Depuis 2017, la mairie de Petite-Île souhaite réaménager le bassin de baignade de Grande Anse, qui n'est aujourd'hui plus accessible. Dans ce contexte, une enquête publique a été lancée après plusieurs années d'études, qui s'est clôturée ce mercredi 7 août 2024. Si le maire de la commune, Serge Hoareau, est convaincu du bienfondé du projet, il rencontre cependant l'opposition de plusieurs associations de protection de l'environnement. Associations qui ont lancé une pétition qui cumule plus de 5.000 signatures.
Ce bassin, qui se situe à l’est de la plage de Grande Anse et s’étend sur 500 mètres jusqu’au cap de l’Abri à l’ouest, est au cœur d'un projet d'extension. La commune souhaite aussi y construire un poste de maîtres-nageurs sauveteurs (MNS).
Un projet fustigé par les associations environnementales, dont Greenpeace, Extinction Rebellion, l'association ARBRE, VieOcean, ou encore l'Agence de recherche pour la biodiversité de La Réunion, qui s'inquiètent de l'impact des travaux dans la zone qui héberge le récif corallien le mieux protégé de La Réunion.
Grande Anse "abrite le plus de coraux (recouvrement corallien moyen d’environ 54%), alors que la situation est très problématique à l’ouest (recouvrement corallien moyen d’environ 16% sur la pente externe de l'Hermitage - La Saline). À cela vient s’ajouter un livret rédigé par VieOcéane pour témoigner de la biodiversité exceptionnelle du bassin de baignade de Grande Anse" explique Greenpeace.
"Les travaux vont engendrer une destruction physique des colonies coralliennes du bassin."
Des accusations réfutées par la mairie. "Il y a eu sept ans d'études, d'ordre technique et d'ordre réglementaire. Nous avons eu un avis favorable de la DEAL, de l'ARS, et de l'Agence environnementale, cela montre bien que nous sommes dans les clous" réagit Serge Hoareau, contacté par Imaz Press Réunion. "Il y a eu une loi de 2018 qui encadre les aménagements pouvant avoir un impact sur la biodiversité, nous la respectons" ajoute-t-il.
Les associations estiment pourtant que si la mairie affirme que "les travaux d’extension ne viendront pas impacter directement les formations coralliennes grâce à un suivi en continu de la turbidité des eaux sera mis en place pour éviter les impacts indirects sur les colonies coralliennes", dans la pratique, "la complexité vient questionner l’efficacité d’une telle mesure".
- Inquiétudes sur l'impact des travaux –
Greenpeace estime que si l'étude d'impact réalisée est "globalement acceptable", des points d'ombres subsistent.
"Ces études n'ont pas pu prendre en compte par exemple un rapport récent de 2024, qui montre que le récif corallien est le plus préservé du territoire" détaille Greenpeace.
Les associations s'inquiètent principalement des effets du chantier en lui-même.
D'après elles, pendant les travaux impliqueraient que "la masse d'eau ne sera renouvelée que toutes les 24 heures, alors que l'ARS préconise 12h heures. Nous avons cru entendre qu'ils ont modifié le modèle, mais on ne sait pas comment ils perdent 12h dans leurs prévisions".
"On est face à un enrochement maîtrisé, qui mériterait d'être rénové mais pas comme prévu actuellement" admet Greenpeace.
Mais, "aujourd'hui, le projet c'est un enrochement si grand que le renouvellement de l'eau ne pourra pas garantir un bon état sanitaire et favorisera le développement de bactérie" affirme l'ONG.
Les travaux dans la zone pourraient aussi créer une turbidité des eaux mettant à mal les coraux, les empêchant de capter assez de lumière.
La commune assure de son côté qu'un contrôle continu de la turbidité des eaux sera mis en place pour éviter les impacts indirects sur les colonies coralliennes.
- Des doutes sur les bienfaits de ce chantier –
"Ce qui est regrettable, c'est qu'on est face à un pari : la commune fait le pari que ça va permettre la reconquête de la biodiversité, mais il n'y pas d'étude sur ces prévisions donc pas de garanti que c'est le cas" affirme la branche locale de cette organisation non gouvernementale (ONG) de protection de l'environnement
Elle estime par ailleurs qu'une "erreur fondamentale" a été réalisée : "aujourd'hui, la mairie de Petite-Ile et la Civis (qui travaille aussi sur le projet ; ndlr) comparent ce projet à celui de 1987, à l'origine de l'ancien bassin, qui est considéré comme un succès. Mais en 1987, on était seulement aux prémices du dérèglement climatique, l'aménagement n'était pas aussi dense" liste Greenpeace.
"A l'époque, la commune n'était pas constituée de 70% de terres artificialisées, et il n'y avait pas cet afflux touristique de masse. Ce qui fait que comparer le succès de 87 à une prévision de 2024, dans un contexte changement climatique où le blanchissement corallien est au plus fort n'a pas de sens" lance l'ONG.
Les travaux prévoient par ailleurs la mise en place d’une canalisation "d’une longueur d’environ 120 m sous la plage et le platier de baignade, pour dévier les eaux d’un talweg naturel, et les rejeter dans un exutoire en mer hors de la zone de baignade", détaille la commune.
Encore une fois, les associations s'opposent à cet équipement. "Les eaux pluviales polluées par les différents usages du bassin versant (agriculture, eaux usées domestiques) se déverseront directement sur le récif" dénoncent-elles.
Le rejet des eaux usées et pluviales lié à l’installation de la canalisation "aura une incidence sur la qualité de l’eau de la zone" affirme Estelle Crochelet, de l'association ARBRE, dans un courrier adressé au commissaire-enquêteur en charge de l'enquête publique.
Alors que des raies sont présentes dans la zone, "elles pourraient être, tout comme leur habitat, impactées de manière négative et significative (…) Le déclin de l’habitat des raies est en corrélation avec la diminution de leur population" alerte-t-elle.
"L’écoulement des eaux pluviales et usées devrait être plus intense lors des phénomènes cycloniques ou lors de fortes pluies, ce qui pourrait dégrader les récifs coralliens et l’habitat des raies si le projet d’installation de la canalisation est maintenu."
- Pour ou contre la (sur)fréquentation du lieu -
Serge Hoareau souhaite par ailleurs rendre aux habitants la possibilité de se baigner dans la zone. "La baignade y est interdite depuis 2014" rappelle-t-il.
L'objectif est donc de créer une fosse de natation creusée dans le bassin d’une superficie de 650 m2, avec une profondeur maximale de 1,50m.
Une augmentation de la fréquentation qui inquiète les associations. "Le nombre de visites sur le site de Grande Anse sera amené à être multiplié après la mise en place du projet. La zone de baignade risque d’être sur-fréquentée au vu du bon équilibre de l’écosystème marin" alerte Estelle Crochelet.
"De nombreuses espèces, telles que les raies, subiront de lourdes perturbations (limitations dans leurs possibilités de chasse, de repos etc.)" souligne-t-elle.
En effet, huit espèces de raies sont présentes dans les environs du bassin, dont trois sont soient classées vulnérables, soit en danger d'extinction selon l'Union internationale pour la conservation de la nature.
"Nous avons déjà vu des raies en reproduction à proximité, c'est donc une zone potentielle de reproduction qu'on pourrait perturber. Il faut aussi signaler que ces animaux sont importants en termes de régulation et de bioturbation des milieux, c'est-à-dire qu'elles soulèvent les sédiments et nettoient le sol pour permettre à l'environnement d'être en bonne santé" explique Estelle Crochelet, contactée par Imaz Press Réunion.
Ces espèces "sont importantes et indicatrices de la bonne santé de la biodiversité de la zone" insiste-t-elle.
"On sait que les travaux pourraient perturber la zone de reproduction, la chasse donc leur alimentation, et affecter leur repos. Ça n'a pas été pris en compte dans les études d'impact réalisées. L'association est la seul à travailler sur la thématique, et on n'a pas été sollicités" regrette-t-elle.
- Dans l'attente des conclusions -
Malgré ces doléances, la commune se veut rassurante. "Les risques pour le récif corallien ne sont pas du tout entendables : le bassin ne va pas toucher à la barrière de corail" affirme Serge Hoareau. "Il n'y a pas d'atteinte au récif" martèle-t-il.
Interrogé sur la forte participation à l'enquête publique, qui cumule une majorité d'avis négatifs, l'édile regrette que "des personnes ont donné leur avis plusieurs fois" et que certains de ces avis "arrivent de métropole". Il rappelle par ailleurs que le blanchissement des coraux est en lien avec le réchauffement des eaux à travers le monde.
"Les récifs coralliens concernent Petite-Ile, lais c'est un patrimoine mondial, on peut donc être contre un projet à l'étranger et se sentir concerné. On peut et on doit se sentir concernés par les écosystèmes loin de chez nous, ça régule le système de la Terre, ça régule le climat" rétorque Greenpeace.
Serge Hoareau espère de son côté que ces avis ne seront pas pris en compte par le commissaire-enquêteur, tandis que Greenpeace estime qu'il serait "bien dommage que les avis extérieurs ne soient pas pris en compte". "Cela voudrait dire une non prise en compte d'une vision globale de la protection de l'environnement".
Quoiqu'il en soit, c'est désormais au commissaire-enquêteur, puis à la préfecture, de rendre ses conclusions. La bataille n'est pas terminée, et les associations se préparent déjà pour la suite. La mairie aussi, sans doute.
as/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com
Mr le Maire le plan de votre projet concerne une zone où il y a des coraux, le projet va donc porter atteinte au récif contrairement à ce que vous dîtes. Outre les travaux, la crème solaire que les baigneurs répandent dans l'eau affecte la santé du récif et favorise le blanchissement, donc la mort des coraux. Vouloir rendre cette plage + accessible aux baigneurs, c'est diminuer la chance de survie des coraux. Tous ceux qui regardent plus loin que le nombril du plaisir de l'espèce humaine savent que nous avons déjà dépassé les limites de destruction de la nature pour prétendre à un avenir souhaitable pour nos enfants et petits-enfants. Alors oui, si on veut laisser une chance au récif et aux espèces qu'il abritent de perdurer le plus longtemps possible, arrêtons ce projet et tous les similaires. Cette île est un trésor mondial, arrêtons de lui faire du mal.
C est bien beau les ecolos mais à interdire à tour de bras, que reste t il comme loisir aux réunionnais vivant aujourd’hui ?? Préserver pour demain oui, mais laissez vivre les gens !!!
La mer et grande et réserver une petite zone de baignade aux humains qui n ont pas envie de se faire croquer par un requin me semble un partage équitable.
Il y a trop d interdit en France.
Il faut construire intelligemment, discuter et contrôler.
La Réunion et un lieu de partage et de tolérance, il y a de la place pour tout le monde, il faut que ça reste ainsi.
Bien d'accord avec vous ! Pourquoi s'évertuer à vouloir créer un bassin de baignade là où la nature en a décidé autrement ? Pourquoi toujours vouloir créer une attractivité ? Grand'anse n'a pas besoin de cela. C'est un site magnifique naturellement, qu'on en profite tel qu'il est. Si on veut se baigner dans le coin, on va à St Pierre, il y a le lagon, c'est naturel... Et question fréquentation, le site est déjà saturé sans accès au bassin, alors avec, il deviendra inaccessible.. Quel dommage ! Même question, où est l'île de mon enfance avec ses endroits sauvages... 😪
vraiment stupide....
Associations d'extrême gauche ecolo bobo à interdire. Ils sont insupportables et anti réunion
La Réunion est une poubelle,il n’y a qu’à se référer à band cochon et à nos propres yeux pour s’en apercevoir,ça ne m’étonne pas qu’au nom du développement économique une bande de gens à la courte vue crie halleluja quand il faut encore rajouter du béton
Bien sûr que les écologistes ont raison,tous les autres n’ont simplement rien compris et où s’en fichent pourvu que ça rapporte des euros
L'association est la seul à travailler sur la thématique, et on n'a pas été sollicités" regrette-t-elle.
Tout est dit
Pourquoi vouloir toujours modifier, "améliorer ", faire autrement et au final détériorer ce que la nature nous a laissé ? Notre pauvre île continue d être défigurée, maltraitée et perd son identité, son authenticité pour devenir une destination quelconque comme on peut en trouver partout dans le monde...déjà avec toutes ces zones commerciales (était ce vraiment utile ?), qui donnent l'impression de se trouver dans n importe quelle zone commerciale de métropole, toutes ces routes qui rongent le paysage, ces projets immobiliers sans style qui poussent comme des champignons...tout cela m attriste et la Réunion de mon enfance est déjà un lointain souvenir...quel gâchis ! Amis réunionnais et autres associations faites ce qu il faut pour sauver ce qui peut encore l être !!! Ne vous laissez pas endormir, ouvrez les yeux...sa not' péï sa !
Les écolos des "progressistes"? Çà veut dire quoi? À oui, ce sont les gentils et les autres sont les méchants? C'est vraiment de l'argumentaire à deux balles.
Non, Petite-Île ne deviendra jamais Saint-Gilles car sa population n'est pas du tout la même et elle sera vigilante.
De toute manière, dès qu'il y a un projet, c'est systématique tous les grat ki sont contre. Çà leur permet d'exister, eux qui souvent ne glandent rien et ne pensent qu'à emmerder les autres. Je ne dis pas qu'il faut faire n'importe quoi, mais quand toutes les autorités se sont prononcées,le projet devrait voir le jour, sinon plus rien ne se fera.
Le commissaire enquêteur n'est pas neutre, il se rangera derrière l'avis de la commune. C'est bien dommage, car Petite-Ile va se transformer en Saint-Gilles : voilà l'île que vous allez laisser à vos enfants; les écolos, qui sont des progressistes, ont raison de le dénoncer, avec des arguments scientifiques. De surcroit, ces aménagements seront contreproductifs économiquement parlant : dans 30 ans, plus aucun touriste ne voudra venir sur une destination polluée et inhospitalière.
Ces ecolos bobo commencent vraiment à nous faire ch…, c est à cause d eux que les choses n avancent pas.
Si les ecolos refusent l'aménagement du bassin de grandes anse qu'il se dise bien qu’actuellement la baignade est interdite et je ne vois pas en quoi agrandir la bassin dans la limite du raisonnable en prenant soin de la faune. et la flore ca les gêne