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Loin du noir, la mode joue avec les couleurs en Iran

  • PubliĂ© le 25 janvier 2024 Ă  10:30
Une Iranienne regarde les crĂ©ations prĂ©sentĂ©es lors de l'exposition ayant lieu dans le cadre du festival national de la mode Ă  TĂ©hĂ©ran, et les vĂȘtements conçus par de jeunes designers iraniens, le 21 janvier 2024

Des créateurs iraniens délaissent le noir, la couleur la plus commune en République islamique, pour offrir aux femmes des tenues colorées et décontractées, en prenant garde à ne pas franchir les limites du strict code vestimentaire en vigueur.


Symbole des annĂ©es post-rĂ©volution de 1979, le tchador noir n'a pas totalement disparu. Mais il n'occupe qu'une petite place parmi la cinquantaine de vĂȘtements prĂ©sentĂ©s par le festival national de la mode, organisĂ© cette semaine Ă  TĂ©hĂ©ran.
Les mannequins y portent des foulards ou de longues robes aux motifs floraux, des manteaux cintrés à la taille et des pantalons serrés.
"Je ne peux pas porter un voile sombre sur la tĂȘte. Il doit ĂȘtre colorĂ©, sauf dans certaines occasions comme un deuil", tĂ©moigne Fatemeh Fazeli, une Ă©tudiante de 19 ans venue visiter l'exposition.
"Les jeunes veulent avoir la libertĂ© de porter comme ils veulent des vĂȘtements dans le vent", renchĂ©rit Sanaz Sarparasti, couturiĂšre depuis 15 ans Ă  TĂ©hĂ©ran.
A l'origine, la révolution islamique de 1979 a imposé un code obligeant les femmes à ne laisser découverts que leurs mains et leur visage, et à dissimuler leurs formes.
Mais dÚs la décennie 1990, les Iraniennes ont commencé à jouer avec les rÚgles pour s'en affranchir. Notamment dans les quartiers chics des villes.
Pour autant, les plus conservateurs des dirigeants s'arc-boutent sur la défense des rÚgles vestimentaires, dans lesquelles ils voient le symbole de valeurs "révolutionnaires" qui résistent aux influences de l'Occident.
Le dĂ©bat est revenu en force, se concentrant sur le voile, lorsqu'un vaste mouvement de contestation a secouĂ© l'Iran Ă  la suite de la mort en dĂ©tention de Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans arrĂȘtĂ©e pour non-respect de ce code.
"L'habillement est le symbole le plus visible de toute civilisation", a souligné le ministre de la Culture et de la Guidance islamique, Mohammad-Mehdi Esmaïli, lors de sa visite de l'exposition. En insistant sur le caractÚre "chaste" des traditions islamiques iraniennes.
- "Identité" -
Dans un tel contexte, "lorsque je conçois des vĂȘtements, je prends d'abord en considĂ©ration les normes en vigueur, avant de penser Ă  la beautĂ©, la crĂ©ativitĂ© et la nouveautĂ©", explique Sanaz Sarparasti.
S'adapter est aussi le maßtre-mot d'Afshin Parsaee, patron de la marque Raspina, présente à l'exposition avec une longue tunique de soirée verte et grise.
"La plupart de nos clientes ont entre 15 et 35 ans, donc nous proposons des vĂȘtements colorĂ©s", indique-t-il. "Mais comme les rĂšgles en vigueur prĂ©conisent des couleurs plus foncĂ©es pour les vĂȘtements portĂ©s en sociĂ©tĂ©, nous devons Ă©galement en confectionner".
Le port du voile et d'une longue tunique sombre est notamment obligatoire pour les femmes travaillant dans les administrations.
Afshin Parsaee ne cache pas s'inspirer des tendances lancées par les créateurs occidentaux, que "nous marions avec notre culture", ce qui "marche plutÎt bien jusqu'à présent".
Etudiant la mode à l'université, Hadis Hassanlou insiste sur "la réelle originalité de la mode perse" qui n'a cessé d'évoluer depuis l'empire Achéménide, il y a plus de 2.500 ans, en passant par la monarchie Qajar du début 20e.
La jeune apprentie-couturiĂšre cultive cet hĂ©ritage avec la calligraphie, un art populaire en Iran, qu'elle applique sur les vĂȘtements qu'elle crĂ©e.
"La combinaison de motifs anciens et contemporains rendent ces tenues trÚs séduisantes", se réjouit l'étudiante Fatemeh Fazeli, devant une robe décorée de dessins s'inspirant des miniatures perses.
La mode iranienne "peut séduire en dehors des frontiÚres", affirme Hadis Pazouki, présidente de la Fondation nationale de l'habillement. Ses espoirs se portent vers les pays du Golfe, et pourquoi pas vers "Paris, Milan et Londres", capitales de la mode occidentale.
En Iran mĂȘme, le dĂ©fi des jeunes couturiers est de rĂ©ussir Ă  vivre de leurs crĂ©ations dans un contexte de forte inflation et de concurrence des vĂȘtements faciles Ă  porter vendus Ă  faible prix dans les bazars ou les centres commerciaux, souvent importĂ©s d'Asie ou de Turquie.

Par JérÎme RIVET, Payam DOOST MOHAMADI - © 2024 AFP
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