À La Réunion, 75 % des enfants de moins de trois ans sont gardés principalement en semaine par leurs parents, une part bien plus élevée que dans l’Hexagone (56 %), note une étude de l'Insee. Les grands-parents sont aussi plus souvent en relais sur l’Île. A contrario, le recours à des modes de garde formels est moins courant. Ces situations familiales sont en lien avec un taux d’emploi plus faible à La Réunion. Toutefois, même lorsque les deux parents travaillent, ils gardent plus fréquemment leurs enfants que dans l’Hexagone. Nous publions l'étude ci-dessous (Photo d'illustration rb/www.imazpress.com)
- Des naissances nombreuses et des familles monoparentales fréquentes -
À La Réunion, la fécondité demeure élevée, avec 2,5 enfants par femme depuis les années 1990. En 2021, 34 000 enfants de moins de trois ans résident sur l’île. Les familles avec enfant(s) de moins de trois ans représentent 13 % des familles avec enfant(s) contre 10 % dans l’Hexagone. La part de familles monoparentales est particulièrement élevée à La Réunion : elles représentent 40 % des familles avec enfant(s) de moins de trois ans, contre 10 % dans l’Hexagone. Dans la très grande majorité des cas, le parent isolé est une femme, que ce soit à La Réunion ou dans l’Hexagone.
Dans ce contexte, les besoins et pratiques des familles en matière de modes de garde constituent un enjeu local majeur. L’enquête Modes de garde et d’accueil des jeunes enfants (MDG) (encadré 1), déclinée pour la première fois à La Réunion en 2021, permet d’apporter un éclairage inédit sur cette problématique.
- Trois enfants sur quatre sont gardés principalement par leurs parents à La Réunion -
En 2021, à La Réunion, 75 % des enfants de moins de 3 ans sont gardés principalement en semaine par leurs parents (figure 1). Cette proportion est bien plus élevée que dans l’Hexagone (56 %). En particulier, sur l’île, 44 % des jeunes enfants sont même gardés exclusivement par leurs parents en semaine, contre 34 % au niveau national.
Le recours aux grands-parents ou autres membres de la famille comme mode de garde principal est rare à La Réunion comme en France hexagonale (4 % contre 3 %). Ils aident plutôt de manière complémentaire notamment à La Réunion (21 % contre 15 %). Par ailleurs, ce recours porte sur des durées en moyenne plus longues pour les enfants concernés (11 heures contre 8 heures). Ces pratiques s’inscrivent dans un contexte de solidarité intrafamiliale forte sur l’Île mais en recul toutefois depuis 10 ans.
- Moins de recours aux modes de gardes formels à La Réunion... -
A contrario, les recours aux modes de garde formels sont moins fréquents à La Réunion qu’en France hexagonale. Ainsi, seuls 5 % des enfants de moins de trois ans vivant à La Réunion sont gardés à titre principal en semaine par une assistante maternelle, contre 20 % dans l’Hexagone. Et à La Réunion, 13 % sont gardés principalement en établissement d’accueil du jeune enfant (EAJE) contre 18 % au niveau national. Les enfants accueillis à titre principal chez une assistante maternelle ou dans un EAJE y passent également moins de temps : en moyenne 35 heures 15 dans la semaine, soit environ 2 heures 30 de moins que ce qui est observé en France hexagonale (37 heures 44).
De surcroît, le recours à titre complémentaire aux modes de garde formels reste rare : il est à peine supérieur au niveau national pour les EAJE et plus faible pour les assistantes maternelles. Cependant, quand les enfants sont accueillis à titre complémentaire en EAJE, ils y passent en moyenne presque trois heures de plus à La Réunion (19 heures) qu’en France hexagonale (16 heures 15).
- ...en lien avec un taux d’emploi nettement plus faible sur l’île -
Lorsque les enfants sont gardés à titre principal par leurs parents, c’est le plus souvent quand un des parents ne travaille pas, soit parce qu’il était déjà sans emploi avant la naissance de son enfant, soit parce qu’il a cessé de travailler pour s’en occuper.
Or, le taux d’emploi des mères d’un enfant de moins de trois ans est beaucoup plus faible à La Réunion que dans l’Hexagone (44 % contre 62 %) ; c’est également vrai pour l’ensemble de la population d’âge actif (49 % des 15-64 ans contre 68 %). Ainsi, lorsque l’un des parents (ou le parent isolé) ne travaille pas, la garde parentale à titre principal est à peine plus fréquente à La Réunion qu’en France hexagonale : 87 % contre 85 %.
- Mais cumuler emploi et garde d’enfant en semaine est aussi plus fréquent à La Réunion -
Même lorsque les deux parents travaillent (ou bien le parent isolé dans le cas des familles monoparentales), la proportion d’enfants âgés de moins de trois ans gardés principalement en semaine par leurs parents est aussi beaucoup plus élevée à La Réunion que dans l’Hexagone (52 % contre 29 %). Cela tient en partie aux caractéristiques des emplois sur l’île, davantage peu qualifiés et à temps partiel, qui peuvent conduire les familles concernées à privilégier des modes de garde informels, moins coûteux.
En particulier, 59 % des enfants âgés de moins de trois ans dont la mère est employée ou ouvrière en emploi sont gardés en semaine à titre principal par leurs parents, une part supérieure de 12 points à la part d’enfants dont les mères sont cadre ou profession intermédiaire (47 %). Dans l’Hexagone, ces proportions sont respectivement de 47 % et 31 %.
- Dans huit cas sur dix, les mères isolées assurent la garde principale en semaine -
La très grande proportion de mères isolées souvent en situation de pauvreté sur le territoire réunionnais rend particulièrement cruciale la question de l’accès à des modes de garde formels pour faciliter leur insertion professionnelle.
Dans l’ensemble, 77 % des enfants de moins de trois ans vivant en famille monoparentale sont gardés principalement en semaine par leur parent solo (la mère dans la quasi-totalité des cas) contre 62 % dans l’Hexagone. Là encore, la situation sur le marché du travail contribue fortement aux écarts. Ainsi, 71 % des parents isolés avec au moins un enfant de moins de trois ans sont inactifs ou au chômage en 2021 contre 60 % dans l’Hexagone.
- Des choix de modes d’accueil contraints par l’offre -
La garde des jeunes enfants résulte, pour les parents, d’arbitrages plus ou moins contraints entre l’offre d’accueil sur le territoire, leurs contraintes professionnelles et leurs éventuelles préférences en termes de solutions de garde.
Si tous les parents avaient obtenu leur premier choix, la garde parentale serait moins fréquente, à La Réunion comme dans l’Hexagone. Ainsi, sur l’île, seuls 53 % des enfants de moins de trois ans seraient gardés à titre principal par leurs parents (soit -22 points par rapport à la proportion effectivement observée) ; au niveau national, cette part serait aussi plus faible, de 35 % (soit -21 points). A contrario, la part d’enfants gardés à titre principal dans des modes de garde formels serait plus élevée : 36 % sur l’île (+18 points par rapport à la proportion observée) et 58 % dans l’Hexagone (+20 points).
Dans les familles où les deux parents (ou le parent isolé) sont (est) en emploi, les écarts en matière de souhaits de mode de garde se resserrent entre La Réunion et l’Hexagone. Ainsi, si tous les parents avaient obtenu leur premier choix, la garde parentale concernerait 28 % des enfants de moins de trois ans pour les parents en emploi à La Réunion et 15 % dans l’Hexagone (au lieu de 52 % et 29 % observés respectivement).
Or, en 2022, tous modes de garde confondus, La Réunion offre un potentiel de 40,4 places pour 100 enfants de moins de trois ans. Cette capacité théorique est bien inférieure à la moyenne nationale (59,4 places pour 100 enfants de moins de trois ans), bien qu’en hausse de 1,3 point depuis 2021 et de 6,9 points depuis 2017. En outre, sur l’Île, l’accueil en collectivité prépondérant est assez proche de la moyenne nationale (19 places contre 22) et l’accueil individuel beaucoup moins développé (16 places contre 32).
Depuis 2013, l’offre progresse fortement, en particulier l’accueil en micro-crèches, notamment les micro-crèches hors Prestations de service unique (PSU) c’est-à-dire financées par la prestation d’accueil du jeune enfant (Paje) via le complément de libre choix du mode de garde (CMG) versé aux familles. Cependant, le montant du CMG varie selon le revenu et le nombre d'enfants à charge. En outre, les familles doivent avancer l'intégralité du coût de la garde avant de pouvoir percevoir le CMG versé par la CAF.
Dans ce contexte, les familles dont les revenus sont plus modestes auraient tendance à recourir à des contrats d’accueil à temps partiel en micro-crèche et s’organiseraient avec leur réseau familial le reste du temps dans la semaine.