Les attaques ont fusé

Législatives : un débat à peine audible entre Bompard, Bardella et Attal

  • Publié le 26 juin 2024 à 02:59
  • Actualisé le 26 juin 2024 à 09:49

Pendant une heure et demie, Jordan Bardella (RN), Gabriel Attal (Ensemble) et Manuel Bompard (NFP) ont débattu ce mardi 25 juin 2024, à l'approche du premier tour des élections législatives. Plus d'une heure d'invectives, d'attaques et de paroles coupées, où les trois candidats ont tenté malgré tout de présenter le programme de leur parti respectif. Depuis La Réunion, un grand absent a manqué au débat : les Outre-mer, comme toujours

S'il était parfois difficile de comprendre où chacun voulait en venir, tant ils se sont attaqués et tant les deux présentateurs ont peiné à maintenir un débat clair et apaisé, les grandes lignes des programmes ont tout de même pu être présentées.

En matière de pouvoir d'achat, le président du Rassemblement national, qui a fait de ce sujet son cheval de bataille a rappelé la promesse de baisse immédiate de la TVA à 5,5% sur les carburants, l'électricité et le gaz.

"Combien ça coûte et comment vous le financez ?", a riposté le Premier ministre, se posant en défenseur du "sérieux budgétaire" pour ce premier grand affrontement télévisé entre les trois blocs, dans la dernière ligne droite de cette campagne éclair.

"J’ai pas envie de leur faire croire à la lune", a ajouté Gabriel Attal, en proposant de son côté des mesures pour "gagner plus et dépenser moins".

Le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard a renvoyé ses deux adversaires dans les cordes, accusant ironiquement Jordan Bardella, "le futur Premier ministre du pouvoir d'achat", d'avoir "petit à petit abandonné l’ensemble des mesures pour y répondre".
 "Vous avez gorgé les plus riches de ce pays", a-t-il ajouté, visant Gabriel Attal et appelant à augmenter le SMIC et les salaires.

- Retraite à 60, 64 ou 66 ans -


Concernant les retraites, Jordan Bardella a annoncé revenir sur la réforme de Macron…mais a évoqué un possible départ à 66 ans pour un Français ayant commencé à travailler à 24 ans, tandis que ceux ayant commencé à 17 ans pourraient partir à 60 ans.

Manuel Bompard, lui, a réaffirmé la volonté de retourner à un âge de départ à 60 ans possible pour tout le monde, avec une décote pour les travailleurs ayant débuté leur carrière à 24 ans. Avant cela, la réforme des retraites serait abrogée pour permettre un départ à 62 ans.

Mais l'échange a tourné à une passe d'armes peu audible, comme pour la majorité de ce débat. A se demander si ce n'est pas l'abstentionnisme qui a été plus encouragé qu'autre chose ce mardi soir.

A propos de la suppression de l’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans, que le chef de file de l’extrême droite souhaite mettre en place d’ici "la fin" de son éventuel bail à Matignon, Gabriel Attal a interrogé son adversaire âgé de 28 ans: "Vous allez vous auto-exonérer d’impôts?".  

"Pourquoi un ouvrier de 31 ans paierait des impôts et un consultant ou un trader de 29 ans arrêterait d’en payer? ", a-t-il encore attaqué. " C'est complètement hors-sol."

Et, au lendemain de la proposition du chef de file de l’extrême droite d’empêcher des binationaux d’occuper certains postes jugés stratégiques, Gabriel Attal a estimé que "3,5 millions de Français binationaux se sont sentis injuriés et humiliés".

"Vous voulez mettre un franco russe à la tête d’une centrale nucléaire?" a rétorqué Jordan Bardella. Gabriel Attal a alors rappelé que son contradicteur avait pour conseillère au Parlement européen une Franco-Russe "qui assiste à des réunions (où sont discutées) des informations confidentielles sur la guerre en Ukraine".

Sur la question migratoire, les candidats se sont une nouvelle fois écharpée. Jordan Bardella a longuement déroulé le programme du RN, seule constante de leur programme : la fin du droit du sol, la suppression de l'Aide médicale d'Etat (AME), restriction des flux migratoires avec 10.000 entrées par an en France…

"La proposition de supprimer l'aide médicale d'Etat est absurde et met en danger les Français. Elle coûtera plus cher car les pathologies seront plus chères à soigner une fois aggravées" a rétorqué le candidat NFP.

Au-delà du côté humanitaire, une telle suppression "fera courir un risque de propagation des épidémies, et augmentera la pression sur le système hospitalier" a-t-il rappelé.

- "Comptes maquillés" -

Jordan Bardella a par ailleurs attaqué le Premier ministre sur des "comptes maquillés" de l'Elysée, appelant à un audit des comptes de l'Etat. Gabriel Attal l'a invité à "consulter le rapport de la Cour des comptes sorti récemment", niant toute manipulation des comptes.

Pour l'heure, le programme du Rassemblement national n’offre aucun chiffrage précis sur le financement de ses mesures.

Sur la question brûlante de la sécurité, les trois candidats se sont une nouvelle fois écharpé.

"Les Français, ils ont droit à une vie tranquille", a lancé d’emblée Gabriel Attal. "Quand vous avez suffisamment de policiers pour interpeller un jeune qui commet des actes de délinquance dans un quartier, mais que le lendemain, après son interpellation, le même jeune est dans le même quartier en train de faire la même chose, évidemment que c’est insupportable" a-t-il déploré.

Gabriel Attal a aussi annoncé souhaiter la "comparution immédiate pour les mineurs pour qu’il puisse y avoir des sanctions immédiates, notamment en cas de récidive" et la fin de "l’excuse de minorité".

"Vous promettez, M. Attal, mais vous avez fait quoi ?" a rétorqué Jordan Bardella. "Il faut un tournant sécuritaire et un tournant pénal" a-t-il estimé, indiquant vouloir rétablir les peines planchers et suspendre les allocations familiales aux parents de mineurs récidivistes.

"On ne doit pas juger un majeur comme un mineur" a de son côté estimé Manuel Bompard, qui a par ailleurs contesté l’existence de la notion d’"excuse de minorité" dans la loi.

Après son succès aux européennes, le RN domine les sondages du premier tour, à 36% des intentions de vote selon un sondage Ifop-Fiducial. Il devance la coalition de gauche Nouveau Front populaire (28,5%) et le camp présidentiel (21%).

Les indécis pourraient encore avoir du mal à faire leur choix après un débat plutôt chaotique et finalement peu clair.

www.imazpress.com avec l'AFP

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1 Commentaires
Dom tom
Dom tom
3 semaines

Bompard a quand même cité la Réunion. Pour rappeler à Bardella que le blocage des prix ça existe déjà ici, ce qu'il n'avait pas l'air de savoir.
Le seul programme avec une considération pour les outremer est celui du NFP (avec les question des billets d'avions notamment!).
Pour le RN, la création d'un ministère des outremer, mais sachant qu'on a déjà le ministère de l'intérieur et des outremers, pour quoi faire ?