Au dernier pointage, il avait perdu un mÚtre, qu'en sera-t-il cette fois? Comme tous les deux ans, une équipe de géomÚtres-experts a gravi le mont Blanc pour le mesurer au moyen d'outils de haute précision et rendra jeudi ses conclusions.
Bardées d'outils de pointe et équipées pour la premiÚre fois d'un drone, une vingtaine de personnes réparties en huit cordées ont gravi à la mi-septembre le sommet de l'Europe occidentale afin d'effectuer plusieurs jours durant des relevés point par point au sommet du géant blanc.
Les géomÚtres-experts étaient accompagnés cette année par l'ex-star du biathlon Martin Fourcade qui, passionné de montagne, a dépeint le mont Blanc comme "une source inépuisable de fascination".
Il s'agit de la 12e édition de cette opération qui vise notamment à modéliser la calotte glaciaire et à collecter des données scientifiques sur l'impact des évolutions climatiques sur les montagnes alpines, précisent les participants à cette initiative, lancée en 2001 par la Chambre départementale des géomÚtres-experts de la Haute-Savoie et qui regroupe aujourd'hui plusieurs partenaires.
Initialement, les rĂ©sultats de ces relevĂ©s ne devaient ĂȘtre communiquĂ©s que "20 ans plus tard", indique sur le site du projet un participant Ă deux expĂ©ditions, prĂ©cisant que "l'engouement" suscitĂ© a convaincu les organisateurs de rendre les donnĂ©es publiques avant terme.
- "L'altitude oscille continuellement" -
Lors de la derniĂšre expĂ©dition du mĂȘme type, en 2021, le toit des Alpes avait Ă©tĂ© mesurĂ© Ă 4.807,81 m, soit prĂšs d'un mĂštre en moins par rapport Ă la mesure rĂ©alisĂ©e en 2017 (celle de 2019, trĂšs basse, avait Ă©tĂ© tenue "secrĂšte" car jugĂ©e peu reprĂ©sentative). A l'inverse, c'est en 2007 qu'avait Ă©tĂ© relevĂ©e l'altitude la plus Ă©levĂ©e (4.810,90 m).
Ces variations n'ont rien d'Ă©tonnant, avertissent les gĂ©omĂštres, car "depuis la nuit des temps, lâaltitude du mont Blanc oscille continuellement".
Le sommet "rocheux" de la montagne culmine à 4.792 m, mais c'est l'épaisseur de la couche de "neiges éternelles" qui le recouvre, fonctionnant comme une énorme congÚre, qui "varie en fonction des vents d'altitude et des précipitations", avaient-ils détaillé en 2021.
L'altitude du sommet varie Ă©galement selon les saisons, le mont Blanc Ă©tant un "complexe dunaire" oĂč le vent, plus violent en hiver, rabote davantage la neige qu'en Ă©tĂ©. Le sommet est donc plus haut Ă la fin de la belle saison qu'au printemps, avaient-ils soulignĂ©.
Alors que la fonte des glaciers s'accélÚre sous l'effet du réchauffement climatique, qui affecte particuliÚrement l'arc alpin, l'un des membres de l'équipe, Denis Borel, avait appelé à "rester humble" et à ne "pas tirer de conclusion hùtive sur des mesures qui ont été réalisées uniquement depuis les années 2001 avec la précision" actuelle.
"Nous mesurons, nous constatons (...). Nous sommes lĂ en tant que sentinelles de lâenvironnement", avait-il ajoutĂ©. Il revient dĂ©sormais aux "climatologues, glaciologues et autres scientifiques d'exploiter toutes les donnĂ©es recueillies et d'avancer toutes les hypothĂšses pour expliquer ce phĂ©nomĂšne".
Les glaciers européens, particuliÚrement vulnérables à la hausse des températures en raison de leur altitude relativement basse, ont perdu environ un tiers de leur volume entre 2000 et 2020, selon des données compilées par des scientifiques.
La fonte subie par les glaciers des Alpes françaises durant l'été 2022 a été décrite comme "exceptionnelle", représentant environ 5 à 7% de la masse glaciaire restante selon des glaciologues.
AFP
