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Colombie: quatre portraits de femmes victimes de la guerre avec les Farc

  • PubliĂ© le 30 septembre 2016 Ă  18:58
Des Colombiens brandissent le signe "Paix", le 26 septembre 2016, à Bogota,  pour célébrer l'accord de paix historique entre les Farc et le gouvernement

Judith Casallas cherche sa fille depuis neuf ans, la députée Clara Rojas a été otage des Farc pendant six ans avec Ingrid Betancourt, le mari de Fabiola Perdomo a été tué par la guérilla et Yomaira Socarras a été déplacée deux fois par la violence.


Quatre femmes et autant de visages symbolisant les huit millions de victimes du conflit armé qui déchire la Colombie depuis plus d'un demi-siÚcle.
Au fil des dĂ©cennies, cette guerre fratricide a impliquĂ© guĂ©rillas de gauche, paramilitaires d'extrĂȘme droite et forces de l'ordre. A ce jour, elle a fait plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de dĂ©placĂ©s.
Si dimanche, les Colombiens approuvent par référendum l'accord de paix signé avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), la plus importante et ancienne guérilla du pays déposera les armes aprÚs 52 ans de rébellion.
- MĂšre d'un souvenir -
Le 7 octobre 2007 Mary Johana, 22 ans, a disparu. "Qui a fait ça ? Je ne sais pas", déplore Judith Casallas. Depuis neuf ans, elle n'a cessé de chercher sa fille, en gardant précieusement chacun des cadeaux de Noël qu'elle a continué de lui acheter.
"J'attends qu'elle revienne, les voie et sache ainsi qu'elle a toujours été parmi nous", explique à l'AFP cette mÚre qui n'a jamais perdu espoir de retrouver sa fille, volatilisée avec son mari sur la route de Pance, au sud de Cali (ouest).
Une seule piste lui a été donnée en 2011 par un employé du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui a vu son gendre aux mains du Front 30 des Farc. Mais de sa fille, nulle trace.
"MĂȘme pas un coup de tĂ©lĂ©phone", s'attriste cette femme de 55 ans, qui souhaite qu'avec l'accord du 26 septembre "la paix vienne vraiment" et exprime "l'immense espĂ©rance de connaĂźtre la vĂ©ritĂ©".
"Quand j'étais petite, on disait que les guérilleros étaient bons, qu'ils aidaient les gens. Pourvu qu'ils s'en souviennent et nous aident à retrouver nos proches, que je puisse dire +Je sais ce qui est arrivé à ma fille+ et me reposer enfin", soupire-t-elle.
- Séquestrée pour raison politique -
Aujourd'hui députée, Clara Rojas dirigeait la campagne de la candidate écologiste à la présidence, Ingrid Betancourt, quand toutes deux ont été enlevées par les Farc en 2002. "Nous sommes restées séquestrées prÚs de six ans et ça a été une expérience trÚs difficile, trÚs dure".
"Ce dont j'ai le plus souffert (...), c'est de l'isolement. Le fait d'ĂȘtre privĂ©e du jour au lendemain de sa capacitĂ© de dĂ©cider, de penser, d'ĂȘtre", raconte cette femme qui a survĂ©cu dans la jungle sous une menace de mort permanente.
"Plus de 40.000 personnes ont été victimes de séquestration au cours des 40 derniÚres années" en Colombie, précise Mme Rojas, qui pendant sa captivité a eu un fils d'un guérillero.
Encore aujourd'hui, il lui est difficile de se souvenir et de "verbaliser" ce qu'elle ressent. "Je voudrais vivre dans le présent et croire à cette paix".
Selon elle, "c'est un des meilleurs accords qui aient été signés ces derniÚres années au niveau mondial" car les victimes en sont au coeur, "c'est inédit". Et aussi parce qu'"il y a un grand pari" pour une meilleure répartition des terres, thÚme qui est à la racine de la rébellion des Farc, issues en 1964 d'une insurrection paysanne.
- Veuve suite Ă  un massacre -
En avril 2002, douze députés du Valle del Cauca (ouest) ont été séquestrés par les Farc, 11 d'entre eux tués cinq ans aprÚs, massacre dans lequel Fabiola Perdomo a perdu l'homme de sa vie, pÚre de sa fille.
Il y a trois semaines, elle est allĂ©e Ă  Cuba oĂč la guĂ©rilla et le gouvernement ont nĂ©gociĂ© pendant prĂšs de quatre ans. Elle a rencontrĂ© les responsables de la mort de son mari Juan Carlos Narvaez. "Je suis allĂ©e chercher des rĂ©ponses Ă  de nombreuses questions", explique-t-elle.
"Se trouver face aux agresseurs, pouvoir leur dire toute la souffrance, toute la douleur ressenties, exprimer toute cette rage dans mon coeur depuis tant d'années, a été un exercice salutaire, trÚs douloureux mais nécessaire".
Mme Perdomo, 47 ans, travaille au sein de l'UnitĂ© pour les victimes, oĂč elle entend chaque jour des rĂ©cits terribles. C'est pourquoi elle veut la paix.
"Il faut en finir avec les Farc, mais en finir de maniÚre civilisée". "Nous allons les désarmer en votant +oui+ à l'accord de paix et ensuite, quand nous aurons la possibilité de les affronter politiquement (...) nous les vaincrons dans les urnes".
- Epouse déplacée -
A deux reprises, Yomaira Socarras a dû fuir son foyer. Chaque fois, elle n'a eu que quelques heures pour emballer ses affaires et partir ailleurs, recommencer à zéro avec quatre enfants à charge.
La premiÚre fois, en 2005, des paramilitaires, armés pour combattre les guérilleros avec souvent l'aide des militaires, l'ont poussée à quitter Villavicencio (centre). "Ce fut un déplacement trÚs tranquille. Ils m'ont avertie qu'il valait mieux que je m'en aille parce que mon époux était soldat", dit-elle, sans émotion apparente.
Trois ans plus tard, ce fut plus violent. Dénoncée comme informatrice de l'armée par des rebelles à Istmina, dans le Choco (nord-ouest), elle a dû boucler ses valises, un matin à l'aube alors que son mari travaillait. "Sont arrivés quelque 70 hommes des Farc et ils m'ont dit que je devais partir, sinon ils me tuaient et mes enfants avec".
"Le plus difficile est d'entamer une nouvelle vie", explique cette femme qui vit aujourd'hui Ă  Soacha, quartier pauvre du sud de Bogota, oĂč ont Ă©chouĂ© nombre de dĂ©placĂ©s. Son Ă©poux, en mauvaise santĂ©, accepte n'importe quel emploi pour complĂ©ter sa pension d'invaliditĂ©.
L'accord de paix lui inspire de la "joie" mais aussi "beaucoup de doutes". "Ils vont déposer les armes (...) mais d'une maniÚre ou d'une autre, la violence est partout".

Par Mario LAPORTA, avec Sophie MIGNON à La Haye - © 2016 AFP
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