Les collisions avec les tortues marines se multiplient à La Réunion. Ce lundi 29 août 2022, une nouvelle tortue a été repérée avec une blessure suite à une collision avec un bateau. Elle a identifiée par Kélonia : il s'agit de Kachuva, connu depuis octobre 2015, et déjà aperçu en accouplement. Il s'agit de la septième collision constatée cette année. Une situation alarmante pour le centre de soins, qui craint une disparition pure et simple des tortues vertes à La Réunion.
"C’est un phénomène qui ne s’arrête pas. Au contraire, les collisions se multiplient d’année en année" souffle Stéphane Ciccione, directeur de Kélonia. Si jusqu’en 2018, l’association notait une à deux blessures par an, désormais, c’est au moins six blessures par an qui sont constatées. Pour 2022, le nombre atteint déjà sept collisions. "Il y en a une chaque mois" se désole Stéphane Ciccione.
La nature des blessures tend par ailleurs à évoluer. "Avant, on notait des signes distinctifs de blessures liées aux hélices. Aujourd’hui, il s’agit plus souvent de blessures liées aux coques de bateaux et aux foils que l’on peut trouver sous certains bateaux, et qui provoquent des enfoncements de carapace" détaille le directeur de Kélonia.
Avec la multiplication des blessures et des décès, le centre craint une véritable "remise en question tous les efforts de conservation en faveur des tortues marines, menés ces dernières décennies". "Deux tortues reproductrices sont déjà mortes, 13 autres ont été blessées. Emma, une des deux tortues pondeuses de l'île, n'a pas été revue depuis qu'elle a été observée avec une blessure. On se dirige à très court terme vers la disparition des tortues qui s’accouplent, et à moyen terme vers la disparition des tortues marines tout court" craint Stéphane Ciccione.
Pour éviter la catastrophe, il n’y a cependant pas de solution miracle, si ce n’est le respect de la charte marine. "La majorité des opérateurs jouent le jeu, mais certains continuent à n’en faire qu’à leur tête et à multiplier les rotations. Les tortues sont capables de réagir et s’éloigner des bateaux qui circulent en-dessous de cinq noeuds, vitesse maximum autorisée dans la zone des 300 mètres à partir du littoral ou de la barrière corail. Au-delà, c’est la collision assurée" dit-il.
Kélonia a tenté de déterminer les causes de cette multiplication des collisions. "On s’est d’abord demandé si la multiplication des incidents était en lien avec l’augmentation du nombre de tortues. Ce n’est pas ça, nous sommes sur un plateau depuis plusieurs années. Le nombre de bateaux n’a pas non plus explosé. Tout repose vraiment sur le respect de la vitesse autorisée" insiste le directeur.
D’après une étude réalisée pour Kélonia par Lisa Fontaine, étudiante ingénieure, "seuls 7% des usagers ont donné la réglementation adéquate, 50% l’ont donnée de façon approximative (sans mentionner que la bande des 300m s’établissait aussi à partir de la barrière de corail quand il y en avait une), et 43% ont donné un énoncé erroné (notamment une réglementation d’une dizaine de noeuds dans la Réserve Naturelle Marine)" après avoir été interrogés sur les dispositions à prendre en mer.
"Ce qui est d’autant plus problématique c’est que 86% des interrogés sont des professionnels de la mer, sortant 2 à 6 fois par jour sans appliquer la bonne réglementation pour la plupart" ajoute l'étude.
Un vrai travail de sensibilisation semble donc nécessaire aujourd’hui, si les Réunionnais.es souhaitent continuer à observer ces tortues. Du côté de Kélonia, l'heure n'est en tout cas plus à l'optimisme.
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On le constate chaque jour, tous ces bateaux "plein gaz", à la chasse à la baleine !!!! c'est affligeant !