Tribune libre de Mario Edmond

Démocratie et légitimité

  • Publié le 23 septembre 2024 à 14:09
  • Actualisé le 23 septembre 2024 à 14:11

La nomination du gouvernement Barnier suscite beaucoup d’interrogations et provoque de nombreuses protestations, notamment et surtout de la part des partis de gauche qui composent le nouveau front populaire et qui vont jusqu’à accuser de s’être fait voler l’élection législative qu’ils estiment avoir remporté pour être la coalition arrivée en tête au soir du scrutin (Photo : rb/www.imazpress.com)

Il est en effet d’usage que le parti ou la coalition arrivée première et qui compte le plus grand nombre de députés à l’assemblée nationale soit chargée de former un gouvernement. Mais dans le contexte pour le moins inédit d’une représentativité constituée que de minorités qui s’agrègent en trois blocs strictement clivés par tiers, toute la question est de savoir si les règles et usages démocratiques pouvaient être respectées et si la légitimité n’aurait pas été dévoyée par la nomination d’un gouvernement qui ne refléterait pas le vote des français et la représentativité de l’assemblée d’où il est censé émaner pour y puiser sa pleine et entière légitimité.

Tout laisse à penser que c’est effectivement le cas puisque le nouveau gouvernement ne dispose pas d’une majorité suffisamment forte à l’assemblée nationale mais existe-t-il une alternative ? Quelle autre coalition pourrait compter davantage de députés ? Ce qui vaut pour l’actuel gouvernement ne vaudrait-il pas pour tout autre gouvernement fût-ce du nouveau front populaire ou du rassemblement national ?

Et voilà qu’à peine nommé que les jours du gouvernement Barnier sont déjà comptés. La question que l’on se pose désormais est de savoir jusqu’à quand il va pouvoir tenir en considérant particulièrement la situation économique et financière critique tendant à une gestion bien plus rigoureuse du pays que celle plus généreuse promise par le nouveau front populaire et le rassemblement national.

Politiquement, c’est un climat permanent de fébrilité qui s’instaure avec le risque pour le gouvernement de tomber à n’importe quel moment et à tout instant.

Menaces patentes de la France Insoumise qui brandit la censure, menaces latentes du rassemblement national de la voter, exigences voire chantages internes des partis au sein même de la coalition gouvernementale et dont on se demande ce qu’elle adviendra à la moindre pression populaire.

Bien plus grave encore est le sentiment que le Président de la République est toujours aux commandes avec un nombre important de ministres sortants ou issus de son parti au sein du nouveau gouvernement. Or, il faut bien avoir conscience que la majorité présidentielle a bel et bien perdu les élections et que s’instaurait de facto un régime parlementaire. De ce fait important et crucial, le rôle d’Emmanuel Macron avec tout le respect dû à la fonction relève plus des pouvoirs qu’on lui accorde que de ceux dont on l’accuse de s’arroger dans le choix du gouvernement.

La cause des malentendus provient de ce qui aurait dû être fait les lendemains des élections législatives et de la constitution du bureau de l’assemblée nationale, à savoir que le Président prenant acte de la défaite de son camp, aurait dû convier tous les chefs de partis et tous les présidents des groupes parlementaires de l’assemblée nationale en leur donnant pour mission de constituer une coalition en vue de la formation d’un gouvernement si
la coalition était soutenue par suffisamment de députés pour constituer une majorité.

Soit ils y parvenaient et le Président s’y soumettait, soit ils échouaient et le Président reprenait la main avec la légitimité nécessaire pour nommer un gouvernement, ayant pris soin de prendre les français à témoins.

La précarité de la situation actuelle ne donne cependant pas lieu de désespérer que ce qui aurait dû être fait pourrait être ce qu’il devra être fait s’il venait à ce gouvernement de tomber.

C’est en cela que le renoncement perceptible des partis opposés à l’actuelle coalition gouvernementale de persévérer à rechercher une coalition alternative semble étonnant, peut-être opportun, paraissant même à certains égards suspect, témoignant qu’ils ne sont peut-être pas plus aptes à former une coalition plus large que celle de leur seul bloc restreint à un tiers de l’assemblée et par conséquent également très minoritaire au regard à la fois de la représentativité de l’assemblée et du vote des français.

guest
1 Commentaires
HULK
HULK
6 mois

Belle construction intellectuelle, mais qui ignore beaucoup d'éléments :
- le fait que 11 millions d'électeurs sont écartés de cette représentativité au sein des instances de l'AN.
- le fait qu'a été élu à l'Élysée, avec la complicité de la gauche, un autocrate psychopathe qui n'en fait qu'à sa tête et qui ne veut absolument pas changer son logiciel.