L’addiction s’installe à La Réunion

Cocaïne : une campagne de prévention (largement) insuffisante face à une consommation banalisée

  • Publié le 4 décembre 2024 à 13:29

Ce mardi 3 décembre 2024, la préfecture de La Réunion et l'Agence régionale de santé ont lancé une vaste campagne de prévention "La cocaïne lais spa li trap a ou". Une campagne limitée à la période des fêtes de fin d'année et à certains lieux. Bien insuffisant, alors que la cocaïne touche tous les milieux et des réunionnais de plus en plus jeunes et devient totalement banalisée (Photo : sly/www.imazpress.com)

La préfecture avançant l'argument que "les fêtes peuvent être propices aux consommations à risque".

"Ce n'est pas pour autant que l'on oublie les autres milieux", tient à préciser Frédéric Sautron, sous-préfet de La Réunion. Écoutez.

- Cocaïne, de la fête à la dépendance incontrôlable -

La cocaïne circule à toute heure, toute semaine, toute période de l'année, pas seulement pendant des soirées festives.

Jonathan a 36 ans. Actuellement hospitalisé au service addictologie du CHU Nord, c'est il y a six ans que le Réunionnais plonge dans la cocaïne. S'il a débuté en soirée, c'est dans sa chambre, seul, qu'il consommait jusqu'à 5 grammes par jour.

Pour lui, "il faudrait faire une campagne choc pour expliquer la vie avec la cocaïne". "Ici, les jeunes en fument de plus en plus, c'est la dégringolade et ce n'est pas bon".

Le directeur de l'Agence régionale de santé lui-même l'avait déclaré le 12 septembre 2024. "Nous sommes passés d'une consommation festive à une consommation quotidienne" s'inquiète l'ARS en notant que le phénomène touche aussi les personnes "qui n'ont pas beaucoup de moyens financiers".

"La cocaïne et le crack sont en train de gangréner de nombreux quartiers de l'île", interpelle le Docteur David Mété.

"Ce qui était exceptionnel auparavant est devenu commun", ajoute l'addictologue.

- Une campagne loin d'être suffisante -

Certes une campagne télévisée avec de spots de prévention sur les dangers associés à la consommation de cocaïne et des affiches dans les milieux festifs - seulement jusqu'au 8 janvier 2025 - c'est bien, mais c'est malheureusement loin d'être suffisant.

"C'est bien sûr insuffisant cette campagne mais ça a le mérite d'exister", tient à souligner le Docteur David Mété, chef du service addictologie du CHU Nord. "Il y a eu une réaction rapide des autorités pour prendre la mesure de la situation."

Il le dit, "la campagne n'est qu'un élément sur un ensemble de mesures pour essayer d'endiguer ce phénomène". Écoutez.

Frédéric Sautron, sous-préfet, concède que "c'est une campagne certes ponctuelle mais il y a des actions des services de l'État permanentes".

"Le préfet en a fait un cheval de bataille que cette envie de vouloir lutter contre cela car la société réunionnaise est menacée par ce fléau", ajoute-t-il. Écoutez.

- La dépendance à la cocaïne : un phénomène sous-estimé -

Les effets de la cocaïne sont puissants et ne durent pas très longtemps.

L'envie est forte de recommencer et une dépendance peut s'installer rapidement, parfois dès la première prise ou dans un contexte de consommation occasionnelle.

C'est encore plus vrai s'agissant du crack qui crée une dépendance de manière quasi immédiate.

Une grande partie des usagers de cocaïne sous-estiment leur dépendance au produit et ne se considèrent pas comme addicts. Les usagers ont donc peu recours aux services hospitaliers d'addictologie ou aux centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), ce qui entraîne des retards de prise en charge.

La consommation de cocaïne peut entraîner de nombreuses complications sévères pouvant aller jusqu'au décès : troubles neurologiques (AVC), cardiologiques ou vasculaires (infarctus), détresse respiratoire majeure, décompensation psychiatrique ....

Les effets somatiques associés à la prise de cocaïne peuvent apparaître dès la première prise ou pour un usage même occasionnel.

Les modes de consommation de la cocaïne vont également favoriser la propagation de maladies infectieuses. En effet, les usagers vont souvent partager le matériel pour« sniffer » la cocaïne (billet de banque, carte bancaire, paille ...) avec un risque important de transmission de certaines maladies : VIH, hépatites ...

Par ailleurs, la consommation de cocaïne demande un budget conséquent et la perte de contrôle des consommations peut rapidement pousser certains usagers vers une précarisation et un isolement social.

Lire aussi - Addictions : la consommation de coke explose à La Réunion

- La cocaïne : un enjeu sanitaire et sociétal à La Réunion -

Il faut rappeler qu'à La Réunion, en 2024, plus de 200 personnes ont été admises dans les services d'addictologie de l'île pour consommation de cocaïne, soit une augmentation de 20% en trois ans.

En moyenne, 5% des personnes accompagnées par les services d'addictologie, le sont pour une consommation de cocaïne (motif d'accompagnement principal ou consommation secondaire)

Plus de 30 patients suivis pour une consommation de crack en 2024 (0 en 2022).

Il est également constaté une hausse de 85 % des saisies de cocaïne entre 2022 et 2024.

"L'État ne reste pas inactif. Nous avons les opérations place nette, plus de 50 kilos de cocaïne saisis d'ici la fin de l'année à la douane", note le sous-préfet.

Si la consommation augmente, l'arrivée de ces produits à La Réunion pose aussi question. Les chiffres indiquent une hausse à la fois des saisies de produits stupéfiants et des infractions à la législation sur les stupéfiants depuis quelques années et en particulier pour la cocaïne.

Les modes d'approvisionnement à La Réunion évoluent également avec des produits qui arrivent principalement par voie postale mais également de plus en plus fréquemment via des passagers aériens qui transportent la cocaïne à corps ou dans des ovules ingérés.

Les détentions dans les prisons de l’île de dealers, réels ou supposés, sont également en forte augmentation. Ce n’est plus une mode, c’est un véritable changement sociétal.

ma.m/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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5 Commentaires
Drogue zoreil
Drogue zoreil
3 mois

Il faut punir sévèrement les mules qui emmène cette merde( drogue zoreil) à la réunion

Oui
Oui
3 mois

Ou l'on voit bien que la politique du tout répressif menée en France depuis 40 ans est tres efficace.

Continuons à nous croire plus intelligents que les autres.

Réprimons, reprimons, reprimons.... c'est ce que l'on sait faire de mieux

Michele
Michele
3 mois

Ça c'est la conséquence ! Quels moyens pour les causes la Réunion est une île la cocaïne arrive par mer ou par air ce n'est pas sorcier. Il faut renforcer les contrôles et les enquêteurs pour éradiquer les trafiquants

bibi
bibi
3 mois

legalisation du zamal et concentration des fdp sur les drogues dures! stoplaprohibition.fr

pouet
pouet
3 mois

C'est venu avec les teuf, ces gens sont horribles. Il faut qu'ils rentrent chez eux, ils n'ont rien a faire ici a part pourrir l'environnement, les gens, la culture. C'est a l'école d'art que ça se passait, des minables, pas tous évidemment, mais les teufeurs, au secours.