Automobile

Airbags défectueux : le grand flou et une cascade de plaintes

  • Publié le 23 janvier 2025 à 14:37
  • Actualisé le 5 février 2025 à 07:21

Les recours en justice s'accumulent contre Stellantis, le groupe automobile qui a distribué à travers toute la France des voitures équipées des airbags Takata défectueux. Après les plaintes déposées par les familles des victimes, dont une famille réunionnaise, l'association de consommateurs UFC-Que choisir s'empare à son tour du sujet (Photo AFP)

Alors qu'une campagne massive de rappels de véhicules va débuter fin janvier, à La Réunion, les proches de Emmanuelle Sauger-Fite s'indignent de la lenteur de réaction de Stellantis.

Emmanuelle Sauger-Fite est décédée en 2021, au volant de sa DS 3, à la Saline. Après un coup de frein et un très léger accrochage avec une voiture, son airbag s'est violemment déclenché, la tuant sur le coup.

"Depuis quelques jours, on entend enfin parler de cette campagne de rappel sur énormément de véhicules, alors que ça fait des années que le groupe est au courant", dénonce Pierre Fite, le conjoint d'Emmanuelle.

"Le premier accident remonte à 2013", rappelle-t-il. Ce qui n'a pas empêché les constructeurs de continuer à équiper leurs véhicules avec ces airbags, jusqu'en 2019, et ce malgré les alertes lancées par des employés de l'entreprise dès 2014.

De nombreux véhicules, construits entre 1998 et 2019, ont été équipés de ces airbags pouvant occasionner des blessures graves voire mortelles au conducteur et au passager avant.

Ces blessures sont provoquées par la projection de fragments métalliques lors de l’éclatement de la cartouche qui devrait normalement permettre le gonflement de l’airbag.

- 500.000 véhicules concernés en France -

En France, environ 500.000 véhicules circuleraient toujours sur les routes malgré la dangerosité connue de ces airbags. Depuis ce 7 janvier 2025, le ministère des Transports a lancé une vaste campagne de communication pour le rappel des véhicules concernés.

Cette campagne survient deux ans après les premiers courriers envoyés aux propriétaires de ces véhicules par le groupe en Outre-mer, et près d'un an après une première campagne de rappels massifs lancée par Stellantis.

Pourquoi les Outre-mer d'abord ? Car, pour des raisons d’humidité et de chaleur, les véhicules circulant dans les départements et régions d’outre-mer sont plus exposés à ce risque lié au vieillissement et à la dégradation de ces airbags. C'est aussi dans les territoires ultra-marins que les premiers incidents en lien avec les airbags ont été constatés en France.

D'après une enquête de France Inter, 14 personnes sont décédées dans les Outre-mer à cause de ces airbags, dont deux Réunionnaises. Une autre femme réunionnaise a été grièvement blessée par un airbag lors d'un accident pourtant peu violent

Un autre décès pourrait être lié à ces airbags, d'après le média : "Le plus ancien accident identifié remonte à 2016 sur l’île de La Réunion. Le médecin légiste Jean-Marie Berthezène se souvient d’un examen demandé par les gendarmes du Tampon après la mort d’une jeune femme qui roulait à très faible allure", rapportent nos confrères, indiquant que les blessures de la victime ressemblait à celles notées dans les derniers accidents identifiés.

Lire aussi - "Cessez immédiatement de les conduire" : Citroën rappelle 181.000 véhicules dont une centaine à La Réunion

- Liste incompète -

Mais la campagne de rappel interroge. Dans un communiqué de presse publié ce lundi, le cabinet de maître Charles-Henri Coppet, avocat spécialisé en droit du dommage corporel qui accompagne dix victimes blessées et sept familles de victimes décédées, s'interroge sur le manque de transparence des marques automobiles concernées.

 "Une liste de 19 marques automobiles" était disponible sur le site du ministère des Transports depuis le 9 janvier, "composée de 19 liens renvoyant aux pages « Rappels » de chaque constructeur", souligne le communiqué.

"Le 17 janvier, les informations en ligne sur le site du Ministère sont modifiées", s'interroge-t-il. "Les liens de vérification par marque sont alors proposés distinctement selon 4 «catégories» : France hexagonale, Guadeloupe, Guyane, Martinique, et La Réunion", ajoute-t-il. "Selon les informations en ligne, seules 8 marques automobiles sur les 25 listées permettraient de vérifier un véhicule sur 4 départements d’outre-mer", dont 15 marques sont vérifiables sur 25 en Guadeloupe, 13 en Guyane, 11 en Martinique, et 11 marques sont vérifiables sur 25 à La Réunion.

"Cela veut-il dire que les vérifications effectuées par les automobilistes ultra-marins depuis des mois ne valent rien car les listes qui circulaient ou les liens disponibles sur les sites des constructeurs, ne concernaient que l’hexagone ou un département en particulier ?", demande maître Charles-Henri Coppet.

Une situation incompréhensible pour Pierre Fite. "La liste des véhicules concernés est incomplète. Quand on sait qu'il y a eu encore un décès fin 2024 sur un véhicule qui ne faisait pas partie de la liste de rappel, ça interroge", dit-il.

"C'est incroyable qu'aujourd'hui des milliers de véhicule soient encore en circulation. On est incapable de tous les remplacer, alors que cela fait presque dix ans qu'ils sont au courant de ces défaillances, et certains automobilistes ne sont même pas au courant du danger", s'indigne Pierre Fite.

Dans ce contexte, le cabinet d'avocat réclame la publication d’une liste des marques et modèles concernés "par l’équipement d’un airbag défectueux Takata, par les pouvoirs publics, au regard du manque de transparence et des rappels chaotiques effectués par les constructeurs".

Il demande aussi que "les constructeurs soient tenus à un décompte régulier et rendu public, qui indique le nombre de véhicules concernés, réparés, encore en circulation, mais aussi les modèles de façon précise".

- "Mise en danger délibérée de la vie d’autrui" -

En parallèle, l'UFC-Que Choisir, première association de consommateurs en France, a décidé de porter plainte contre Stellantis et Citroën.

"La gestion tardive et à géométrie très variable des rappels de véhicules opérés en France par le groupe Stellantis demeure totalement incompréhensible, tout comme le manque d’initiatives efficaces de la part des pouvoirs publics pour pallier la conduite calamiteuse, par ce constructeur, de ses rappels", écrit l'association.

Elle reproche à Stellantis d'avoir "attendu mai 2023 et plusieurs décès ultra-marins pour lancer sa première campagne de rappel en outre-mer, puis encore deux accidents, dont un mortel dans les Pyrénées, pour initier, de façon totalement désorganisée, et tout aussi précipitée que sous-dimensionnée, celle engagée en métropole".

L’association de consommateurs a déposé plainte devant le procureur de Versailles pour "pratiques commerciales trompeuses", "tromperie aggravée", et "mise en danger délibérée de la vie d’autrui".

Ces initiatives, qui se multiplient, sont un bon signal pour le conjoint d'Emmanuelle Sauger-Fite. "Ce qui est sûr c'est que maintenant ça bouge. Il y a trois ans, beaucoup faisaient la sourde oreille, et accusaient les gens d'un mauvais entretien", rappelle Pierre Fite. "Ca commence à changer, mais cela aurait dû être fait il y a dix ans."

Sa plainte est, elle, en instruction depuis trois ans. "J'espère que ces nouvelles plaintes vont accélérer les choses, pour les familles et les victimes", espère-t-il.

"J'attends que les responsables soient présentés à la justice. Ca ne ramènera pas ma conjointe, mais on en a besoin. Il faut que les morts s'arrêtent, ce n'est pas normal que des familles continuent d'être endeuillées parce que les dirigeants de Stellantis n'ont pas pris leurs responsabilités", lance-t-il.

- Qui est concerné par ce rappel ? -

- Si votre véhicule a été construit entre 1998 et 2019 : vérifiez vos courriers ou contactez le constructeur pour vérifier si vous êtes concerné (renseignements sur ce lien)

- Si oui, contactez au plus vite un réparateur/garagiste de la marque de votre véhicule pour effectuer le changement d’airbags ;

 La réparation est gratuite et rapide (immobilisation du véhicule inférieure à une demi-journée).

Dès lors que les garages sont mis au courant, "on peut intervenir immédiatement chez les clients (pour une opération qui peut durer de deux heures à une demi-journée) ou alors on vient chercher le véhicule avec un remorqueur pour traiter le problème avant de restituer la voiture", précisait le Fabrice Morin, PDG de Citroën Réunion lors d'un précédent entretien.

as/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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4 Commentaires
Pierrot 974
Pierrot 974
2 mois

@LE PIGEON
Idem pour ma C4 à seulement 40 000 kms.
Paraît que le réservoir ne tenait pas la pression...
Facture de 1000 € à la concession de St Denis.
L'ADBlue est une pure arnaque.

Le pigeon
Le pigeon
2 mois

Bonjour a tous les lecteurs .Peut-on aussi parler du systéme Adblue .Car c'est mon cas il y a exactement 3 ans que j'ai dut changer de réservoir ce qui n'est pas donné pour la réparation .et voila 3 ans aprés avec 90.000 km au compteur .Re échange avec une somme trés importante . Je me pose la Question a savoir s'il y aurait personne pour nous aider ? quand on est Personne âgées et retraité , en attendant une réaction des personnes se trouvant dans la même situation que moi .Merci de publier mon commentaire .

Pierrot 974
Pierrot 974
2 mois

Ils savaient et ont préféré des morts à stopper l'installation de ces airbags. Merci les constructeurs et les concessionnaires !
Sachant que les coûts d'entretien des véhicules à la Réunion sont le double de ceux pratiqués en métropole, nous devons nous attendre à des factures encore plus épicées. Car, au final, c'est toujours le client qui paye et paiera le coût des rappels.

Ragnar
Ragnar
2 mois

J'ai e un rappel en 2016 pour mon véhicule US de 2011 ! Il en aura fallu du temps et des victimes en Europe pour qu'ils se réveillent ! c'est honteux