Les coureurs mécontents

Trails : jugés trop cher, les tarifs d’inscription font polémique

  • Publié le 12 janvier 2024 à 06:17
  • Actualisé le 12 janvier 2024 à 10:01

Les coureurs de trail sont mécontents. Ils trouvent que les prix d’inscription aux courses ont augmenté et que la qualité des prestations fournies par les organisateurs en retour n’est pas toujours au rendez-vous. Des organisateurs qui leur répondent qu’ils s’efforcent au contraire d’améliorer leur produit, ne pouvant rien par ailleurs contre l’inflation de la vie, la baisse des subventions publiques et la difficulté croissante à trouver des partenariats privés face à la multiplication des courses (Photos d'illustration : rb/www.imazpress.com)

C’était le jour de la Fête Kaf, le 20 décembre dernier. Le symbole de la liberté, de la fin de l’aliénation des peuples. On ne sait pas si Christopher Camachetty a choisi la date exprès pour pousser son coup de gueule. Mais en pleine savane, le coureur Elite du Caposs a publié une story vue par un grand nombre de personnes qui disait son ras le bol devant l’augmentation des tarifs d’inscription sur les courses de trail péi.

"En gros, je disais que je trouvais les tarifs excessifs, témoigne l’intéressé. J’ai bien conscience que les frais médicaux, les ravitaillements, tout cela a un coût que je ne sous-estime pas. Mais sur certaines courses, je trouve que la qualité des récompenses n’est pas proportionnelle au tarif. Parfois, les trophées sont en plastique, parfois les tee-shirts de finisher ne sont pas à la bonne taille, parfois il y a carrément un manque d’eau aux ravitos, parfois enfin des problèmes de balisage avec un manque de signaleurs. Je crois que les coureurs attendent plus de qualité d’une manière générale en réponse à l’augmentation des prix."

Un mécontentement qui s’exprime de manière active sur les réseaux sociaux. Samuel Hoareau a rejoint le groupe Trail Running Réunion. Sans vouloir polémiquer, il se pose des questions. "J’interroge les coureurs sur cette augmentation des prix, dit-il. On a en effet des montants d’inscriptions qui passent de 30 euros à 45 euros d’une année à l’autre soit une augmentation de 50 %. Comment voit-il cette évolution ? Est-ce qu’ils pensent que c’est tout simplement le coût de l’inflation ? Celle des matières premières par exemple ? Sont-ils prêts à s’inscrire à l’avenir sans recevoir en retour de tee-shirt et de médaille ?"

Le sujet des tee-shirts n’est pas anodin. L’association Saint-Jo Trail Team qui organise notamment le Cap Volcan le 11 février prochain a publié un commentaire sur le groupe Trail Running Réunion disant que ses tee-shirts lui coûtaient 12 000€, laissant imaginer que la qualité a un prix qui pouvait éventuellement se répercuter sur les inscriptions. Samuel Hoareau a apprécié la transparence. Mais cela ne l’empêche pas de continuer à s’interroger.

"À titre personnel, je me demande si on ne devrait pas laisser le choix aux participants, en proposant une inscription par exemple à 40 euros sans tee-shirt et une autre avec un tee-shirt collector à 55 euros, comme le font certains. Ou même carrément supprimer la médaille et le tee-shirt en proposant d’autres accessoires, chaussettes, manchettes, pour faire baisser les prix d’inscription, etc..."

- "On est proche de zéro quand on fait notre bilan" -

Pas sûr que les coureurs le suivent dans sa réflexion. Beaucoup tiennent en effet à leur tee-shirt classique compris dans le prix de départ. Un tee-shirt de finisher qui représente une fierté personnelle, au même titre que la médaille. "Certains ne participent que pour ça", avance Joël Chenin, organisateur de Cap Volcan. Nicolas Rivière a pour sa part une double casquette. Il est coureur (2e de la Diagonale en 2019) et organisateur du Trail des Sables en septembre. "Quand on fait notre bilan financier d’après course, on
est proche de zéro, dit-il. Avec les ravitaillements, les frais de gestion, les frais médicaux, les tee-shirts, les médailles, etc., si tu n’a pas un gros partenaire à tes côtés, tu ne récupères pas d’argent sur une course avec entre 300 et 400 participants."

Le même distingue en fait les courses. "En fonction du format, l’analyse est différente", prolonge-t-il.

Entre une course de 23km et une autre de 160km, le prix du tee-shirt par exemple est globalement le même. Or le tarif d’inscription diverge de beaucoup. On ne peut pas dire qu’une course de 30km est chère si le ratio au kilomètre est de 1 euros voire 1,30 euros. Par contre, un ultra à 1,30 euros du kilomètre, je trouve ça cher pour des courses qui ont souvent de gros partenaires à leurs côtés."

Il en coûtera 1,27euros/km pour la Diagonale des Fous 2024. Le tarif a augmenté de 20 euros en l’espace d’un an (210 euros en 2024 contre 190 en 2023). Mais Nicolas Rivière est bien conscient aussi du fait que les coureurs ont eux-mêmes placé leur niveau d’exigences très haut et que les organisateurs font juste en sorte d’y répondre. "Avant, les coureurs étaient quasiment en autonomie complète, dit-il. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus assistés et cela engendre automatiquement des frais pour les organisations, afin d’assurer leur bien-être et leur sécurité. Idem pour les frais de chronométrage. Avant, c’était manuel et le coût était dérisoire. Aujourd’hui, ça se paye beaucoup plus cher, avec tous les pointages. Et je ne parle pas de l’hélicoptère, des drones pour faire des images et développer le visuel, afin de multiplier les vues, les partages et donc l’attractivité. Ça aussi, ça a un coût."

Organisateur du Trail des Anglais, Stéphane André a un avis assez tranché sur la question des tarifs. "Les courses se sont professionnalisées, dit-il. Et je trouve pour ma part assez justifié d’augmenter le tarif des inscriptions. L’inflation touche en effet beaucoup de secteurs actuellement, qui sont partie prenante de notre sport : le textile, l’alimentation, les services médicaux. Parfois, dans ces secteurs, l’augmentation des prix est de 20 à 40 %. Je vois difficilement comment on peut éviter que cela ne se répercute sur le tarif d’engagement."

Et le même d’affiner son propos. "En tant que société privée organisatrice d’évènement, notre marge opérationnelle doit se situer entre 10 et 15 %. Sinon, ce n’est pas rentable. En ce qui concerne les associations organisatrices d’événement, elles dépendent des subventions publiques. Or, ces dernières ont eu tendance à baisser ces dernières années. Forcément, le prix du dossard devient la variable d’ajustement. Et il n’est pas sûr du tout que le niveau de ces subventions se stabilisent à un niveau acceptable dans les dix ans à venir. Je crois que l’on n’est pas à la fin de l’augmentation des tarifs, dans la mesure où l’implication des collectivités n’est pas partie pour augmenter, bien au contraire. A l’arrivée, je ne vois pas comment on pourra éviter que ce ne soit pas le consommateur, en l’occurrence le coureur, qui soit contraint de sortir son porte-monnaie."

- "Un euro du kilomètre, une aberration économique" -

Il éclaire son propos en questionnant directement les coureurs : "Pourquoi personne ne s’interroge-t-il sur les tarifs pratiqués par les équipementiers, à travers le prix des chaussures de trail par exemple ? Du coup, pourquoi, y aurait-il une levée de boucliers à propos du seul prix pratiqué par les organisateurs de courses ?"

Il est devenu d’usage courant dans le trail, dès que l’on parle de tarifs d’inscription, de considérer qu’un kilomètre équivaut en gros à un euro. "Mais je trouve pour ma part que c’est une aberration économique, dans le sens où cela dépend du produit proposé, affirme encore le patron d’Ilop. Les services offerts aux coureurs inscrits diffèrent en effet en fonction des trails."

Patrick Delgard, responsable du Trail de Minuit livre à son tour son sentiment. "L’an dernier chez nous, c’était 75 euros les 62km, dit-il. Cette année, c’est 65 euros les 56km. Le tarif est plus ou moins le même rapporté au kilomètre. On n’a pas augmenté le prix d’inscription, il a même légèrement baissé. Pourtant, si je parle des frais de fonctionnement, on a deux ravitaillements dans Mafate. Il faut payer les hélicoptères pour l’acheminement des denrées pour les ravitos. Il faut provisionner les frais occasionnés par l’intervention du PGHM en cas d’accident. Quand on fait partie intégrante d’une organisation, on comprend ce que cela coûte et le prix fixé en matière d’inscription. Mais les coureurs sont devenus exigeants. Ils râlent si on leur offre un simple sandwich à l’arrivée et non pas une barquette. Ils râlent sur les médailles, sur beaucoup de choses."

Joël Chenin de Saint-Jo Trail Team, évoque quant à lui une consommation un brin disproportionnée chez les traileurs. "Ils se plaignent des tarifs mais ils courent trop ce qui occasionne d’autant plus de frais financiers, mesure-t-il. Ils consomment le trail comme ils consomment le reste à l’image de la société dans laquelle on évolue."

- "Certains disent que ça devient un sport de riches" -

Président de la commission running à la Ligue, l’ancien champion Jean-Louis Prianon prêche pour sa paroisse. "Il y a du mécontentement, c’est évident, constate-t-il. Certaines personnes ont commencé à dire que le trail devenait un sport réservé aux riches vu que le montant des inscriptions grimpait. A un euro du kilomètre, plus la course est longue plus c’est cher en effet. Mais il faut que les coureurs intègrent que la mise en place des postes de ravitaillement, des postes médicaux, ça a un coût. S’ajoute à cela, le coût de l’inflation de la vie. On ne peut plus faire payer une course le même prix qu’il y a dix ans. Les médailles, les tee-shirts, les trophées, tout cela a augmenté.

Ce que je regrette c’est qu’avec ce boom des inscriptions, on ne récupère pas plus de licenciés à la LRA. Prendre une licence offre en effet des avantages. On bénéficie de la structure du club auquel on s’est affilié. C’est au moins deux euros de moins que les non licenciés sur les championnats à label FFA. Ensuite, la plupart des clubs paient les frais d’inscription de leurs licenciés sur ces championnats régionaux labellisés (trail court, trail long, semi, 10km) donc ça représente une économie pour les coureurs."

fp/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

guest
9 Commentaires
Margarita
Margarita
1 mois

Mais de qui parle t il ?

belon
belon
1 mois

parlons peu mais parlons bien, qu on nous montre les vrais factures des tee shirts qui sont ensuite certainement rentables avec tous les sponsors qui a dessus et que souvent on a pas la taille demandée, combien coute une médaille ( fabrication chine) , quel est le prix d un trophée ? Pour une 3eme place M 6 de la diagonale , aucun trophée, quand aux ravitos, merci, stricte minimum sur certaines courses et encore souvent offert par les partenaires, si sur les petites courses , il n y a pas beaucoup de marge, ce n est pas le cas sur les grandes ( si 1500 coureurs à 85 euros pour 70KM) pas besoin d être comptable, je ne suis pas contre que les organisateurs fassent du bénéfice mais qu ils redeviennent raisonnables, avant c était possible à tout à chacun de faire du trail, aujourd hui un smicard qui à une famille est exclu, le sport doit etre un peu plus accessible à tous, cela permet à des jeunes sans trop de ressources de se défouler et on grandit mentalement en faisant du trail, il faudrait que sur les longues distances le tarif soit à moins d 1 euro le KM mais malheureusement business c est l offre et le demande ou un réveil des coureurs pour faire stopper toute ces hausses

jimmy
jimmy
1 mois

déjà arrêtons les t-shirts et les médailles pour tout le monde , il faut aller à l'essentiel... Les valeurs du trail devraient aussi être à l'opposé de la société de consommation ...

Pelican
Pelican
1 mois

210 € ?? Vous vous rendez compte !!
Je ne sais quel emploi ou poste vous occupez mais tant mieux pour vous si vous avez le moyen. Ne mettez pas tout le monde dans le même panier.
Aussi, les prestations servies pendant que le GRR n'égale pas celui du Dodo Trail ou Trail de Rodrigues. Il manque du professionnalisme.

David
David
1 mois

Il faut quitter ce système et avoir du discernement. Faire du trail à son rythme sans médaille ni tee-shirt c’est aussi bénéfique pour la santé. Il ne se plaindre et nourrir le système en même temps.

Candide
Candide
1 mois

Avec des bénévoles, vous avez tout dit. Je donne 4 jours au Grand Raid pour être bénévole, je ne coûte à l'organisation qu'un T-shirt et un Sweat-shirt.

letrainpourtous
letrainpourtous
1 mois

Quelques remarques et propositions:
- proposer des offres sans t-shirts, médailles et autres goodies: une offre à la carte, pour satisfaire chacun
- on provisionne le PGHM et autre...donc si pas utilisé on peut être remboursé ?
- la LRA me fait rire...juste chercher à contrôler et récupérer des adhérents (ce qui conditionnera leurs subventions)... aucun plus value pour le coureur
- pourquoi chaque assocs ne publie pas un bilan financier après chaque course.
- le grand raid et son excuse de la balise SFR pour augmenter les tarifs... on n'a jamais perdu quelqu'un en >30ans... et aujourd'hui on a tous un smartphone ou le suivi live et possible. Si on ne l'actionne pas c'est juste qu'on n'a pas besoin d'etre suivi en tps réel ;) Combien SFR donne de subv au GRR?
- quelle est la marge des sociétés qui gèrent les inscriptions? il y a un duo-pole actuellement, ca ne doit pas aller dans le sens d'une baisse des tarifs...

Reno
Reno
1 mois

Je crois que tout est dit quand je lis que beaucoup de coureurs courent pour la médaille et le t-shirt... on consomme du trail et c'est bien dommage. Si on aime cette discipline ça ne doit pas être la raison première, c'est un non sens pour moi, dans l'absolu on n'a même pas besoin de dossard pour se faire plaisir dans les sentiers. Arrêtons avec ces t-shirts et ces médailles sérieux, ça fera un tri, il y aura moins de monde, car sur certaines courses je ne vois pas où est le plaisir tant il y a du monde, et les tarifs baisseront.. peut être...

Lou_gabrielle
Lou_gabrielle
1 mois

Bonjour. Je ne sais pas si j'ai bien lu mais la diagonale des fou a 210 euros. Avec tout ce qui est mis en place avec des bénévoles cela ne me paraît vraiment pas cher. Les comptes semblent transparents. J'espère que dans ce tarif est prévu un dédommagement pour les tords causés à la nature. Sinon il faudra augmenter et tant pis s'il y a moins de participants. La nature ne s'en plaindra pas.