Tandis que Christophe Castaner a annoncé le jeudi 14 mars que 174 enquêtes sont en cours concernant l'usage du lanceur de balle de défense (LBD) pendant les manifestations de Gilets jaunes, plusieurs affaires font moins de bruit et elles se passent chez nous, à La Réunion. Trois hommes affirment avoir perdu un oeil suite à des tirs de LBD en marge de manifestation du mouvement contestataire. Cédric Posé, Ritchie Alexis et Jacky Sinédia, deux trentenaires et un quinquagénaire au destin brisé qui, quatre mois après les faits, cherchent encore des réponses... (Photos : RB pour Imaz Press Réunion)
Ils n’ont pas soif de vengeance, ne cherchent pas la lumière, tout ce qu’ils demandent, c’est de connaître la vérité et de comprendre comment en un battement de cil, leur vie a pu basculer.
Cédric Posé: La Possession, le 27 novembre peu avant 19h
Cédric Posé, carreleur de métier vit à La Possession dans une petite ruelle calme située non loin du sentier du chemin des Anglais. Il a accepté de recevoir une équipe d’Imaz Press pour raconter sa vérité… Avec émotion, il relate ce dont il se souvient, le choc, la douleur puis son combat pour comprendre ce qu’il s’est passé ce soir du 27 novembre 2018.
Ce soir-là, ce père de quatre enfants sympathisant du mouvement des Gilets jaunes raconte être en train de préparer le repas pour ses dalons mobilisés sur le barrage situé à la Possession, à l’entrée Ouest de la route du littoral . Des affontements sont en cours entrre les manifestants et les forces de l'ordre, il règne un certain chaos sur les lieux.
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Un peu avant 19 heures, Cédric Posé quitte son domicile situé à environ 400 mètres du barrage pour aller chercher ses amis. Et là, tout se passe très vite…
"Je ne serai plus jamais le même"
Ce n'est pas évident, pourtant, Cédric Posé ne voit plus du côté gauche, ce que confirme le certificat médical délivré par le médecin du CHU de Bellepierre qui l’a ausculté après les faits que nous avons pu consulter. "Cécité œil gauche" peut on lire, à cela s’ajoute, une Interruption temporaire de travail (ITT) de 21 jours.
Sur le plan psychologique, le spécialiste qui a entendu le trentenaire décrit un "stress aigu post traumatique (tristesse de l’humeur, trouble des sommeil et épisode de reviviscence)."
Effectivement, la voix tremblante, Cédric Posé explique qu’il a encore du mal à surmonter ce drame. Sa vie ne sera plus jamais la même. Il ne travaille plus " à chaque fois que je fais un effort, j’ai la tête qui tourne et des vertiges " décrit-il. Aujourd’hui, une question le tourmente "comment je vais subvenir aux besoins de mes enfants ?"
Une plainte "contre X"
Le trentenaire veut comprendre ce qu’il s’est passé et que son statut de victime soit reconnu, il s’est donc tourné vers la justice. Son avocat, maître Lucas Caliamou dit avoir porté plainte "contre X" début décembre 2018 pour "coups et blessures involontaires". Il n'a pas fait de constitution de partie civile "pour le moment" mais n'exclut pas de le faire "si le parquet classe l'affaire". Il affirme que des personnes ont accepté que leurs témoignages soient versés au dossier…
Ritchie Alexis: Grande Fontaine, Saint-Paul le 19 novembre vers 16h
Ritchie Alexis a lui aussi enclenché une procédure judiciaire. Encore très marqué par les événements, l’homme de 34 ans ne souhaite pas s’exprimer en direct, c’est donc par la voix de son avocat, Maitre Rémy Boniface du barreau de Saint-Denis, qu’il raconte son histoire.
"Ritchie Alexis n’a jamais eu maille à partir avec la justice. Il est au contraire connu pour son tempérament calme. Il est respecté par tout et c’est pour cela qu’un ami est venu le chercher le lundi matin 19 novembre. Cet ami lui a dit " viens voir les jeunes en train de manifester il faut leur dire de se calmer pour que l’image du quartier ne soit pas ternie" indique Maître Boniface.
"L’œil de Ritchie Alexis est écrasé, il a dû être retiré et remplacé par une prothèse" maître Rémi Boniface
Toujours selon Maitre Rémy Boniface : "Ritchie Alexis arrive sur les lieux de la manifestation vers 10 heures du matin. Il y reste jusqu’à midi. Entretemps il a calmé les esprits. Il va déjeuner chez lui et retourne auprès des manifestants vers 16 heures. Il constate que le climat est de nouveau très tendu. Il voit des jeunes de 15, 16 ans qui ont dressé un barrage sur la 4 voies et qui font face aux forces de l’ordre. Il se dirige vers les jeunes pour leur demander de se calmer. Alors qu’il n’y a eu aucune sommation de la part des forces de l’ordre, mon client entend une première détonation puis une seconde et c’est à ce moment qu’il reçoit un projectile dans l’œil"
En possession d’un certificat médical l'avocat poursuit : "l’œil de Ritchie Alexis est écrasé, il a dû être retiré et remplacé par une prothèse"
Selon Ritchie Alexis cité par son avocat "une balle en caoutchouc non percutée a été retrouvée à proximité du lieu des faits". L’avocat commente "ce n’est certainement pas un coup de poing qui a fait de tels dégâts"
Ritchy Alexis veut connaître la vérité
Ritchie Alexis dit avoir déposé une première plainte et avoir été entendu "par un colonel de gendarmerie". Le Parquet ne donne pas d’indication sur cette procédure.
Maitre Rémy Boniface va déposer une nouvelle plainte pour blessure volontaire avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique dans l’exercice de leurs fonctions en réunion et ayant entraîné une infirmité permanente.
Sur l’état d’esprit de son client, Maître Boniface déclare "il y a beaucoup de chagrin et d’incompréhension. Il veut connaître la vérité. Il n’est pas en colère, il admet que même des membres des forces de l’ordre peuvent se tromper et avoir tiré sur lui par erreur, mais il veut que les auteurs reconnaissent leur erreur "
Jacky Sinédia: Bel Air, Saint-Louis, le 27 novembre 18h
Jacky Sinédia a 58 ans, père de trois enfants, aura mis du temps à se laisser convaincre de témoigner. Sans colère, il raconte son histoire, celle d’un homme qui ne sera plus jamais le même.
Les faits se sont produits à dans le quartier de Bel Air Saint-Louis vers 18 heures le 27 novembre 2018, "la veille de l'anniversaire de mon fils" dit-il . Il affirme qu'il ne soutenait pas le mouvement des Gilets jaunes, "je n'avais rien à voir avec tout ça" dit-il. "Il y avait des affrontements entre les forces de l'ordre et les manifestants. Il y avait beaucoup de bruit, on entendait les explosions des grenades lacrymogènes et des grenades assourdissantes, les gens criaient et couraient partout. On aurai cru que c'était la guerre, je n'avais jamais vu ça" se souvient-il.
"J'ai cru que j'allais mourir"
A ce moment là il se trouve chez sa belle-mère "où je suis passé après avoir fini mon service d'agent d'entretien" dans une école de Saint-Louis (il est employé pr la mairie). "Je ne participas pas du tout à la manifestation . J'ai voulu aller voir l'une des mes deux filles qui s'était enfermée avec son fils dans la maison de sa grand-mère un peu plus loin dans le quartier. J'avais peur pour ma fille et mon petit-fils" ajoute-t-il. "J'étais à peine dans la rue que j'ai reçu un projectile en plein dans mon oeil gauche, j'ai cru que j'allais mourir et puis il y a eu un trou noir" dit-il.
Il indique que sa fille et plusieurs de ses proches l"ont "mis à l'abri dans un coin". Il a ensuite été pris en charge par les secours.
Son oeil gauche est complètement écrasé, "je pense que j'ai reçu une balle de LDB" souligne-t-il. Il indique qu'une chirurgie réparatrice va être faite sur son visage mais que son oeil "est définitivement perdu".
"Je veux que cette affaire aille jusqu'au bout"
Il indique avoir déposé de lui-même une première plainte qui aurait été classée sans suite. Depuis Maître Boyer Roze a entamé une nouvelle procédure au tribunal de Saint-Pierre (dont dépend la commune de Saint-Louis), il est dans l'attente d'une réponse.
Depuis les faits Jacky Sinédia est en congé maladie. Il dit être très atteint psychologiquement. "Tous les soirs j'entends encore les cris des gens et les bruits des explosions". Il ajoute "je veux que cette affaire aille jusqu'au bout, je ne suis pas un animal sur qui on tire et qu'on enterre dans un coin. Je n'ai rien fait de mal, je n"ai agressé personne, je veux réparation pour avoir l'esprit en paix, être clair dans ma tête."
mb/rb/fh/www.ipreunion.com
Bizarrement ces personnes blessées ont été aux mauvais endroits aux mauvais moments...
A lire cet article ils n'ont rien à se reprocher et pour certains ils sont limite pris pour cible...
Il y a terroristes et terroristes, le terrorisme de l'État est légal, on y peut rien contre.On a le droit de reprocher aux autres ce qu'on se permet.Il y a des trouduQ qui, par souci démocratique a exigé de faire barrage a LePen, , les français sont des moutonkons maintenant envale zot merde.