Le PrĂ©sident de la RĂ©publique Emmanuel Macron a repris la direction de Paris en fin d'aprĂšs-midi ce vendredi 25 octobre 2019, Ă l'issue d'une sĂ©quence agricole et d'un pique-nique Ă Grand Anse oĂč le chef de l'Etat a pu profiter d'un dernier bain d'une foule avant de faire plusieurs annonces en direction de l'agriculture rĂ©unionnaise et notamment la crĂ©ation d'un plan 0 leucose. Plus globalement, si des mesures ont Ă©tĂ© annoncĂ©es dans le domaine de l'emploi notamment, ce dĂ©placement n'aura pas Ă©tĂ©, pour la population, Ă la hauteur de la crise qui a secouĂ©e l'Ăźle il y a un an. Elle aura surtout Ă©tĂ© inĂ©dite par l'ampleur de l'expression de la colĂšre des RĂ©unionnais, allant jusqu'Ă provoquer des scĂšnes d'Ă©meutes dans certains quartiers de l'Ăźle. Trois petits jours et puis s'en va, Emmanuel Macron n'aura pas marquĂ© La RĂ©union oĂč sa cĂŽte de popularitĂ© ne risque certainement pas de remonter de si tĂŽt (Photo rb/ipreunion.com)
âą Emmanuel Macron dans les champs
Il avait fait un des enjeux majeurs de son dĂ©placement Ă La RĂ©union. Le prĂ©sident de la RĂ©publique a apportĂ© des rĂ©ponses concrĂštes aux inquiĂ©tudes du monde agricole qui tirent la sonnette dâalarme depuis plusieurs mois.
A commencer par la crĂ©ation dâun fond dâaction pour la stratĂ©gie et la transformation agricole dâun montant de 40 millions dâeuros en 2020 afin dâaccompagner la production locale et les filiĂšres innovantes. Il a par ailleurs annoncĂ© le dĂ©plafonnement des aides directes Ă la production.
Concernant la filiĂšre canne sucre, le chef de lâEtat a confirmĂ© le maintien de lâenveloppe de 28 millions dâeuros par an jusquâen 2021. " Nous devons ensuite construire ensemble lâavenir de la filiĂšre ", a-t-il dĂ©clarĂ© en ajoutant " nous devons avancer avec mĂ©thode pour prĂ©parer le futur ". Il a ainsi annoncĂ© la crĂ©ation dâun comitĂ© de transformation qui se rĂ©unira chaque mois autour du prĂ©fet de La RĂ©union et chaque trimestre autour des ministres de lâAgriculture et des Outre-mer " afin de dĂ©fendre le futur de la canne et la rĂ©adaptation des outils ".
Emmanuel Macron a ensuite abordĂ© la question de la leucose bovine. " Il ne mâappartient pas de qualifier la dangerositĂ© des animaux. Il appartient aux scientifiques de le faire ", a-t-il expliquĂ© en prĂ©ambule, avant de dâannoncer un plan de sĂ©curitĂ© sanitaire 0 leucose. " Le cheptel devra ĂȘtre assaini sous quatre ans ", a-t-il prĂ©cisĂ©.
Le PrĂ©sident de la RĂ©publique a par ailleurs annoncĂ© plusieurs mesures telles que la mise en place dâun " marqueur de production locale pour prĂ©ciser au consommateur le degrĂ© de localisme des produits locaux ", lâengagement de lâEtat aux cĂŽtĂ©s du DĂ©partement dans le cadre du plan agripĂ©i 2030 ou encore la mise en place prochaine dâun dĂ©lĂ©guĂ© interministĂ©riel pour la transformation agricole outre-mer en charge de plusieurs questions : la prĂ©servation du foncier agricole, le dĂ©veloppement du bio, le respect des normes environnementales, la restauration scolaire ou encore lâinstallation de jeunes agricultures.Â
Pour le prĂ©sident de la RĂ©publique, cette ambition agricole doit ĂȘtre bĂątie autour de deux axes : lâautonomie alimentaire Ă lâhorizon 2030 et le dĂ©veloppement de lâexport des produits Ă haute valeur ajoutĂ©e (vanille, cafĂ©, plantes Ă parfum et mĂ©dicinales etc.).
⹠Tout ça pour ça
Outre ces annonces sur lâagriculture, on retiendra les 700 millions dâeuros engagĂ©s par lâEtat sur les trois prochaines annĂ©es pour lâemploi Ă La RĂ©union. Cela se traduira par le maintien du niveau des contrats PEC (Parcours Emploi CompĂ©tence) Ă 12 000 par an, lâextension des emplois francs et lâextension des charges patronales Ă 2SMIC au lieu de 1,7 SMIC pour des secteurs identifiĂ©s.
Mais au final, la venue dâEmmanuel Macron Ă La RĂ©union nâa semble-t-il pas Ă©tĂ© Ă la hauteur des espĂ©rances de la population, un an aprĂšs la crise des gilets jaunes qui, de lâaveu mĂȘme du chef de lâEtat, sâest exprimĂ©e "le plus fortement " sur le territoire rĂ©unionnais.
Cette crise Ă©tait la traduction dâun ras le bol des problĂšmes du quotidien, notamment concernant le pouvoir dâachat et la vie chĂšre. Les rĂ©ponses du prĂ©sident sur ces enjeux sont loin dâĂȘtre Ă la hauteur ou basĂ©es sur quelques grands principes.
Pour faire baisser les prix, il faut de la concurrence. Evidemment. Mais comment ? LâEtat nâinterviendra pas prĂ©cise immĂ©diatement le prĂ©sident de la RĂ©publique, transformĂ© en VRP de la coopĂ©ration indo pacifique, comme si la capacitĂ© de projection de notre Ăźle Ă lâinternational Ă©tait notre salut.
En ce qui concerne la nĂ©cessitĂ© de dĂ©velopper la concurrence sur lâĂźle, difficile de trouver lâargument crĂ©dible alors que les marchĂ©s de la grande distribution et de lâaĂ©rien suivent le mouvement totalement inverse, Ă savoir une reconcentration des pouvoirs autour dâune minoritĂ© dâacteurs.
Autre grand principe, pour Ă©lever le pouvoir dâachat, il faut favoriser le dĂ©veloppement dâactivitĂ©s qui induiront des crĂ©ations dâemplois. Les travailleurs payĂ©s au SMIC qui reprĂ©sentent la majoritĂ© de la population salariĂ©e rĂ©unionnaise apprĂ©cieront certainement dâentendre que pour le chef de lâEtat, ils sont dĂ©tenteurs dâun pouvoir dâachat non nĂ©gligeable sur une Ăźle oĂč la vie est plus chĂšre de prĂšs de 30%.
Lâautre sujet au cĆur de lâactualitĂ© Ă©tait celui de la Nouvelle Route du Littoral, lâun des chantiers les plus chers de France. LâEtat nâa vocation " ni Ă construire la route, ni Ă trouver le matĂ©riel ", avait prĂ©cisĂ© dĂšs son arrivĂ©e le prĂ©sident. Emmanuel Macron a soigneusement pris le soin de renvoyer la balle vers la RĂ©gion et Didier Robert, se fĂ©licitant simplement que " le territoire, avec lâensemble des protagonistes, ait trouvĂ© des solutions et puisse avancer ".
Cette visite est loin dâavoir apportĂ© les rĂ©ponses escomptĂ©es. Si Emmanuel Macron nâa pas vocation Ă ĂȘtre le pĂšre noĂ«l, les RĂ©unionnais lâattendaient malgrĂ© tout, deux ans et demi aprĂšs son Ă©lection, avec des mesures fortes, Ă la hauteur de la colĂšre populaire inĂ©dite exprimĂ©e il y a an sur un territoire minĂ© par le chĂŽmage, la pauvretĂ© ou encore lâillettrisme.
Ce déplacement, cette trÚs forte mobilisation policiÚre, toutes ces zones de sécurité paralysant la circulation sur le chef-lieu, et toutes les dépenses liées à une telle séquence, laissent, au fond, un sentiment mitigé de " tout ça pour ça ".
âą Jupiter sâattire les foudres des RĂ©unionnais
On le savait impopulaire sur lâĂźle avec seulement 23% dâopinions favorables selon un sondage Sagis pour le Journal de lâĂźle. Le prĂ©sident de la RĂ©publique nâa guĂšre redorĂ© son image Ă lâissue de ces trois jours. Au contraire, rarement on a vu un chef de lâEtat en visite sur lâile autant malmenĂ© par la population.
A commencer par la mobilisation de lâintersyndicale avec prĂšs de 600 personnes dĂ©filant contre la politique du gouvernement, stoppĂ©e nette devant le monument au mort, et dont la rencontre avec Emmanuel Macron a Ă©tĂ© annulĂ©e. " Le passage d'Emmanuel Macron Ă La RĂ©union est catastrophique " s'Ă©tait exclamĂ© Ivan Hoareau, porte-parole de l'intersyndicale.
Ensuite dans la rue oĂč lâaccueil de la population fut mitigĂ©, voire parfois hostile comme aux CamĂ©lias oĂč le prĂ©sident de la RĂ©publique a souvent Ă©tĂ© critiquĂ©, tant pour son dĂ©placement que pour sa politique. Le bain de foule sâest rapidement transformĂ© en cahier des dolĂ©ances voire en Ă©changes tendus avec certains habitants.
Emmanuel Macron aura mĂȘme rĂ©ussi Ă embraser certains quartiers au Port ou Ă Saint-Denis. Du jamais vu lors dâun dĂ©placement dâun prĂ©sident, tĂ©moignage dâun malaise social et sociĂ©tal profond et trĂšs certainement dâune dĂ©connexion rĂ©elle entre les attentes des RĂ©unionnais et le contenu de cette visite prĂ©sidentielle.
La premiĂšre journĂ©e de visite est emblĂ©matique de cet Ă©cart. LĂ oĂč la population attendait le chef de lâEtat sur les questions du dĂ©veloppement Ă©conomique et de la lutte contre la concurrence, Emmanuel Macron a prĂ©fĂ©rĂ© Ă©voquer le concept trĂšs vague de " dĂ©veloppement indo-pacifique " qui devrait inciter les investisseurs de cet immense bassin Ă " Choose La RĂ©union ". Ambitieux, volontaire, voire mĂȘme visionnaire, mais peu convaincant.
Alors, il est vrai quâEmmanuel Macron nâest pas le seul responsable de la situation Ă©conomique et sociale Ă La RĂ©union. Câest un hĂ©ritage des politiques et des gouvernements successifs. NĂ©anmoins, force est de constater quâil nâaura pas su parler Ă une population Ă cran qui voulait des mesures rĂ©elles, concrĂštes, et immĂ©diates (ou du moins sur le court terme) et qui ne comptait donc pas dire " merci monsieur le prĂ©sident " aussi facilement.
Jupiter aura certainement appris à ses dépens que la communication ne fait pas tout...
www.ipreunion.com

Et, quelle serait la responsabilité de l'électeur ici?
Nos élus seuls responsables avec la complicité de Paris du coma social a la Réunion si demain le rassemblement national dirigera notre pays ça sera de leurs fautes et incompétence