Céramiste et sculptrice

Migline Paroumanou : une artiste engagée pour la condition féminine

  • Publié le 14 mars 2022 à 02:59
  • Actualisé le 14 mars 2022 à 10:43

Migline Paroumanou est une artiste réunionnaise. Performances, sculptures et céramiques, elle exprime ses engagements à travers son art. À l'occasion de la journée internationale des Droits des femmes, elle s'est rendu au collège Henri Matisse à Bois d'Olives (Saint-Pierre) pour présenter ses oeuvres sur la condition féminine, un sujet récurrent dans sa production (Photo : Marc Lepretre).

Après des études de psychologie, un emploi dans le commerce et dix ans passés en Métropole, Migline Paroumanou décide de se lancer dans la céramique à son retour à La Réunion. Elle se découvre une passsion pour la sculpture et se lance en tant qu’artiste.

Au collège Henri Matisse, l'artiste est intervenue dans des classes de troisième et quatrième. Pendant  une heure elle a débattu en créole avec les élève sur le thème de l’image de la femme.

"Je fais les choses avec sincérité et sur des sujets qui me touchent directement. Je retransmets cela dans mes œuvres. Si c’est cela être une artiste engagée : alors je le suis", assure Migline Paroumanou. Son engagement, il se retrouve dans plusieurs séries de ses œuvres. Violences, les diktats de la beauté, la maternité provoquent chez elle un besoin d’agir et de créer pour éveiller les consciences.

- Dénoncer les violences faites aux femmes-

"J’ai de nombreuses fois été confrontée à des actes de violence, sans jamais pouvoir rien faire", explique l’artiste avant de poursuivre : "j'ai un membre de ma famille qui a subi des violences. Quand je vivais en Métropole, dans l’appartement du dessous, j’entendais constamment les cris de ma voisine. Je passais mes journées à appeler les flics" ajoute-t-elle.

"Ce qui m’a marqué, c’est qu’un jour, alors que j’étais au feu rouge en voiture, j’ai vu dans le véhicule d'à coté, un homme mettre un coup de poing à la passagère. J’avais envie de hurler et de sortir de la voiture. J’aurais tellement voulu être un homme pour pouvoir le confronter. Mais je me sentais impuissante. Je ne pouvais rien faire de peur d’être frappée à mon tour "raconte, révoltée, Migline Paroumanou.

"Ce sont toutes ces histoires, presque quotidiennes, qui m'ont donné envie d’agir et de faire quelque chose. Avec l’art, j’ai enfin le sentiment de pouvoir m'exprimer et de lutter, à ma manière, contre ces violences faites aux femmes", indique la sculptrice.

"Je me suis mise à recueillir des coupures de journaux, à faire des recherches sur la dépendance psychologique de ces femmes qui se font battre. Je voulais et j’avais besoin de comprendre pour pouvoir sensibiliser par le biais de mon art", explique t-elle.


En 2013, Migline Paroumanou a réalisé une performance à Saint-Benoit en l’hommage de Fabiola Silotia, assassinée par son ex-époux en 2006, à proximité de son lieu de travail dans le centre-ville de Saint-Benoit. "Je voulais faire revivre la mémoire des lieux. Il fallait que je sorte de ma salle d’exposition toute propre. J’ai décidé d'aller acheter un bouquet de fleurs et de repeindre le trottoir en blanc, sans autorisation. Ça m’a pris comme ça. Je ne pouvais pas rester sans rien faire", se remémore l'artiste.

"Je suis restée allongée au sol quarante-cinq minutes à une heure. Les passants se posaient des questions. Je voulais réaliser une action du corps dans ce lieu où quelque chose d’horrible s’était produit. Il fallait que je rende hommage", insiste Migline Paroumanou.

"Cela rejoint ma série de sculptures "déesses". Je m’intéresse à ces traditions féminines qui ont été désavouées. Dans les temps Antiques, il y avait la crainte d’être punis. Les femmes étaient vénérées, priées et protégées. Mais ce pouvoir accordé aux femmes leur a été retiré. Je suis effrayée par la domination. L’emprise, peu importe le sexe, me terrifie", déclare la sculptrice

- Des oeuvres qui évoquent les dictats de beauté et la maternité -

" Dans mes expositions, j’ai voulu jouer sur la corde de la sensibilisation et de l’émotion. Je voulais qu’on parle de mes oeuvres, que cela marque les esprits. Je veux choquer. Je travaille beaucoup sur le corps. J’ai donc créé des bulles de femmes, de taille humaine, pour que le spectateur puisse s’identifier. Je voulais rendre mes œuvres humaines, surprendre pour mieux sensibiliser. Je ne fais pas de choses abstraites. Il faut parler concrètement pour faire avancer les choses et ne pas détourner le regard", assure-t-elle.

"J'ai fait une oeuvre avec des têtes de céramique emballées dans des sacs plastiques. Cella exprime cette image de la femme top model, absorbée par l'apparence, le maquillage ou la chirurgie. "La femme se piège elle-même et créer un état de dépendance et de besoin à ces artifices de beauté et il lui est difficile de s’en échapper", estime Migline Paroumanou.

"J’ai aussi réalisé une série de portraits photos. J’ai créé un habit que j’ai demandé à des femmes de porter. Au premier abord, elles ressemblent à des Madones dans ce joli vêtement de soie. Mais à y regarder de plus près, elles ont toutes les mains bandées et lacées", explique l'artiste.

"La maternité et la transmission reviennent souvent dans mes œuvres. La femme accouche de l’humanité. Je m’intéresse beaucoup au fait de "materner", et c’est quelque chose qui est aussi féminin que masculin", considère la sculptrice.

"Ce dont je rêve, c’est une vraie égalité entre les hommes et les femmes. C’est ce qu’il pourrait y avoir de plus beau. Plus d’espace, de séparation, peu importe la couleur ou le sexe. J'ai plusieurs productions nommées "Murmures" avec des vases diffusant des murmures et symbolisant le fait d'être "un réceptacle et de transmettre. Si on veut que les choses changent, il faut changer notre regard pour nos enfants. La transmission, c'est ce qui fera évoluer le monde", pense Migline Paroumanou.

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