Découverte

En Albanie, un lac cache les vestiges de la plus ancienne cité lacustre en Europe

  • PubliĂ© le 26 aoĂ»t 2023 Ă  02:57
Un plongeur participe aux fouilles sous-marines du lac d'Ohrid, oĂč se trouvent les vestiges de la plus ancienne citĂ© lacustre, le 27 juillet 2023 Ă  Lin, en Albanie ( AFP / Adnan Beci )

Les analyses scientifiques et les fouilles prendront encore bien des années, mais les eaux albanaises du lac d'Ohrid ont déjà livré un secret crucial : elles cachent les vestiges de la plus ancienne cité lacustre découverte à ce jour sur le continent européen.

Récemment arrivés d'un laboratoire de l'Université de Berne, les résultats de datation par le radiocarbone d'échantillons de pieux récupérés sur ce site palafittique, découvert au large de la petite péninsule de Lin, situent son ancienneté à entre 6000 et 5800 avant notre Úre.

"A notre connaissance, le site lacustre de Lin est le plus ancien en Europe. Il est de plusieurs centaines d'années plus ancien que ceux qu'on connaissait jusqu'à maintenant" en Méditerranée et dans la région alpine, explique à l'AFP l'archéologue Albert Hafner, directeur de recherche à l'université de Berne.

Ce professeur co-dirige depuis quatre ans les travaux d'une équipe d'archéologues albanais et suisses qui poursuit des fouilles dans les eaux émeraude du lac d'Ohrid, le plus ancien lac d'Europe, classé patrimoine mondial de l'Unesco, que l'Albanie partage avec la Macédoine du Nord.

"Dans le nord des Alpes, les sites les plus anciens datent autour de 4000 avant J.-C., plus au sud, dans les lacs alpins italiens (ils datent) autour de 5000 avant J.-C.", précise cet expert des cités lacustres européennes du néolithique.

Ces villages étaient constitués de maisons sur pilotis, au-dessus de l'eau ou dans des zones réguliÚrement inondées par la montée des eaux.

- Les agriculteurs de la préhistoire -

La citĂ© du lac balkanique aurait pu ĂȘtre peuplĂ©e par 200 Ă  500 personnes, selon les premiĂšres estimations.

AssistĂ©s par des plongeurs professionnels, des archĂ©ologues continuent de descendre Ă  tour de rĂŽle au fond du lac pour en remonter des fragments fossilisĂ©s et surtout des morceaux de pieux en bois de chĂȘne.

L'analyse des cernes de croissance de ces troncs par la mĂ©thode de dendrochronologie devrait permettre d'avoir "un aperçu prĂ©cieux des conditions climatiques et environnementales" de l'Ă©poque et du quotidien des habitants de cette citĂ©, explique l'archĂ©ologue Adrian Anastasi, Ă  la tĂȘte de l'Ă©quipe de chercheurs albanais.

"Le chĂȘne est comme une montre suisse, trĂšs prĂ©cis, comme un calendrier", souligne Albert Hafner.

"Pour comprendre la structure de ce site palafittique sans l'abßmer, ...) on avance trÚs doucement et avec une grande précaution", raconte Adrian Anastasi. Une végétation abondante ne facilite pas ces travaux.

"Construire leur village sur des pilotis était une tùche complexe (...) et il est important de comprendre pourquoi ces gens avaient choisi ce type d'architecture", ajoute-t-il.

Il est supposé, pour l'instant, que l'agriculture et l'élevage de bétails avaient été les activités principales de ces villageois.

"Nous avons trouvé de différentes graines, des plantes et aussi des ossements d'animaux sauvages et domestiques", énumÚre Ilir Gjepali, professeur d'archéologie albanais chargé de faire un premier tri des matériaux remontés à la surface.

- Parmi les premiers sédentaires en Europe ? -

Chaque descente au fond du lac apporte des informations précieuses pour reconstituer l'architecture des habitations ou l'organisation de la vie des villageois, qui pourraient se révéler avoir été parmi les premiers sédentaires sur le continent européen, selon Adrian Anastasi.

AprÚs récente une plongée de deux heures, Kristi Anastasi, un chercheur albanais en archéologie subaquatique, a trouvé à quatre mÚtres de profondeur une importante quantité de matériaux archéologiques, des céramiques et des fragments d'outils en silex.

Des Ă©chantillons de pieux et autres matiĂšres organiques sont rĂ©guliĂšrement envoyĂ©s Ă  des laboratoires universitaires Ă  Berne pour y ĂȘtre analysĂ©s.

Les archéologues ont découvert que la cité avait probablement été fortifiée.

Ils estiment à quelque 100.000 le nombre de pieux enfoncés au fond du lac, au large de Lin, "un véritable trésor pour la recherche", se félicite M. Hafner, précisant que les recherches sur le site pourraient prendre encore une vingtaine d'années.

"Pour se protĂ©ger ainsi, ils ont dĂ» couper une forĂȘt", estime-t-il. Se protĂ©ger de qui ? Difficile pour les archĂ©ologues d'avoir une rĂ©ponse dans l'immĂ©diat.

"Il s'agit de sites clés pour la préhistoire et qui ne sont pas intéressants seulement pour la région, mais également pour tout le sud-ouest de l'Europe", affirme l'archéologue.

AFP

guest
1 Commentaires
Philippe Bonato
Philippe Bonato
2 ans

Bravo pour cet article trÚs intéressant !