Alors que les troubles psychiques sont toujours stigmatisés dans la société, l’association Balise Psy organise ce mercredi 9 octobre 2024 une "Mad Pride" (marche festive des fous) à Saint-Paul pour sensibiliser et éduquer sur ces questions de société. Le but ? Changer le regard sur les maladies mentales, et sur les personnes qui en souffrent (Photos : sly/www.imazpress.com)
Alors que 3 à 6% des Français sont concernés par un trouble psychique, sévère et durable, et qu'une personne sur quatre aura un trouble au cours de sa vie, les maladies mentales restent un sujet tabou. Et un frein à une vie sociale et professionnelle épanouie.
Dépression, anxiété, troubles de l'humeur, trouble du comportement alimentaire, schizophrénie… Les troubles psychiques sont nombreux et variés, et leur sévérité varie très largement entre chaque patient. Si l'on entend parler de ces maladies dans un contexte souvent négatif, cette marche vise à démonter certains clichés.
"L'idée, c'est de pouvoir proposer quelque chose de festif. Quand on parle de trouble psychique, on parle de souffrance, de dangerosité, des choses très négatives avec des représentations souvent issues de situations marginales, alors que le public concerné ne rentre pas dans ces représentations" explique Pascal Allard, directeur de l'association Balise Psy.
"Il y a une véritable stigmatisation des personnes atteintes de ces troubles, qui remonte à très loin, cela n'a jamais bien perçu, que ce soit au Moyen-Âge, pendant la Seconde Guerre Mondiale où elles étaient exterminées, et encore récemment en enfermant les personnes qui ne sont pas bien traitées" note-t-il.
"Depuis il y a eu une évolution des traitements, de nouvelles approches thérapeutiques, mais le problème c'est que les images sont restées sur cette folie négative" ajoute-t-il.
C'est dans cet esprit que la Mad pride est organisée.
Sur place, un stand maquillage sera présent pour ajouter des touches de couleurs à ceux qui le souhaitent, une chenille qui se transforme en papillon viendra symboliser la renaissance du patient. Écoutez Estelle, présidente de l'association Balise Psy.
"Nous sommes là pour faire la fête, destigmatiser, soutenir ce mouvement car bien souvent ces troubles isolent les familles", indique Mariane Dudon de l'Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam). Écoutez.
Tout au long de la marche, un char, des échassiers, des jongleurs, une batucada composée de collégiens défileront pour célébrer la "folie". Des concerts sont aussi prévus pour continuer dans cet esprit festif.
"Mad Pride peut être traduit par "la fierté d'être fou" mais dans notre marche, c'est la fierté de faire face aux préjugés et aux représentations négatives liées à la folie qui est visée" souligne Pascal Allard.
"Je suis bipolaire, et si le chemin a été escarpé, je viens bien aujourd'hui" dit Alissa, artiste de 31 ans. "J'ai la chance de travailler en indépendant et donc de ne pas avoir à me soucier de la bienveillance d'un employeur, mais je sais à quel point ça peut être difficile dans la vie de tous les jours" raconte-t-elle.
"Le plus grand obstacle, finalement, c'est d'accepter qu'on est malade. Une fois que c'est accepté, il reste d'immenses difficultés : trouver le bon psychiatre, les bons dosages du traitement, défaire les mauvaises habitudes qu'on a pu développer par exemple... Mais à la fin de la journée, je vais infiniment mieux depuis que je sais que je suis malade" confie-t-elle. "Je n'ai pas honte de parler de ma maladie, je le fais assez librement, et tant pis si ça met mal à l'aise" lance-t-elle.
- Retourner vers la vie professionnelle -
La Mad Pride intervient pendant les semaines d'information sur la santé mentale. Santé qui, quand elle est dégradée, impacte l'insertion des personnes concernées dans la société. L'aménagement que demande parfois certains troubles dans la vie professionnelle peut rendre particulièrement difficile cette insertion.
"Aucun employeur ne peut se permettre de le dire, mais dans les faits, on voit bien que ces personnes sont régulièrement sur la touche" souligne Pascal Allard.
De ce constat est née son association. "Pendant 10 ans, on a identifié les points de faiblesse des personnes et employeurs, qui sont plutôt démunis face à ce problème. Quand on parle d'handicap invisible, qu'on ne voit donc pas physiquement, ça devient tout de suite plus compliqué" explique-t-il.
Les personnes prises en charge par l'association peuvent donc bénéficier d’un accompagnement dans les démarches d‘insertion professionnelle, et retrouver une autonomie dans leurs démarches.
Avant même la réinsertion, l'association est un lieu d'accueil sur Saint-Paul, qui propose des activités de redynamisation à la vie sociale. "Pour certains il s'agit de retrouver du lien social, sortir de l'isolement, prendre du plaisir à rencontrer du monde, faire des sorties, des expositions, se confronter à la vie sociale" détaille Pascal Allard.
"On apporte des espaces de sociabilisation, qui permettent petit à petit de se remettre dans une bonne posture pour accéder au pôle insertion."
Mais encore faut-il sensibiliser les acteurs professionnels. Ce vendredi, une rencontre est donc prévue avec le plan d'action régional pour l'insertion des travailleurs handicapés (PRITH) pour déstigmatiser.
"Cet événement est à 80% organisé par des membres de l'association, qui sont atteints d'un trouble psychique. C'est une sorte de bibliothèque vivante : les personnes concernées sont des livres et vont pouvoir ouvrir leurs pages, raconter l'apparition du trouble, les difficultés rencontrées, et leur parcours. On montre qu'il y a des solutions, des moyens de compensation, ça peut rassurer les employeurs. Comme avec le handicap physique, on peut s'adapter" détaille Pascal Allard.
Séverine Baudouin, directrice adjointe du Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) national, sera présente à cette occasion. En visite dans l'île pour le "Tour de France des handicaps invisibles", elle est aujourd'hui à La Réunion pour parler, entre autres, de l'emploi des personnes handicapées dans la fonction publique en France et à La Réunion.
Si La Réunion est bonne élève en matière d'emploi de personnes en situation d'handicap, les troubles psychiques sont peut-être moins représentés que les handicaps physiques. Aucun chiffre n'existe cependant sur la question.
"80% des handicaps sont invisibles, c'est pour cela que nous nous mobilisons depuis plusieurs années pour avoir un guide pratique qui doit accompagner les personnes qui veulent aider les personnes en situation de handicap psy" explique-t-elle.
"On a aussi mis sur pied ce Tour de France pour lever les stigmates autour de troubles psychiques. Lors de nos rencontres, nous avons des référents présents pour parler des troubles en eux-mêmes et ce que ça implique. Ça permet de lever les freins qui peuvent exister et d'avoir des employeurs "handi-accueillant"" détaille-t-elle.
"Cela va aussi conduire que ces personnes atteintes de ces troubles auront moins de réticences à dire qu'elles en sont atteintes, ce qui améliore l'accompagnement."
- Une offre de soins en souffrance -
Si la situation s'améliore, l'offre de soins reste insuffisante en France hexagonale comme à La Réunion. "On le voit avec nos échanges avec nos membres, qui sont suivis dans les hôpitaux : les suivis médicaux sont souvent basés sur des renouvellements d'ordonnances, mais on s'attache peu aux causes de ces maladies qui sont généralement multifactorielles" regrette Pascal Allard.
"Dans de nombreux cas il y a des traumatismes, des choses très compliquées à gérer, et les traitements sont là pour soulager la douleur psychique. C'est essentiel, mais on masque un peu les choses" estime-t-il.
Il rappelle aussi que les centres médico-psychologiques (CMP) de l'île sont saturés. "Il manque des psychiatres, et il faut pouvoir prendre en charge tôt si on veut soigner au mieux" alerte-t-il.
"Il y a finalement plusieurs freins au diagnostic: la réticence chez le patient, et parfois même leurs parents parfois qui nient ce trouble. La saturation liée aux rendez-vous avec les psychiatres, qui pour la plupart ne prennent plus de nouveaux patients. Il faut parfois attendre une décompensation pour être hospitalisé et être pris en charge. La psychiatre est le parent pauvre de la santé" dénonce-t-il.
Alors que le gouvernement a annoncé que la santé mentale sera "la cause de l'année 2025", on peut peut-être espérer une amélioration des prises en charge.
En attendant, les concernés et toute la population sont invités à venir festoyer ce mercredi.
as/www.imazpress.com / redac@ipreunion.com
BRAVO imazpress pour cet article complet et bien documenté sur la première MADPRIDE et la nécessité de déstigmatiser les troubles psychiques.J'espère que ce sera pas la dernière. Merci à Balise-Psy pour cette initiative et bon vent pour la suite!
Les autistes sont également concernés par les questions de santé mentale. Notamment ceux sans défiance intellectuelle, et particulièrement les femmes qui vivent souvent une errance diagnostique car elles utilisent d'avantage le "camouflage social". La plupart d'entre elles sont "découvertes" vers 30/40ans, quand l'autisme "masqué" aura déjà fait des dégâts.
On va plutôt leur diagnostiquer une dépression, un trouble anxieux, une bipolarité ou un trouble borderline qui sont des comorbidités associées à l'autisme quand celui-ci n'est pas pris en charge.