[PHOTOS] Tradition

Le Port : alon rant dann ron konba kok

  • Publié le 10 mai 2024 à 14:12
  • Actualisé le 15 mai 2024 à 10:57

Sur l’arène de sable noir, les deux volatiles se tournent autour, bondissant à grands coups d’ailes devant un public bouillonnant, saluant leur ardeur. Tradition ancienne à La Réunion, les combats de coqs attirent toujours, sans faire polémique (Photo Richard Bouhet / www.imazpress.com / AFP)

Chaque semaine, l’ambiance est surchauffée dans le ron d'kok d’Idriss Thomas, au fond d’un parking du quartier de la Rivière-des-Galets au Port. Le propriétaire des lieux, 42 ans, a construit avec son père ce stade couvert aux gradins en bois où ont pris place plus de 200 spectateurs, quasi intégralement des hommes.

Épuisés par plus d’une heure de violents coups de bec, les deux volatiles se font toujours face, hagards. Des plumes volent, chaque coup provoque une clameur. L’une surplombe les autres : "Premier coup de bouton !", s’exclame Jean-Michel Diofliar, suiveur assidu, en faisant référence à l’ergot de l’animal, l’appendice pointu à l’arrière de sa patte.

Dans les gradins, les paris s’enchaînent. "Vingt contre dix pour le rouge !", crie Jean-Michel Diofliar dans le brouhaha. Ici, pas de bookmaker : la parole suffit pour sceller un pari.

Mais les deux coqs sont de force égale et le combat dure : l’un a perdu une partie de son bec, l’autre ne voit plus. Régulièrement, leurs "jockeys" (éleveurs) les séparent pour les hydrater avec une éponge gorgée d’eau. Parfois, ils glissent une plume dans le gosier de leur animal pour enlever du sang.

Les jockeys décident finalement de mettre un terme à la lutte. Match nul : au premier rang, un homme à t-shirt jaune affiche sa satisfaction. Il était un des rares à avoir prévu l’issue : quelques dizaines d’euros lui tombent dans la poche.

Contrairement à de nombreux pays occidentaux, le combat de coqs est légal en France dans les régions où, selon le Code pénal, "une tradition ininterrompue peut être établie", ce qui est le cas dans les Hauts-de-France et à La Réunion.

En 2015, le Conseil constitutionnel a en revanche prohibé l’ouverture de nouveaux gallodromes en France, ce que certains contournent à La Réunion en créant des associations Loi 1901 leur permettant d’organiser des combats dans une semi-légalité.

Et la pratique reste active : les dates et lieux des tournois sont connus de tous, certains combats peuvent être diffusés sur internet. Selon Cyril Hoarau, auteur d’un livre sur les combats de coqs à La Réunion, "l y a en moyenne une vingtaine de ronds" sur l’île au gré des ouvertures et fermetures et " à peu près un millier d’éleveurs".

- Pas de lutte à mort -

Spécificité de La Réunion : pas de combat à mort. À la différence d’autres régions du monde, les éleveurs n’équipent pas leurs animaux d’éperons aiguisés qui tuent en quelques minutes.

De quoi évacuer d’un revers de main les accusations de souffrance animale, selon les passionnés. "C’est comme de la boxe ! Les combattants de MMA dans les cages se font aussi mal, personne ne dit rien", assène Jean-Michel Diofliar.

Surtout, le combat de coqs a pour ses adeptes un rôle social évident. "Socrate disait que le combat de coqs est une école de la vie", philosophe Cyril Hoarau. "Quand j’avais 20 ans, j’allais trois samedis sur quatre dans les ronds. Je discutais avec des anciens, des gens de tous horizons. Est-ce que j’aurais fait des études et eu un DEA sans ça ? Pas sûr…".

"On est mieux ici qu’à boire des bières ou traîner", confirme plus modestement Idriss Thomas. À l’entrée de son rond, une buvette sert des frites et à boire. On peut y acheter de la bière ou du whisky, mais l’alcool ne coule pas à flot.

Cyril Hoarau ajoute que le combat de coqs, selon lui popularisé sur l’île par les engagés venus du sud de l’Inde après l’abolition de l’esclavage, "fédère et provoque une synergie magnifique entre les différentes compositions de la population" de La Réunion.

Les défenseurs des animaux, eux, restent discrets et même les écologistes locaux approuvent. "Le combat de coqs à La Réunion est une pratique ancestrale qui renvoie à une tradition", explique Jean-Pierre Marchau, conseiller fédéral EELV, qui s’oppose à l’abolition des combats.

AFP

guest
2 Commentaires
HUGUES
HUGUES
10 mois

on voit le degrés de civilisation d'un population à la manière qu'elle a de traiter les animaux

Babeuf
Babeuf
10 mois

Combat de coq, pourquoi pas si cela fait plaisir a des inconscients de la douleur animale!

Par contre ,je relève dans le texte la phrase d'un illuminé !!! :
Les combattants de MMA dans les cages se font aussi mal, personne ne dit rien", assène Jean-Michel Diofliar.
Ce monsieur a oublié que les combattants de MMA sont libres du choix de se blesser, par contre il oublie de préciser que les coqs n'ont pas choisi de se battre et de s'estropier!