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Philippines: un minuscule sanctuaire offre une lueur d'espoir aux aigles

  • PubliĂ© le 15 juin 2016 Ă  11:07
Une visiteuse prend en photo un aigle à la fondation philippine pour les aigles à Davao le 17 février 2016

Dans un battement maladroit de ses ailes minuscules, l'aiglon pousse des cris étonnamment stridents au moment de s'extirper de son oeuf.

Sa naissance met du baume au coeur des écologistes qui tentent de sauver l'aigle des Philippines, rapace géant en danger critique d'extinction.
La destruction des forĂȘts pluviales tropicales et la chasse ont dĂ©cimĂ© les populations de cet oiseau majestueux, l'un des plus puissants et plus grands au monde avec une envergure pouvant dĂ©passer deux mĂštres.
Les Pithecophaga jefferyi, endémiques de l'archipel dont ils sont l'emblÚme national, ne seraient plus que quelques centaines à l'état sauvage.
Dans la banlieue de Davao, grande ville du sud des Philippines, quelques défenseurs de l'environnement essayent d'assurer leur survie grùce à des programmes de reproduction - le seul au monde - et de réhabilitation des oiseaux blessés.
"Ce centre sert d'assurance pour l'espÚce, en quelque sorte d'arche de Noé", dit à l'AFP Dennis Salvador, directeur général de la Fondation de l'aigle des Philippines. "Mais ce n'est certainement pas un substitut à une population vivant dans la nature".
La Fondation existe depuis plus de 30 ans mais n'a toujours pas complÚtement appréhendé les moeurs de ces rapaces à la collerette brune et blanche. Seuls 27 sont nés en captivité.
L'aigle des Philippines a du mal Ă  trouver l'Ăąme soeur. Dans la nature, la femelle, plus grande que le mĂąle, est susceptible d'attaquer, voire tuer le prĂ©tendant qui ne lui plairait pas. Une fois en couple, ces aigles le restent en gĂ©nĂ©ral pour la vie. Mais mĂȘme dans la forĂȘt, ils ne se reproduisent que tous les deux ans.
- 'On a eu de la chance' -
"C'est difficile parce qu'on ne sait pas trop ce qu'il se passe dans la nature. On ne peut pas reproduire les conditions en captivité", dit Anna Mae Symaya, conservatrice à la Fondation.
AprÚs trois années de vaches maigres, quelques naissances ont récemment redonné espoir à la Fondation.
Go Phoenix, retrouvé dans un piÚge de chasseur et MVP, victime de tirs, se sont unis en 2013 et ont donné naissance à deux aiglons, le dernier en février.
Cette naissance, la 27e, était "fantastique", dit Mme Sumaya, qui espÚre que le couple se reproduira encore l'année prochaine. "On a eu de la chance", ajoute-t-elle.
Le sanctuaire manque cependant d'espace: 35 aigles vivent dans des cages installĂ©es sur Ă  peine huit hectares de forĂȘt.
Le but ultime c'est de relĂącher les oiseaux dans la nature, mais c'est encore plus difficile que d'assurer leur reproduction: au centre, ils s'habituent Ă  l'homme et une fois dans la jungle, ils s'approchent trop des villages et se font tirer dessus.
Sur 15 aigles relùchés, un seul est en vie. Quatre ont été reconduits au centre aprÚs avoir été blessés, les autres sont morts ou présumés morts.
Dernier revers en date, Matatag a été blessé par balle en février, à peu prÚs un an aprÚs avoir été relùché sur le Mont Apo, la plus haute montagne des Philippines.
L'aigle avait déjà été blessé par des tirs alors qu'il était ùgé d'un an, ce qui avait motivé un premier séjour à la Fondation.
- Sensibiliser les Philippins -
"J'étais dévastée, je me suis dit: +C'est reparti pour un tour+", dit Mme Sumaya.
En théorie, tuer un aigle est passible de 12 ans de prison et d'un million de pesos d'amende (19.000 euros) mais à l'instar de nombreuses lois aux Philippines, celle qui protÚge ces rapaces est rarement suivie d'effet.
Les aigles qui sont trop mal en point ou trop ĂągĂ©s pour ĂȘtre relĂąchĂ©s sont admirĂ©s par les dizaines de milliers de touristes et d'Ă©coliers qui visitent chaque annĂ©e la Fondation.
Celle-ci souligne qu'il est aussi essentiel de sensibiliser les Philippins aux menaces qui pĂšsent sur l'animal. En particulier, sur la nĂ©cessitĂ© de mettre un coup d'arrĂȘt au dĂ©frichage dĂ» aux activitĂ©s agricoles et Ă  l'exploitation du bois et des ressources miniĂšres.
Fighter, spécimen ùgé de quatre ans, passe ses journées enchaßné à son perchoir. De temps à autre sa collerette se hérisse sous l'effet du stress tandis qu'il scrute de ses yeux gris les alentours, comme s'il recherchait une proie.
Il lui manque la moitié de l'aile gauche, souvenir d'une blessure par balle. Son cas permet de sensibiliser les visiteurs au sort funeste souvent réservé à ces oiseaux quand ils ne peuvent guérir de leurs blessures.
"Il ne faut tout simplement pas dĂ©truire l'habitat des aigles, dĂ©truire leurs forĂȘts", rĂ©pond Daneen Sinsuat, neuf ans, comme on lui demande ce qu'elle a retenu de sa visite au sanctuaire.

Par Karl MALAKUNAS - © 2016 AFP
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