En Corée du Sud, un parc d'attractions pour enfants aide les jeunes chômeurs à trouver leur voie dans un pays qui souffre d'une pénurie de main d'oeuvre et paradoxalement d'un chômage des jeunes plus de deux fois supérieur à celui de la population générale.
Dans des espaces spécialement aménagés, les visiteurs déguisés en policiers ou en juges de la Cour suprême se livrent à des jeux de rôle et s'essayent à tous les métiers. Parmi eux, Park Woo-joo, 23 ans, espère trouver l'"illumination".
Ce jeune diplômé d'une école de commerce "pense que c'est un bon moyen pour les chômeurs de s'amuser et d'apprendre en même temps", dit-il à l'AFP.
Le parc KidZania, qui fait partie d'une chaîne internationale détenue par des intérêts mexicains, offre généralement aux enfants la possibilité d'exercer des dizaines de métiers différents.
Mais à Séoul, le parc veut aussi aider les jeunes chômeurs à trouver leur vocation, lors d'événements réservés aux adultes et d'ailleurs baptisés "Kids-ania" ("sans enfants" en coréen).
Au sortir de ses études, Park Woo-joo n'a pas trouvé l'emploi qu'il cherchait. Alors il fait partie des quelque 500 personnes qui ont acheté un billet le mois dernier à l'un de ces événements à guichets fermés.
Avec le taux de natalité le plus bas du monde, la Corée du Sud verra sa population en âge de travailler diminuer à partir de 2028, selon les projections officielles.
Or de nombreux secteurs de l'économie souffrent déjà d'une pénurie généralisée de main-d'œuvre, l'immigration étant très limitée.
Pourtant, la Corée du Sud affiche un chômage des jeunes de 6,2%, plus du double du taux global, à 2,9%, selon les chiffres officiels.
"Faites ce que vous voulez faire, ne soyez pas gênés", exhorte Kang Jae-hyung, président de KidZania Corée du Sud, qui a imaginé les rencontres pour les jeunes adultes sans emploi et les invite à se débarrasser de leurs peurs.
- "Ne pas écraser les rêves d'enfants" -
Malgré l'accueil sceptique de ses collègues, M. Kang a pensé en particulier aux jeunes venus dans leur enfance lors de l'ouverture du parc à Séoul en 2010.
"Les enfants qui avaient 7 ans lorsqu'ils sont venus pour la première fois ont aujourd'hui 21 ans", explique-t-il à l'AFP. "Je veux simplement qu'ils se souviennent de ce qu'ils voulaient faire quand ils étaient jeunes", ajoute-t-il, jugeant important de "ne pas écraser les rêves des enfants".
Dans la file d'attente d'un studio de radio pour s'essayer au métier de DJ, Lee Soo-min, 20 ans, étudiante à l'université, revient dix ans après s'être amusée à KidZania étant enfant. Elle confie à l'AFP prendre désormais "ces expériences au sérieux" dans sa recherche de carrière.
Les experts estiment que les jeunes Sud-Coréens préfèrent ne pas travailler plutôt que d'occuper un emploi perçu comme inférieur à leurs compétences.
Le nombre de jeunes dits "au repos", c'est-à-dire ni employés ni en recherche active d'emploi, a atteint 426.000 individus le mois dernier, soit le deuxième taux le plus élevé depuis le début des relevés en 2003. Le taux le plus haut a été enregistré pendant la pandémie.
Près de la moitié des jeunes Sud-Coréens hésitent à rejoindre des petites ou moyennes entreprises (PME), selon les chiffres officiels, alors que celles-ci représentent environ 98% de l'économie, contre à peine 2% aux grands groupes comme Samsung.
Ce décalage entre les aspirations des jeunes diplômés et les réalités du marché du travail "aggrave progressivement le chômage des jeunes très instruits", déclare Hwang Gwang-hoon, chercheur au Service coréen d'information sur l'emploi.
La Corée du Sud s'est tournée vers l'automatisation pour atténuer la pénurie de main-d'œuvre - avec par exemple, de nombreux magasins de proximité désormais privés de personnel. Mais le pays doit également créer davantage d'"emplois de qualité", estime M. Hwang, en particulier dans les PME.
AFP