"Esprit de concorde": Emmanuel Macron a voulu se projeter mercredi au-delà des décisions trÚs attendues du Conseil constitutionnel sur la réforme des retraites, attendues vendredi, en promettant aux syndicats un "échange qui permettra d'engager la suite et de tenir compte" du verdict des Sages.
"Le pays doit continuer d'avancer", a affirmĂ© le chef de l'Ătat lors d'une confĂ©rence de presse Ă Amsterdam (Pays-Bas).
"J'engagerai, pour tout ce qui les concerne, les partenaires sociaux à pouvoir revenir - je sais que la période gardera encore les traces des désaccords du moment - mais je le ferai avec l'esprit de concorde et la volonté d'engager la suite, quelle que soit la décision" des Sages, a-t-il poursuivi.
Pour l'heure, tous les projecteurs demeurent braquĂ©s sur la discrĂšte institution de la rue de Montpensier Ă Paris, qui doit mettre fin au suspense vendredi "en fin de journĂ©e", au lendemain d'une douziĂšme journĂ©e de mobilisation. Au mĂȘme moment, Macron tiendra Ă lâĂlysĂ©e une "rĂ©union de coordination" avec les chefs de la majoritĂ© et les principaux ministres.
Les Sages vont-ils censurer la réforme ? Seulement une partie ? Et donnera-t-elle son feu vert à la procédure d'un référendum d'initiative partagée (RIP), chÚre à la gauche?
Mercredi, au deuxiĂšme jour de sa visite d'Ătat aux Pays-Bas, Emmanuel Macron a de nouveau Ă©tĂ© la cible d'opposants Ă la rĂ©forme, alors que deux manifestants ont Ă©tĂ© interpellĂ©s Ă son arrivĂ©e Ă l'universitĂ© d'Amsterdam.
Partisans comme opposants au texte s'attendent pour la plupart à ce qu'au moins quelques mesures soient censurées par le Conseil constitutionnel, notamment "l'index seniors", un nouvel indicateur obligatoire devant mettre au jour les pratiques des grandes entreprises en matiÚre d'emploi des salariés de plus de 55 ans.
Il pourrait ĂȘtre qualifiĂ© selon de nombreux observateurs de "cavalier" lĂ©gislatif, c'est-Ă -dire une mesure n'ayant rien Ă faire dans un texte budgĂ©taire.
Le rejet de mesures de ce type serait un moindre mal pour l'exĂ©cutif, pour qui l'essentiel est que soit validĂ© juridiquement le cĆur du projet: le recul de l'Ăąge lĂ©gal de la retraite de 62 Ă 64 ans, qui cristallise et fĂ©dĂšre la contestation.
- "Se méfier" de Laurent Fabius -
Les décisions du Conseil constitutionnel viennent "clore un chemin démocratique et constitutionnel", a relevé depuis Amsterdam Emmanuel Macron, alors que le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, s'était dit quelques heures plus tÎt "confiant" dans la décision des Sages.
"J'ai un degré de confiance assez élevé sur le fait que la procédure toute entiÚre ne sera pas annulée", avait confié mardi un autre membre du gouvernement, en ligne avec un pronostic largement partagé au sein du camp présidentiel.
Mais "il faut quand mĂȘme un peu se mĂ©fier de Laurent Fabius", l'ancien Premier ministre socialiste qui prĂ©side le Conseil constitutionnel, tempĂšre un dĂ©putĂ© Renaissance.
D'autres relÚvent la présence parmi les Sages d'Alain Juppé, qui avait dû renoncer en 1995 à sa réforme des retraites au terme d'un grand conflit social, ou encore de l'ancienne ministre MoDem Jacqueline Gourault.
"Il faut réfléchir à ce que les membres du Conseil constitutionnel soient véritablement totalement détachés, totalement indépendants dans leur nomination", a commenté mercredi Marine Le Pen (RN).
Et, mĂȘme si la rĂ©forme est validĂ©e, "ça n'enlĂšve rien au rejet dĂ©mocratique, au rejet politique, au rejet social", a prĂ©venu Manon Aubry, eurodĂ©putĂ©e LFI.
- "Déclaration de guerre" -
La gauche fonde également ses espoirs dans un possible feu vert à sa demande de RIP: cette procédure pourrait ouvrir la voie à un référendum sur une proposition de loi visant à ce que l'ùge de départ à la retraite ne puisse pas dépasser 62 ans. Si le gouvernement "passe en force et ne suspend pas la réforme pendant le temps du référendum, alors ce serait une déclaration de guerre pour plein de gens", a mis en garde la secrétaire nationale d'EELV Marine Tondelier.
Le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, a par ailleurs suggéré qu'en cas de censure partielle du texte par les Sages, le président de la République se saisisse de l'article 10 de la Constitution qui permettrait d'"aller vers une nouvelle lecture à l'Assemblée nationale" avant une promulgation.
Est-ce qu'une validation complÚte signerait au contraire la fin du mouvement de contestation ? "On le décidera ensemble", avec l'intersyndicale, "mais il est clair que la CFDT ne fera pas des manifestations pendant six mois", a répondu le secrétaire général.
AFP



