Précautions sanitaires

Cas de choléra aux Comores : Mayotte et La Réunion en vigilance renforcée

  • Publié le 6 février 2024 à 06:39
  • Actualisé le 6 février 2024 à 10:30

Des foyers de choléra ont été détectés ces dernières semaines dans les pays d'Afrique de l'est et notamment aux Comores. Aucun cas n'est recensé à Mayotte, mais la vigilance contre la maladie a été renforcée par l'ARS. La région de Boeny à Madagascar a décidé de suspendre ses liaisons maritimes et aériennes avec Mayotte et les Comores par crainte d'une contamination. Cette alerte au choléra intervient alors que Mayotte est secoué depuis des semaines par une violente et profonde crise sociétale. À La Réunion, "si le risque épidémique est extrêmement faible, des personnes malades peuvent arriver" indique l'ARS (Photo d'illustration : rb/www.imazpress.com)

Le jeudi 1er février, les Comores ont déclaré officiellement la présence de cas de choléra dans le pays. Selon un article de la Gazette des Comores publié ce lundi 5 février "au moins sept personnes sont hospitalisées et deux décès sont à déplorer".

Il s'agit des premier cas signalés dans le pays depuis 17 ans.

Les chiffres ont été donnés lors d'une une conférence de presse tenue samedi 3 février par le directeur général de la santé, le docteur Saindou Ben Ali Mbae.

Cité par la Gazette des Comores, il a déclaré "à ce jour cinq patients sont pris en charge au CHRI de Sarnbakuni à Ngazidja et deux autres à Mohéli. "Tous répondent bien au traitement et leur état de santé s'améliore. Nous déplorons malheureusement deux décès".

Selon les informations données par le docteur Saindou Ben Ali Mbae, le cas de choléra ont recensés sur "le bateau Wastoi Safari arrivé de la Tanzanie le 30 janvier 2024".

"Les patients et les malades pris en charge sont tous des passagers" de ce navire a précisé le scientifique.

"Des équipes d'investigation continuent leurs recherches et suivent l'état de santé du reste des passagers et membres d'équipage qui ont d'ailleurs reçu un traitement préventif" selon la Gazette .

Le bateau comptait 25 personnes dont 11 passagers et 14 membres d'équipage. Le directeur de la lutte contre la maladie Dr Naouirou Mhadji précise dans les colonnes du site comorien d'information que "les investigations continuent afin de répertorier tous les cas contact possible afin de rompre la chaine propagation."

Le choléra est une infection digestive bactérienne aiguë se manifestant principalement par des diarrhées.

Si de nombreux cas ne présentent pas ou peu de symptômes, les risques de complications sévères existent. La bactérie se transmet par ingestion d'une bactérie disséminée dans l'environnement (eau, aliments) par les personnes porteuses, qu'elles soient ou non symptomatiques.

- Un risque faible à La Réunion mais pas inexistant -

Contactée par Imaz Press, l'Agence régionale de santé de La Réunion le dit : "Nous sommes alertés de la situation aux Comores et en Afrique de l’est." "Si le risque épidémique est extrêmement faible à la Réunion, des personnes malades peuvent arriver dans notre île", ajoute l'agence de santé.

Dans ce cas, l'ARS "mettra en œuvre une information aux professionnels de santé - dont les services d’urgence - et elle informera les voyageurs à destination ou en provenance des Comores".

Les actions prévues par l’ARS sont les suivantes : sensibilisation des voyageurs en provenance des Comores avec un affichage à l’arrivée sur l’aéroport pour chaque avion (un par semaine), ainsi qu'une nformation des personnels soignants, du SAMU et du SDIS sur la gestion de cas isolés provenant des Comores ou de Mayotte, ou d’Afrique de l’est.

Mais alors, comment s'en prémunir ? "Dans un département comme La Réunion, avec une hygiène de vie et une eau potable, le risque d’épidémie est quasi nul", répond l'Agence régionale de santé.

Si "la contagiosité est forte chez les personnes dénutries dans des régions aux très mauvaises conditions d’hygiène sans eau potable, ce qui n’est pas le cas à La Réunion", poursuit l'ARS.

- "Aucun cas signalé" pour le moment à Mayotte -

Dans un communiqué publié le vendredi 2 février, l'ARS de Mayotte a souligné, "qu’à ce jour, aucun signal de choléra n’a été détecté à Mayotte".

Elle ajoute "considérant ces informations, et afin de prévenir toute émergence du choléra à Mayotte, des moyens de vigilance renforcée sont engagés à compter de ce jour."

Pour anticiper l'arrivée potentielle de cas de choléra sur son sol, Mayotte "a demandé le soutien des réseaux de veille sanitaire internationaux", explique à Imaz Press le docteur Maxime Jean, conseiller médical en maladies infectieuses et tropicales à l'ARS de Mayotte.

L'agence régionale de santé préconise "non pas la mise sous cloche" mais "la sécurisation à l'arrivée des voyageurs en provenance des Comores - que ce soit par voie aérienne ou par voie maritime -, avec un contrôle sanitaire renforcé et des messages sur la conduite à tenir si le voyageur développe des symptômes".

S'il n'existe pas de test de prélèvement dès l'arrivée sur le territoire mahorais, tout est fait en amont pour assurer la sécurité sanitaire, affirme le docteur Maxime Jean.

"Depuis le début de la crise de l'eau, l'ARS a mis en place un système de surveillance, l'incubation de la maladie est assez courte et nous avons un diagnostic en huit heures" ajoute le scientifique.

L'Agence régionale de santé teste aussi les eaux usées en permanence. "À chaque contrôle on surveille la présence de choléra et jusqu'à aujourd'hui nous n'avons rien", indique le docteur Maxime Jean.

De même, dès lors qu'une personne se présente chez son médecin avec des diarrhées, "un test de ses selles est fait et l'on recherche systématiquement le choléra"note le scientifique

"En tout cas, aucune personne symptomatique ne met le pied à Mayotte sans avoir fait un passage au Centre hospitalier de Mamoudzou (CHM) dans un transport sécurisé" dit-il encore.

- Des mesures de prévention à mettre en place -

Meilleur moyen pour éviter que la maladie contamine l'île, "boire l'eau en bouteille et se laver les mains", rappelle le Docteur Maxime Jean.

Dans les quartiers plus reculés et défavorisés, l'ARS Mayotte est en contact permanent avec un réseau d'associations de santé qui se situent au sein de chaque village.

"Bien sûr c'est contagieux mais avec un accès à l'eau sécurité de Mayotte et le réseau d'assainissement, le choléra n'a pas le pouvoir de contagion de la rougeole."

Pour une personne qui serait touchée par le choléra, premier moyen pour se soigner : "boire de l'eau, se réhydrater".

"Généralement les personnes décèdent de déshydratation. C'est pourquoi nous traitons les patients sévères par traitement intraveineux et par antibiotiques afin de compenser ce que les gens perdent en déshydratation", précise le conseiller médical en maladies infectieuses et tropicales.

En 2001, trois cas de choléra avaient été confirmés et une personne était décédée à Mayotte.

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- Mayotte en vigilance -

L'alerte concernant la propagation du choléra vient alors que Mayotte est en proie depuis plusieurs jours à une crise grave générée par la colère des habitants face à la montée inexorable de l'insécurité et de la délinquance.

Des barrages sont érigés par la population en signe de protestation contre ce qu'elle qualifie d'abandon du département par l'État français.

Les déplacements sur l'île sont extrêmement compliqués puisque aux barrages des habitants s'ajoutent ceux érigés par des jeunes voulant en découdre avec les forces de l'ordre et les habitants eux-mêmes.

Même les services de secours et de ramassage des déchets sont entravés. D'autant que ces déchets, s'ils traînent, "peuvent être un risque pour le choléra, la dengue ou encore le paludisme", note le médecin.

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- Une région de Madagasscar suspend ses liaisons avec Mayotte et les Comores -

A Madagascar, la région de Boeny (au nord-ouest de la Grande Île) situé e à proximité des iles comorienns, a pris des mesures préventives en suspendant les liaisons maritimes et aériennes avec Mayotte et les Comores pour deux semaines.

Une note du gouvernement spécifie seuls les navires de commerce sont autorisés à accoster. Les équipages et les passagers devront efffectuer une quarantaine de 15 jours après une intervention des médecins aux frontières avant l’accostage.

Du côté des transports aériens, tous les vols en provenance de Mayotte sont suspendus. Des dispositifs de lavage des mains dans les aéroports et les ports, ainsi que la désinfection des bagages sont mis en place.

"À ce jour, aucun cas de choléra n’a été enregistré à Madagascar mais la vigilance est de mise. Le ministère de la Santé publique mènent déjà des campagnes de sensibilisation au choléra sur les réseaux sociaux" écrit madagascar-tribune ce lundi.

Le site d'information note que "la dernière épidémie de choléra dans le pays remonte en 1999".

Un premier cas avait été signalé au port de Mahajanga. La maladie s'est ensuite propagée par la suite dans toutes les régions de l’île faisant 1.300 morts et 25.000 personnes contaminées" relate madagascar-tribune.

Interrogée par Imaz Press, Air Austral précise ce lundi : "Nous sommes pour moment suspendus aux décisions de l’ARS de Mayotte entre autres et des autorités mais c’est un sujet qui est pris très au sérieux et que nous suivons de très près. Nous avons eu en effet des réunions à ce sujet ce week-end."

Du côté de la compagnie Corsair, il est indiqué que "Corsair suit attentivement l'évolution de la situation et se tient à la disposition des autorités sanitaires pour instaurer les mesures nécessaires sur la ligne DZA-RUN le cas échéant".

www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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1 Commentaires
Mi di Mi pense
Mi di Mi pense
2 semaines

Dubitatif ?

ARS, une structure qui présente la méfiance rouge ...
Fermeté à la PAF aux arrivées point final