Présidentielle

Imamoglu, le maire d'Istanbul dans le viseur d'Erdogan

  • PubliĂ© le 18 mars 2025 Ă  20:57
  • ActualisĂ© le 19 mars 2025 Ă  05:12
Le maire d'opposition d'Istanbul Ekrem Imamoglu aprÚs sa réélection le 31 mars 2024

Champion de l'opposition turque, le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu est plus que jamais dans le viseur du prĂ©sident Recep Tayyip Erdogan qu'il rĂȘve de dĂ©trĂŽner.

Le vĂ©hĂ©ment opposant Ă  l'actuel chef de l'Etat, lui-mĂȘme maire dans les annĂ©es 90 de cette ville, la capitale Ă©conomique de la Turquie, a vu mardi son diplĂŽme universitaire annulĂ© : en vertu de la Constitution, cette dĂ©cision risque de le priver de l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 2028, pour laquelle il devait ĂȘtre le candidat du Parti rĂ©publicain du peuple (CHP, social-dĂ©mocrate).

L'Ă©dile avait fait une entrĂ©e fracassante sur la scĂšne politique nationale en 2019 en infligeant une humiliante dĂ©faite Ă©lectorale au chef de l'Etat. Il a largement Ă©tĂ© réélu l'an passĂ© Ă  la tĂȘte de la plus grande ville de Turquie.

Ekrem Imamoglu a dénoncé mardi une décision "illégale", estimant sur X que le conseil d'administration de l'université stambouliote n'était pas habilité à le priver de sa licence en gestion d'entreprise.

"Nous subissons un harcĂšlement judiciaire au plus haut niveau mais nous n'abandonnons et n'abandonnerons pas", avait lancĂ© l'Ă©lu fin janvier Ă  la foule massĂ©e pour le soutenir devant un tribunal d'Istanbul oĂč il comparaissait pour des propos contre le procureur gĂ©nĂ©ral de cette ville.

Au total, le maire est visé par six procédures, dont l'une, qui avait débouché sur une peine de prison dont il a fait appel, l'avait déjà mis hors jeu pour la présidentielle de 2023.

- "Plaire Ă  tous" -

En ravissant Istanbul en 2019, aprÚs 25 années de domination locale du camp de M. Erdogan, et en conservant haut la main cette mégapole en 2024 malgré les efforts déployés par le chef de l'Etat pour lui faire barrage, Ekrem Imamoglu est devenu l'homme à abattre.

RéguliÚrement classé parmi les personnalités politiques préférées des Turcs, celui qui était un quasi inconnu jusqu'en 2019 ne cesse de se poser en rival direct de Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2003, d'abord comme Premier ministre puis en tant que président.

Musulman pratiquant mais membre d'un parti laïque, cet ex-homme d'affaires originaire des cÎtes de la mer Noire, qui a fait fortune dans le bùtiment avant d'entrer en politique, séduit au-delà de sa formation.

"Il peut plaire à tous les segments de l'électorat d'opposition, qu'il s'agisse d'électeurs turcs, kurdes, sunnites, alévis, jeunes ou ùgés", estime Berk Esen, de l'université Sabanci d'Istanbul.

"Ses mots rĂ©sonnent (...) Il rĂ©pond avec sincĂ©ritĂ©. Il gagne facilement le coeur des gens", explique Ă  l'AFP l'ancien journaliste SĂŒkrĂŒ KĂŒĂ§ĂŒksahin, un de ses proches.

- "Fourmi atomique" -

Le maire ne fait toutefois pas l'unanimitĂ© dans son camp, oĂč il est parfois accusĂ© de se soucier davantage de son avenir que de ses administrĂ©s.

Certains redoutent dĂ©jĂ  qu'il ne soit devienne un "Erdogan bis", concentrant les pouvoirs Ă  la tĂȘte du pays.

Ses adversaires affirment qu'il investit davantage dans la communication que dans la prévention du risque sismique, trÚs élevé à Istanbul, ce que les chiffres de la mairie démentent.

"C'est quelqu'un qui depuis cinq ans ne s'intéresse qu'à des questions sans lien avec Istanbul", avait lancé pendant les élections municipales de 2024 son principal adversaire, un protégé du président Erdogan.

Ekrem Imamoglu assure quant à lui travailler "comme une fourmi atomique" -une référence à un dessin animé populaire- et se vante d'avoir largement féminisé la municipalité.

AFP

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