificateurs de son", comprendre…les casseroles.

A noter que la colère va au-delà de la réforme des retraites. Une manifestation a rassemblé 8.000 personnes ce week-end pour protester contre la construction d'une autoroute entre Castres et Toulouse. Au programme : déambulation, course de caisse à savon, chaîne humaine et construction d'un mur de parpaing. Quand on vous dit que les manifestations deviennent de plus en plus créatives…

Lire aussi : Des concerts de casseroles pour le 1er anniversaire de la réélection de Macron

as/www.imazpress.com / redac@ipreunion.com

guest
0 Commentaires