Entre 3 et 12 mois de sursis

Affaire Théo: la condamnation des policiers est "une victoire", réagit son avocat

  • Publié le 20 janvier 2024 à 02:59
  • Actualisé le 20 janvier 2024 à 09:15

Trois policiers ont été condamnés à des peines allant de 3 à 12 mois de prison avec sursis vendredi par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis pour l'interpellation violente en 2017 de Théo Luhaka, jeune homme noir érigé en symbole des violences policières.

Après plus de neuf heures de délibéré, le gardien de la paix Marc-Antoine Castelain a été reconnu coupable du coup de matraque qui a grièvement blessé le jeune homme alors âgé de 22 ans, dans la cité des 3.000 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Il a été condamné à 12 mois de prison avec sursis et une interdiction d'exercer sur la voie publique pendant 5 ans.

Des peines de 3 mois de prison avec sursis ont été prononcées à l'encontre de ses collègues Jérémie Dulin et Tony Hochart pour violences volontaires.

La cour a pris une décision en-deçà des réquisitions de l'avocat général qui avait demandé des peines allant de trois mois à trois ans de prison avec sursis.

Elle n'a pas retenu la qualification "de violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou infirmité permanente".

Dans une ambiance tendue, le verdict a été prononcé dans une salle comble de soutiens de Théo et de policiers en civil.

Peu après les condamnations, Théo Luhaka s'est regroupé en cercle avec sa famille, l'air grave. A sa sortie, il a été accueilli par une salve d’applaudissements.

"C'est une décision d'apaisement que nous prenons comme une victoire", a déclaré en réaction Me Antoine Vey, avocat de la partie civile.

"Du ferme pour la police !" ont scandé des militants luttant contre les violences policières, dénonçant "des mascarades". Ils tenaient en main des affiches montrant les visages de personnes décédées à la suite d'interventions policières.

"Le message envoyé à la police c'est +vous pouvez mutiler, tuer, vous aurez du sursis", a tancé Amal Bentounsi, fondatrice du collectif "Urgence la police assassine".

Théodore Luhaka, aujourd'hui âgé de 29 ans, est porteur d'une infirmité depuis son interpellation le 2 février 2017 par les trois fonctionnaires de la brigade spécialisée de terrain (BST).

- Vie brisée -

C'est la vidéosurveillance qui avait fait basculer l'affaire et avait provoqué l'émoi jusqu'au sommet de l'Etat. Le président François Hollande était allé rendre visite au jeune homme, pendant sa convalescence à l'hôpital.

Ces images montrent la victime, alors âgée de 22 ans, dos au mur, prise en étau par deux fonctionnaires de police, lorsqu'elle reçoit un coup avec la pointe d'un bâton télescopique de défense (BTD).

Ce coup d'estoc provoque la rupture de son sphincter (muscle annulaire) avec une plaie de dix centimètres de profondeur.

Malgré deux opérations chirurgicales, Théo Luhaka souffre d'incontinence et garde des séquelles irréversibles, selon les experts médicaux. Il avait confié s'être "senti violé" au cours du procès. Ses rêves de devenir "grand footballeur" s'étaient brisés.

Le fonctionnaire de police avait exprimé sa "compassion" après avoir provoqué la grave blessure mais avait estimé qu'il s'agissait d'un "coup légitime", "enseigné à l'école".

A ce geste, s'ajoutent des tirs de gaz lacrymogène, des coups de genou et de poing portés par les gardiens de la paix quand Théo était menotté au sol.

L'un des policiers a concédé un coup illégitime, lors de son interrogatoire, lié à son "exaspération" d'avoir perdu "le contrôle sur une interpellation".

Une enquête administrative de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait conclu à "un usage disproportionné de la force" lors de l'interpellation.

"Il faut arrêter avec l'image d'Epinal d'un geste qu'on a appris à l'école (...) Ce n'est pas parce que c'est un geste acquis en formation que de facto cela va porter un caractère légitime", a dit le coauteur de l'enquête de l'IGPN en audience

Dans un rapport indépendant, le Défenseur des droits avait aussi dénoncé "l'accumulation de manquements" dans cette affaire, préconisant une "inspection" administrative concernant les pratiques de la BST qui a fait l'objet de plusieurs plaintes.

Les trois agents ont été mutés dans leurs régions d'origine.

Avant le procès, la préfecture de police a fait savoir que "d'éventuelles sanctions disciplinaires seraient prononcées" à l'issue de la décision judiciaire. Le principal condamné risque la radiation.

Presque sept ans après cette "affaire Théo" au retentissement national, le débat sur le maintien de l'ordre et l'usage de la force n'a cessé de ressurgir avec notamment la mort de Nahel, tué lors d'un contrôle routier par un tir de police en juin.

 AFP

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3 Commentaires
SOMANKE
SOMANKE
1 mois

"La justice doit être juste"
C'est quoi être "juste"?
Rien d'autre que d'être "ajustée" à un ordre social.
L'oligarchie qui nous gouverne et dont le champ dépasse les limites de nos frontières a besoin, pour exister et prospérer que SES règles soient scrupuleusement respectées sinon craintes. Pour atteindre cet objectif vital, la force, la violence, la peur sont les outils qui s'imposent a l'évidence.
Danton, Robespierre, Staline, Hitler, Mao, ....l'avaient déjà compris

Missouk
Missouk
1 mois

Ce pauvre jeune homme est estropié pour la fin de ses jours, et au maximum 1 an avec sursis pour un geste volontaire ? Faudra qu'on m'explique comment fonctionne notre justice ! Deux poids deux mesures

payet
payet
1 mois

c est pas cher payé,la violence n a pas sa place au sein des fdp