Tribune libre de Audrey Bélim

Calendrier scolaire : une adaptation pour La Réunion

  • Publié le 31 mai 2024 à 17:46
  • Actualisé le 1 juin 2024 à 05:16

Effet collatéral de la réforme de la voie professionnelle, les dates d’examen des lycées professionnels tomberont l’année prochaine en mai, pendant les vacances scolaires à La Réunion (Photo : www.imazpress.com)

Le rectorat a dès lors proposé de scinder ces deux semaines de vacances de mai - une semaine fin avril et une fin mai - afin que les lycéens de la voie professionnelle passent leurs examens en même temps que leurs camarades hexagonaux.

Cette proposition suscite l'inquiétude de l’intersyndicale des enseignants ainsi que les fédérations de parents d’élèves, inquiétude que je partage. Les syndicats enseignants craignent un “parcours hachuré des élèves”, et demandent le respect du calendrier scolaire, tel qu’il a été défini et voté pour une durée de trois ans avec le rectorat.

Il serait plus pertinent de tout simplement décaler les trois jours d’examen de la voie professionnelle à la fin des vacances de mai.

Cela conduirait donc à des dates et des horaires adaptés pour la Réunion. Cela implique par ailleurs des sujets spécifiques afin de limiter le risque de fuites mais votre ministère dispose d’un stock de sujets important.

Cette volonté d’être systématiquement dans la simultanéité avec l’Hexagone génère des situations difficiles pour nos élèves. Lors d’examens ou de concours, ils doivent parfois composer à des horaires incongrus comme à 22 heures, ce qui ne les permet pas d’être dans les meilleures conditions possibles pour réussir.

Une autre problématique de calendrier, imposée par le calendrier national, pénalise nos collégiens. En effet, les conseils de classe de fin d’année scolaire ont été reprogrammés début juin puisque les professeurs doivent donner les orientations pour la suite du parcours scolaire de l’élève le 7 et le 10 juin. Or la fin de l’année scolaire est programmée un mois plus tard. Les élèves connaissent dès lors leurs affectations un mois avant, ce qui peut les inciter à ne plus être assez sérieux et assidus en classe... Le mois de juin devient dès lors un mois de perdu.

Il est important de mettre en lien ce constat avec les conclusions alarmantes d’une note d’analyse de France Stratégie publiée en mai dernier intitulée “Naître en outre-mer : des moindres opportunités que dans les autres régions de France”. Les chiffres sont inquiétants.

Les natifs de la Guadeloupe, Martinique et de la Réunion (à origine sociale comparable aux natifs de l’Hexagone) ont 20 à 25% de chances en moins d'obtenir un diplôme du supérieur, 12% de chances en moins d’accéder à l’emploi et 35 à 45% de chances en moins d’occuper un poste de cadre.

Les écarts d’opportunités éducatives et professionnelles entre les Outre-mer et l’Hexagone sont saillants. L’Etat doit combattre ces inégalités en construisant un réel parcours de la réussite équitable et égalitaire pour nos jeunes réunionnais, et ce, à toutes les étapes de leurs scolarités.

Les jeunes Ultramarins doivent pouvoir bénéficier des mêmes chances de réussite que les autres enfants de la République. Une prise en compte du rythme biologique de nos enfants, de notre fuseau horaire et de notre climat permettrait d’apporter un début de solution. L’ambition est grande mais pas inatteignable. L’administratif ne doit pas primer sur le pédagogique, et la réussite des jeunes réunionnais et réunionnaises.

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2 Commentaires
nathem
nathem
3 semaines

"Cela conduirait donc à des dates et des horaires adaptés pour la Réunion. Cela implique par ailleurs des sujets spécifiques afin de limiter le risque de fuites mais votre ministère dispose d’un stock de sujets important"
Effectivement le ministère en dispose , car les écoles françaises d'Amérique du Nord ont déjà passé leur DNB ou les sujets de Bac.
Donc c'est possible ! tout comme la réforme du lycée imposée était le moment de demander un calendrier climatique, puisqu'il ne restait plus que l'épreuve de philo.
M'enfin , nous ne sommes pas les profs d'élèves , parents d'élèves , élèves scolarisés dans les établissements français d'Amérique du Nord qui finissent l'année scolaire fin juin ,mais que des ultramarins avec un calendrier climatique inversé, et qui doivent encore faire avec .

Jeannot
Jeannot
3 semaines

Audrey Bélim est sénatrice… (Évidemment Jeannot, nos doigts se sont gravement emmêles sur le clavier. Merci pour votre remarque, nous avons rectifié grâce à vous. Bonne journée - Modérateur)