Expulsions sauvages et violences à répétition : l'immigration perçue comme le facteur responsable des maux sociaux de l'île

Vue de La Réunion, Mayotte à feu et à sang

  • Publié le 24 mai 2016 à 06:30

Depuis la grève initiée en avril 2016, Mayotte est en proie à de multiples violences. Des revendications syndicales initiales, le mouvement est passé à la chasse à l'immigrant. Depuis le mois de janvier, des expulsions sauvages parcourent toute l'île : des collectifs d'habitants brûlent et démantèlent les habitations, n'hésitant pas à chasser femmes et enfants. La semaine dernière, ce sont plus de 200 personnes qui se sont retrouvées sur la place de la république à Mamoudzou, dans des "conditions sanitaires désastreuses" selon les Médecins du monde.

Près de 250 personnes dormant à même le sol, sans couverture et sans nourriture : c’est la réalité que connaît actuellement la commune mahoraise de Mamoudzou. Une des conséquences de la série d’expulsions sauvages lancée depuis ce mois de janvier. Depuis, plus d’un millier de personnes ont été jetées de leur domicile par des collectifs d’habitants. Qui n’en peuvent plus des étrangers sur leurs terres, tant bien même sont-ils en situation régulière. Ce lundi 23 mai 2016, un nouveau préfet, Frédéric Veau, a pris ses fonctions. Une nomination qui pose la question sur toutes les lèvres : saura t-il rétablir l’ordre sur une île où la chasse à l’étranger et les violences sont devenues monnaie courante ? 

A La Réunion, ces tensions ont un écho plus ou moins lointain : si Mayotte est un département français et qu’il est lui aussi situé dans l’Océan Indien, difficile de se sentir concerné. Dans une tribune publiée dans nos colonnes ce samedi 21 mai 2016, son auteur, parlait même de "non-assistance à peuple en danger" face à cette suite d'expulsions.

"Je sais qu’il se passe des choses aberrantes, qu’il y a des effusions de sang, mais je ne les comprends pas" souffle Véronique, interrogée sur le sujet. Pour la quadragénaire, "les Mahorais ne prennent pas sur eux comme les Réunionnais, qui ont une autre façon de s’exprimer". Elle estime que, pour autant, les ultramarins ont tout à gagner à être "plus solidaires". Du côté de Michel et de sa femme, deux touristes venus de Métropole, cette situation n’est pas particulièrement relayée dans leur campagne bretonne. "On a appris ça en discutant avec les gens à La Réunion" affirme le couple, qui a d’ailleurs été incité à "la prudence" face aux "jeunes Mahorais se réunissant en groupes" et qui seraient susceptibles de leur "voler leurs affaires". Une mise en garde qui interroge sur la cohabitation entre Mahorais, Comoriens et Réunionnais.

L’île aux parfums sous le joug d’une pression migratoire

Mayotte compte actuellement 230 000 habitants… dont 40 % d’étrangers. Un chiffre qui s’explique par de multiples mouvements migratoires provenant des trois îles des Comores indépendantes, situées tout près. "Nos grands parents se sont battus pour que Mayotte reste française alors que les Comores ont choisi leur indépendance ! Depuis, c’est sûr qu’il y a des ressentiments, certains Mahorais ne comprennent pas pourquoi les Comoriens viennent sur l’île alors que c’était leur choix de ne pas être Français" s’insurge Nadjim Youssouf, dont les parents ont quitté Mayotte pour La Réunion il y a plus de trente ans. Attristé par cette situation devenue ingérable, il la met en partie sur le compte des "décisions politiques". Cela fait désormais cinq ans que le jeune homme n’est pas revenu sur l’île. Et malgré les tensions qui la secouent, il n’exclue pas l’idée d’y repartir : "J’aimerais retrouver ma famille et mes amis, mais je ne me vois pas y vivre". Son père, revenu il y a tout juste une semaine ne cache pas ses craintes de retrouver leurs biens détériorés ou leurs familles blessées. "C’est triste parce que c’est une très belle île, mais il y a beaucoup trop de monde qui vit en dessous du seuil de pauvreté, ils sont voués à eux mêmes pour s’en sortir" regrette Nadjim, pour qui les expulsions sont aussi liées à "un trop plein d’amalgames mélangé au ras le bol général".

Cette chasse à l’immigré cause aussi un désordre sanitaire : les Médecins du monde ont demandé ce vendredi 20 mai une réponse rapide des autorités. Leur communiqué est alarmant. Les 250 personnes encore présentes sur la Place de la République à Mamoudzou – dont la majorité compte femmes et enfants – vivent dans des "conditions sanitaires désastreuses", sans accès aux douches ou aux toilettes et sans nourriture suffisante. Une action médicale lancé en urgence a pour le moment été lancée en priorité. Aujourd’hui, les Médecins du monde demandent aux autorités de "mettre fin à ces expulsions violentes" et d’organiser une "mise à l’abri visant en priorité les malades et les personnes vulnérables". A noter que de nouvelles expulsions sont néanmoins prévues dans d’autres communes de l’île. Ou lorsque l’île aux parfums se retrouve envahie par les odeurs de soufre et de sang.

www.ipreunion.com

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3 Commentaires
gemijuco
gemijuco
7 ans

Malheureusement je crois que c'est le début seulement, ça va gagner la Métropole aussi,sûrement ; nos dirigeants ne dirigent plus rien dans ce domaine, on est envahi, on ne plus pourvoir à toute la misère du monde, alors que la misère est déjà chez les français, On loge les migrants et autres, et nos pauvres français dorment dans la rue, et n'ont rien pour vivre ou si peu. Pourquoi tant de personnes veulent venir chez nous ? ils ont tous les aides diverses et variées sans rien faire ; il faudrait qu'ils travaillent "intérêt général" tant d'heures par jour pour "rembourser" ce qu'on leur avance.. Cela encourage la faitnéantise.....

entendu sur france inter
entendu sur france inter
7 ans

je n'arrive pas à recouper sur le web cette infos entendu dans un journal du matin sur France inter aux alentours du 19 mai:

A l’indépendance du qatar en 1969 , une minorité ethnique ne se serait pas faite recenser pour obtenir la nationalité qatari et vivrait depuis comme des paria. Ils seraient ainsi 120.000 à n'avoir aucun droit et vivre dans la pauvreté.

La journaliste de france inter disait que le Qatar réfléchissait ou s’apprêtait à "déplacer" cette population vers ...les Comores qui aurait bien évidement accepté moyennant finances. En comparaison les 2000 chagossiens déportés sont du pipi de chat à coté.

Comment imaginer que la population des Comores vivra paisiblement cet afflux massif de 120.000 personnes?

aterla
aterla
7 ans

La vérité blesse peut-être, mais elle peut être libératrice aussi. La seule raison pour laquelle Mayotte est devenue française, ce n'est pas parce que les habitants voulaient devenir français et que la France a trouvé ça formidable. Il suffira de demander à n'importe quel pays d'Afrique s'il veut être français et il répondra oui à 99%. Si la France a fait de Mayotte une terre française, c'est pour les ressources économiques (zone de pêche autour) et géo-politiques (surveillance des ressources pétrolières sortant du Golfe d'Aden par exemple).

Au prix donc de la déchirure d'un peuple (les îles des Comores) la France a choisi un long terme de consolidation de sa place dans le monde (3eme puissance maritime entre autres).

Aujourd'hui, comment arrêter les drames qui s'y déroulent et dont la métropole est totalement ignorante? Des femmes, des enfants, des hommes meurent à vouloir traverser la mer pour arriver à Mayotte, une jeunesse encore plus à la dérive qu'à la Réunion ou que dans les banlieues... il faut que j'arrête là car c'est vraiment triste et déprimant.

Il faudrait une vraie coopération entre Mayotte et les autres îles, une vraie reprise en main de l'île avec une sorte de plan Marshall, un effort sans précédent sur l'éducation de la jeunesse, comme cela a été le cas en France à l'époque de Jules Ferry.
Il faudra aussi éviter les tentations d'arroser avec de l'argent pour acheter la paix sociale: cela ne marche pas.

La tâche est immense, je salue les femmes et les hommes de bonne volonté.