Crispations et tensions (actualisé)

Le gouvernement ne sera pas annoncé vendredi en raison de "derniers ajustements"

  • Publié le 20 septembre 2024 à 16:15
  • Actualisé le 21 septembre 2024 à 06:27

Le gouvernement ne sera pas annoncé vendredi car de "derniers ajustements" sur sa composition sont encore en cours, le MoDem hésitant à entrer dans une équipe marquée à droite avec notamment Bruno Retailleau à l'Intérieur. Pour rappel, la liste remise jeudi soir à Emmanuel Macron comprend uelques sortants, pas de présidentiable, pas de prise de guerre à gauche, des ministres LR marqués à droite et des députés macronistes qui montent...

Après avoir réuni jeudi les chefs des différentes formations pouvant entrer au gouvernement, le Premier ministre a soumis jeudi soir une liste de 38 ministres au président de la République Emmanuel Macron.

Puis Matignon a fait savoir que le gouvernement serait présenté "avant dimanche" dans l'attente du feu vert de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) à la nomination des futurs ministres.

Selon le schéma rapporté par Gabriel Attal à ses troupes, le gouvernement Barnier devrait comprendre 16 ministres de plein exercice, parmi eux sept macronistes et trois Républicains (LR).

Parmi les trois ministres issus de la droite figure Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR, qui devrait être nommé au ministère de l'Intérieur.

Mais la nomination de cette figure du camp conservateur, très à droite sur l'immigration, crispait fortement au MoDem.

Une réunion des députés du parti était en cours vendredi midi autour de François Bayrou pour trancher leur participation au gouvernement, selon plusieurs sources centristes.

Sur X, l'ancien député centriste Jean-Louis Bourlanges a "adjuré" ses amis à "surmonter leurs réserves" car "la situation politique, financière et internationale du pays est trop sérieuse".

Autre difficulté pour le bloc central, la sénatrice LR Laurence Garnier, pressentie pour la Famille, est vivement critiquée pour ses positions contre le mariage homosexuel et contre la constitutionnalisation de l'IVG.

"Après tout le travail que nous avons accompli sur le plan sociétal, Laurence Garnier et Bruno Retailleau au gouvernement, c'est NON !", a réagi sur X le macroniste Ludovic Mendes.

La gauche s'indignait également du choix des ministres LR.

"Cela va être le gouvernement de la Manif pour Tous", a dénoncé sur TF1 la cheffe des députés LFI Mathilde Panot. "Pourquoi y a-t-il eu une dissolution si c'est pour avoir à peu près les mêmes, plus à droite encore ?", s'est demandé l'ancien président socialiste François Hollande.

Bruno Retailleau remplacerait Gérald Darmamin, qui a acté son départ vendredi matin par un message de remerciements aux agents de son ministère.

Laurent Wauquiez, le patron des députés LR qui nourrit des ambitions élyséennes pour 2027, avait pris les devants jeudi en annonçant qu'il renonçait à entrer au gouvernement après avoir refusé le poste de ministre des Finances.

Du côté des macronistes, le ministre MoDem (centre) démissionnaire des Affaires européennes Jean-Noël Barrot va être proposé pour les Affaires étrangères, tandis que le ministre des Armées Sébastien Lecornu devrait être reconduit.

- Qui pour Bercy ? -

Alors qu'il peine à trouver des personnalités de gauche, auprès desquelles il a essuyé plusieurs refus, seul un divers gauche figurerait parmi ces ministres de plein exercice. Le nom de Didier Migaud, actuel président de la HATVP et issu du Parti socialiste, circule pour entrer à la Justice.

Il pourrait avoir à ses côtés la députée Naïma Moutchou, qui serait une des deux ministres du parti Horizons d'Edouard Philippe avec le député Paul Christophe aux Affaires sociales.

A Bercy, le ministère serait composé d'un duo de députés macronistes: Antoine Armand pour l'Economie et l'Industrie d'un côté; Mathieu Lefèvre de l'autre pour le Budget. Reste à savoir s'ils seraient chapeautés par un ministre des Finances.

Parmi les sortants, Catherine Vautrin, ex-LR, passerait du Travail à un large portefeuille autour des Territoires tandis qu'Agnès Pannier-Runacher, membre de l'aile gauche de la macronie, quitterait l'Agriculture pour l'Ecologie.

Donnant un sérieux coup d'accélérateur pour former son équipe, le Premier ministre a réuni jeudi à Matignon les dirigeants des formations qui devaient y participer, avec l'intention de mettre fin aux tensions qui ont émergé ces derniers jours.

Selon plusieurs participants, il affirmé qu'il n'augmenterait pas les impôts pour les classes moyennes, une décision qui a satisfait Gabriel Attal, le chef de file des députés macronistes, qui avait fixé cette condition pour la participation de son parti au gouvernement.

Le Premier ministre, qui semble vouloir rester flou sur son programme jusqu'à sa déclaration de politique générale le 1er octobre, a affirmé mercredi avoir découvert une "situation budgétaire très grave". La France fait, avec plusieurs autres pays membres de l'Union européenne, l'objet d'une procédure européenne pour déficits excessifs.

Le temps presse côté budget, dont le calendrier a été retardé par la dissolution de l'Assemblée nationale en juin et la nomination très tardive d'un nouveau Premier ministre.

Passage en revue de la liste des 38 pressentis pour entrer au gourvenement
- Quelques sortants -

Le nouveau gouvernement devrait compter 38 membres, dont 16 ministres de plein exercice: sept macronistes, trois LR, deux MoDem, un Horizons, un UDI, un Divers droite et un Divers gauche selon la répartition donnée à ses troupes par Gabriel Attal.

Une poignée de membres de l'équipe sortante devraient repartir avec Michel Barnier.

Le ministère des Armées semble assuré de garder son titulaire, le discret Sébastien Lecornu. Dans ce "domaine réservé" du président de la République, le MoDem Jean-Noël Barrot serait promu des Affaires européennes aux Affaires étrangères.

Rachida Dati, venue de LR, resterait à la Culture. La ministre du Travail Catherine Vautrin, ex-LR également, passerait à un portefeuille consacré aux Territoires. La ministre déléguée à l'Agriculture Agnès Pannier-Runacher, de l'aile gauche de la macronie, pourrait aller à l'Environnement. Une ancienne ministre MoDem Geneviève Darrieussecq reviendrait au gouvernement, à la Santé.

- Pas de présidentiable déclaré -

Edouard Philippe, Gabriel Attal, Laurent Wauquiez (qui dit avoir refusé Bercy), Gérald Darmanin (qui aurait aimé obtenir les Affaires étrangères), François Bayrou... les candidats déclarés ou supposés comme tels aujourd'hui à la présidentielle de 2027 ne font pas partie de la nouvelle équipe.

- Des ministres LR qui font polémique -

Même si Laurent Wauquiez n'en est pas, les LR intégrant le gouvernement sont très marqués à droite au grand dam de la gauche et d'une partie du bloc central.

Figure du camp conservateur et tenant d'une ligne ferme l'immigration, le patron des sénateurs Bruno Retailleau deviendrait ministre de l'Intérieur. La sénatrice Laurence Garnier, pressentie pour la Famille, fait déjà polémique pour ses positions contre le mariage homosexuel et la délictualisation des thérapies de conversion.

Lire aussi - Le gouvernement Barnier presque finalisé, premières polémiques sur sa droitisation

Alors qu'elle visait l'Education nationale, la numéro 2 du parti Annie Genevard irait à l'Agriculture. L'Alsacien Patrick Hetzel décrocherait l'Enseignement supérieur.

Parmi les ministres délégués ou secrétaires d'Etat, LR obtiendrait le Commerce extérieur pour la sénatrice Sophie Primas, les Outre-mers pour le président de la commission des Lois au Sénat François-Noël Buffet, les Anciens combattants pour le député Jean-Louis Thiériot, la Laïcité pour Othman Nasrou, vice-président LR de la région Île-de-France.

- La gauche absente -

Une seule personnalité étiquetée à gauche intégrerait le gouvernement, à la Justice. Il s'agirait du président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, Didier Migaud, ex-président de la Cour des comptes et ex-député socialiste. Plusieurs socialistes, comme Philippe Brun ou Nicolas Mayer-Rossignol, ont indiqué avoir refusé d'entrer au gouvernement.

- Des députés macronistes qui montent -

La députée de Paris Astrid Panosyan-Bouvet irait au Travail. Bercy serait partagé entre un duo de députés macronistes, Antoine Armand (pour l'Economie et l'Industrie) et Mathieu Lefèvre (pour les Comptes publics), ce dernier étant rattaché cependant à Matignon. Reste à savoir s'ils seraient chapeautés par un ministre des Finances comme le gouverneur de Banque de France François Villeroy de Galhau.

La députée du Nord Violette Spillebout, proche de Gérald Darmanin, irait à l'Education nationale et le député de Paris Benjamin Haddad aux Affaires européennes.

- Un programme encore flou -

Il faudra donc probablement attendre la déclaration de politique générale de Michel Barnier pour connaître le programme du gouvernement.

A l'issue de la réunion avec les chefs de partis jeudi, le Premier ministre s'est contenté d'un communiqué très général annonçant son intention "d'améliorer le niveau de vie des Français et le fonctionnement des services publics, particulièrement l’école et la santé, de garantir la sécurité, maîtriser l'immigration et faire progresser l’intégration".

Il souhaite aussi "encourager (les) entreprises et (les) agriculteurs et conforter l'attractivité économique de la France, maîtriser (les) finances publiques et réduire la dette écologique".

Selon Gabriel Attal, le Premier ministre a affirmé qu'il n'envisageait pas de "hausse d'impôts sur les classes moyennes et les Français qui travaillent".

AFP

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2 Commentaires
Missouk
Missouk
6 mois

"Mon dieu seigneur jésus marie-joseph" dirait ma voisine, qu'on arrête ce cinéma navrant...

HULK
HULK
6 mois

cette dramaturgie permanent n'est que le préambule de ce que nous allons vivre sans arrête dorénavant. Jusqu'à une rupture finale, d'une manière ou d'une autre, soyons en certains. Pauvre FRANCE dominée par ces technocrates et politiques incompétents