La Rome antique fait une place à la sculpture contemporaine en accueillant, jusqu'au 10 janvier, des ?uvres du sculpteur britannique Henry Moore dans les immenses salles des anciens Thermes de Dioclétien.
PrÚs de 1.700 ans séparent en effet les 77 ?uvres épurées, presque organiques, de Henry Moore (1898-1986) et les murs qui les entourent. Un bronze monumental repose ainsi en partie sur une mosaïque vieille de plusieurs siÚcles.
En collaboration avec la Tate Gallery de Londres, cette scĂ©nographie a Ă©tĂ© pensĂ©e par les deux commissaires de l'exposition, l'Italien Davide Colombo et son homologue britannique, Chris Stephens. Elle est Ă l'image de l'ambigĂŒitĂ© de l??uvre de Henry Moore, ont expliquĂ© les deux hommes en prĂ©sentant l'exposition.
"Les Thermes de Dioclétien sont un lieu idéal pour exposer les ?uvres de Henry Moore, lui qui a toujours été fasciné par la sculpture grecque et romaine et par Michel-Ange", a souligné Chris Stephens.
A travers un parcours chronologique et thématique, cinq chapitres de la carriÚre de l'artiste sont présentés. "Cette mise en scÚne permet de comprendre la complexité de l'?uvre d'Henry Moore" a ajouté le commissaire britannique.
Fils d'un ingénieur des mines, Henry Moore est né et a grandi dans le Yorkshire avec ses sept frÚres et s?urs. Il a commencé à étudier l'art et à réaliser ses premiÚres sculptures pendant ses études secondaires.
Mobilisé en 1917, il a été griÚvement intoxiqué au gaz moutarde pendant la bataille de Cambrai, dans le nord de la France. Un épisode traumatique, dont il n'a jamais parlé mais qui l'a profondément influencé.
C'est peu aprÚs la "Grande Guerre", en 1925, qu'il a découvert Rome. Il s'intéressait alors surtout aux arts non occidentaux, mais la beauté de la Ville éternelle et sa richesse artistique ont su le convaincre et l'influencer durablement, lui qui considérait Michel-Ange comme l'un des 10 plus grands artistes de tous les temps.
- Entre guerre et paix -
La Seconde guerre mondiale a ensuite "profondĂ©ment transformĂ© Henry Moore, le poussant un temps Ă arrĂȘter la sculpture pour se consacrer uniquement au dessin et Ă l'aquarelle", a expliquĂ© M. Stephens.
En 1940-1941, Henry Moore a ainsi réalisé une série de dessins sur le quotidien des Londoniens pendant le Blitz, qui deviennent images de propagande.
AprÚs la guerre, Henry Moore s'est tourné vers la figure rassurante de la mÚre et a produit une longue série de dessins et de sculptures autour du thÚme de la mÚre et du fils.
Cette série témoigne aussi de l'optimisme de Moore qui voulait croire en l'avÚnement "d'une nouvelle société établie et confiante dans l'avenir", a souligné le commissaire.
Mais la violence est toujours prĂ©sente: l'une des sculptures reprĂ©sente ainsi une mĂšre qui tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de repousser un enfant prĂȘt Ă lui dĂ©vorer le sein. Plus loin, un bronze, Ă mi-chemin entre un champignon nuclĂ©aire et un crĂąne humain, ponctue la visite.
Pour Henry Moore, c'est l'heure des premiers succĂšs internationaux. En 1948, il a exposĂ© Ă la Biennale de Venise, oĂč il a remportĂ© le Grand prix de sculpture.
Toujours attaché à l'Italie, il a acheté une maison à Forte dei Marmi, à deux pas des grandes carriÚres de marbre de la Toscane.
L'artiste y a travaillé en particulier sur l'une de ses plus grandes ?uvres, la "silhouette au repos", sculpture monumentale en marbre travertin, désormais devant le siÚge de l'Unesco à Paris et dont une étude en bronze est exposée aux Thermes de Dioclétien.
L'exposition se termine par une section dédiée aux ?uvres en extérieur de Henry Moore. "La sculpture est un art pour les espaces ouverts car la lumiÚre du jour lui est indispensable", avait coutume de dire le sculpteur.
Par Anne-Laure MONDESERT - © 2015 AFP
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