Une demance du Conseil d'État

Coup de semonce pour la chaîne CNews, qui va être davantage contrôlée

  • Publié le 13 février 2024 à 23:19
  • Actualisé le 14 février 2024 à 05:10

Avertissement pour CNews: le Conseil d'État a demandé mardi à l'Arcom, le régulateur des médias, de renforcer son contrôle sur la chaîne d'info dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, et au-delà le contrôle de toutes les télés et radios.

La plus haute juridiction administrative a "enjoint à l'Arcom de réexaminer dans un délai de six mois le respect par la chaîne CNews de ses obligations en matière de pluralisme et d'indépendance de l'information".

La décision fait suite à un recours de l'ONG Reporters sans frontières (RSF), qui considère que CNews "est devenue un média d'opinion", ce que l'intéressée conteste.

Le secrétaire général de l'ONG de défense de la liberté de la presse, Christophe Deloire, a salué une "décision historique du Conseil d'État" pour "la démocratie et le journalisme".

"L'Arcom ne s'est pas montrée à la hauteur" jusqu'alors, a-t-il jugé lors d'une conférence de presse, insistant sur son "rôle dans ce moment crucial" où désinformation et instrumentalisation peuvent sévir.

Dans un communiqué, l'Arcom a fait valoir qu'"avec cette interprétation renouvelée de la loi de 1986 (sur la liberté de communication, ndlr), le Conseil d'État renforce la capacité de contrôle par le régulateur". Et ce, concernant l'ensemble des médias audiovisuels.

Il y a un an, Roch-Olivier Maistre, président de l'Arcom, avait estimé que CNews "respect(ait) strictement le pluralisme politique" de façon globale, tout en jugeant qu'elle "se rapproche d'une chaîne d'opinion" à la manière de la télé conservatrice américaine Fox News.

- "Regarder en face" -

Sur la chaîne du canal 16, la présentatrice Laurence Ferrari a proclamé: "Nous incarnons une liberté de ton qui dérange". Un débat sur "la liberté d'expression est-elle menacée en France?" a suivi en soirée.

Sur le podium des chaînes d'info, CNews est deuxième en audience, derrière BFMTV, mais elle progresse. Ses principales têtes d'affiche sont Pascal Praud, Christine Kelly, Sonia Mabrouk...

Créée en 2017 sur les cendres d'iTélé, la chaîne appartient au groupe Canal+, lui-même contrôlé par Vivendi, groupe de Vincent Bolloré, aux opinions réputées ultra-conservatrices.

Sur X, le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon s'est félicité d'une décision permettant de "regarder en face le problème à propos de CNews".

A l'inverse, le patron de LR Eric Ciotti s'est inquiété d'une prochaine "inquisition parmi les opinions des chroniqueurs et des journalistes".

RSF avait saisi le Conseil d'Etat en avril 2022, après avoir en vain appelé l'Arcom à mettre en demeure CNews de respecter ses obligations légales, à savoir "honnêteté, indépendance et pluralisme de l'information".

Lors de l'audience devant le Conseil d'Etat le 19 janvier, le rapporteur public, qui dit le droit, avait partiellement donné raison à RSF. Ses conclusions ont été largement suivies.

Tout d'abord, l'Arcom ne doit pas se limiter au décompte des temps de parole des personnalités politiques pour veiller au respect du pluralisme. Elle devra tenir compte des interventions de l'ensemble des participants aux programmes diffusés, y compris chroniqueurs, animateurs et invités, a exigé la juridiction. Une petite révolution.

- "Pas idéologique" -

Et concernant l'indépendance de l'information, celle-ci doit s'apprécier "non seulement au regard d'un programme donné" mais aussi, pour une chaîne, "de l'ensemble de ses conditions de fonctionnement et des caractéristiques de sa programmation", a ajouté le Conseil d'État dans sa décision publique.

D'après l'avocat de RSF, Patrice Spinosi, l'Arcom devra s'assurer de "l'indépendance effective de la chaîne", "au regard de l'influence que peuvent exercer ses actionnaires sur la ligne éditoriale".

Dans ses observations au Conseil d'État, CNews avait soutenu que la loi de 1986 garantit que "les éditeurs peuvent librement établir une ligne éditoriale".

Au cours de la dernière décennie, l'industriel breton Vincent Bolloré, proche des milieux catholiques traditionalistes, a pris le contrôle du groupe Canal+ puis du groupe Lagardère (Europe 1, Paris Match et le JDD).

"Notre intérêt n'est pas politique, il n'est pas idéologique, c'est un intérêt purement économique", avait-il assuré devant le Sénat en janvier 2022.

C'est sur CNews qu'Éric Zemmour, polémiste d'extrême droite, a pris son envol pour devenir candidat à la présidentielle en 2022. Mais M. Bolloré affirme ne "jamais faire de politique".

Le numéro 2 du groupe Canal+, Gérald-Brice Viret, a encore récusé tout "prisme d'extrême droite" en janvier. "Le succès prouve qu'il y a une attente", d'après lui.

Les autorisations de 15 fréquences de la télévision numérique terrestre (TNT) doivent être renouvelées en 2025, dont celles de Canal+, C8 et CNews. Initiée par LFI, une commission d'enquête est en cours à l'Assemblée nationale sur le sujet.

AFP

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1 Commentaires
Dom
Dom
5 mois

Ça serait bien que l'Arcom oblige suite à une condamnation à faire passer un bandeau -pendant l'émission incriminée- avisant de la condamnation comme cela existe dans la presse écrite, afin que le public en soit justement informé.
Même s'il faut pas toucher à son poste.