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Laurent Pantaléon : "quand je fais un film, c'est pour le montrer"

  • Publié le 3 mars 2019 à 12:59
  • Actualisé le 27 mars 2019 à 06:40

Le réalisateur réunionnais Laurent Pantaléon s'envole pour la seconde fois à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, pour participer au plus grand festival de cinéma d'Afrique. Après " La Face cachée du Père Noël ", c'est au tour de " Baba Sifon " d'aller concourir aux Fespaco (Festival Panafricain du Cinéma et de la télévision de Ouagadougou), dans la catégorie court métrage de fiction. Le festival se déroule du 23 février au 2 mars 2019 et fête cette année ses 50 ans. L'occasion pour Kwa Films de poser quelques questions à Laurent Pantaléon.

Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis réalisateur. J’ai passé un Bac littéraire (cinéma et audiovisuel) au lycée Leconte de Lisle à Saint-Denis, puis fait une école de photo à Istres et après quelques digressions, j’ai passé un DNAT (diplôme d’art et technique) à l’école des Beaux Arts de La Réunion.

Pouvez-vous nous faire le pitch de Baba Sifon ?
C’est l’histoire d’un papa divorcé qui se rend compte que son marmay la retourne la kaz son momon en oubliant son doudou, un baba sifon avec lequel li passe un takon de temps. Le papa va traverser l’ile de part en part parce que le momon i habite de l’autre côté de l’île. Il va faire la route en stop parce qu’il n’a pas de transport. L’intrigue est donc tendue par le temps : le papa va t-il réussir à ramener le doudou à son marmay avant la nuit tombée ?

Qu’est ce qui a inspiré cette histoire de doudou ? Vous seriez-vous déjà retrouvé dans cette situation ?

Il y a quelques années, j’avais croisé Jim Fortuné au Port sur son vélo, sa guitare sur son dos et un doudou dans les mains. Quand je lui ai demandé : koman i lé ? - Il m’a répondu qu’il n’avait pas trop le temps de parler parce qu’il devait rapporter le doudou de son marmay. J’ai trouvé ça très beau, très cinématographique, ce père en vélo traversant la ville entre chien et loup pour ramener le doudou qui n’avait pas suivi la garde partagée. Mon imagination a galopé. Elle a romancé et scénarisé l’histoire de BABA SIFON.

Vos deux courts métrages " La Face caché du Père Noël " et " Baba Sifon " ont été sélectionnés au Fespaco. Le premier en 2017 et le dernier cette année, comment vous sentez-vous à quelques jours du festival ?
C’est une agréable surprise de pouvoir faire deux fois un festival de catégorie A et de surcroit en compétition. J’espère que l’accueil sera aussi enthousiaste que pour le premier.

En quoi c’est important d’avoir son court métrage présenté en festival et au Fespaco en particulier ?
Je ne fais pas de films pour qu’ils soient comme des dictionnaires sur une étagère. Donc quand je fais un film, c’est pour le montrer. Pouvoir le projeter en festival c’est toujours plaisant parce qu’il y a d’autres réalisateurs présents et qu’il est toujours intéressant d’avoir le retour d’autres professionnels.
Le Fespaco est un festival panafricain qui donne la parole à l’Afrique, à sa diaspora et aux Afro-descendants. En autorisant La Réunion ainsi que les autres DOM à concourir au même titre que le continent nwar dans cette grande fête du cinéma, le Fespaco nous redonne une part de notre métissage. Il est important pour La Réunion, terre de métissage de ne pas consommer uniquement des images occidentales. Tarzan ne peut pas être le roi de la jungle, le blanc ne peut pas être le roi de l’Afrique !

Vous êtes réalisateur de documentaires, de clips, de courts métrages. Par quoi avez-vous commencé et qu’est ce qui vous amené de l’un à l’autre ?
C’est Moussa Touré qui dit que quand il fait une fiction, il regarde des documentaires et quand il fait un docu, il regarde des fictions. J’ai suivi son conseil : j’ai commencé par être spectateur.

Ce sont des genres complètement différents, qu’est ce qui vous anime dans chacun d’eux ?
Alors bien sûr, j’affectionne les sujets autour de l’identité réunionnaise mais mon véritable leitmotiv c’est la construction d’une histoire. Comment réussir à surprendre le spectateur ? Comment râler le spectateur dans la cour ? Je ne devrais pas dire cela mais au final le sujet n’est pas le plus important, c’est vraiment la manière de raconter l’histoire qui m’intéresse.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite réaliser son premier film ?
Je ne pense pas à avoir la légitimité de donner des conseils simplement parce que j’ai été sélectionné deux fois au FESPACO.
Le FESPACO nous dit que ce sont les politiques qui font du cinéma. Laissons-leur faire leur cinéma et occupons-nous de faire des films.

Bande-annonce de "La Face cachée du Père Noël"

À Propos du Fespaco :

Le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) est un des plus grands festivals de cinéma africain. Sa 26è édition marquera ses 50 ans d’existence. Il se déroule tous les deux ans à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

En dehors de l’organisation du festival en lui-même, l’établissement public responsable du FESPACO a également comme rôle d’organiser des projections à but non lucratif en direction des zones rurales en partenariat avec les ONG, les associations, les écoles et autres institutions publiques et privées ; de promouvoir le cinéma africain dans les festivals internationaux et d’organiser diverses manifestations autour du cinéma.

Le festival a été créé en 1969 à Ouagadougou à l’initiative d’un groupe de cinéphiles, dont notamment François Bassolet, Claude Prieux (Directeur du Centre culturel Franco-Voltaïque) et Alimata Salembéré qui en a été la première présidente en 1969 et 1970. À l’époque, le pays était dénué de structures cinématographiques et la population voltaïque n’avait pas accès aux productions africaines de plus en plus nombreuses. Les initiateurs souhaitaient donc que, par l’intermédiaire de ce festival, les populations puissent enfin voir les films de leur propre continent.

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