Démographie (actualisé)

Peur de l'avenir, manque de moyens ou d'envie : ces Réunionnais.e.s qui ne veulent pas avoir d'enfants

  • Publié le 13 février 2024 à 17:05
  • Actualisé le 3 mars 2024 à 12:33

La baisse de la natalité est sur toutes les lèvres en ce moment. Ou, en tout cas, sur celles du gouvernement. Alors que le nombre de naissances baisse d'années en années, Emmanuel Macron a appelé à un "réarmement démographique" de la Nation, mais le Président ne semble pas saisir pourquoi exactement les naissances sont en baisse. Difficultés financières, futur incertain, anxiété face au devenir de l'environnement, ou tout simplement un non-désir d'enfant : les facteurs sont nombreux pour expliquer cette baisse (Photo rb/www.imazpress.com)

Si le taux de fécondité à La Réunion est plus élevé que dans l'Hexagone, avec 2,4 enfants par femme contre 1,8 au niveau national, les naissances sont aussi en baisse dans l'île.

Entre janvier et septembre 2023, 9.870 enfants sont nés de mères domiciliées à La Réunion, soit 400 de moins qu'entre janvier et septembre 2022.

Les raisons de cette baisse sont complexes et multifactorielles, et seules des études à grande échelle pourraient répondre de façon formelle au pourquoi de cette baisse.

Imaz Press Réunion a tout de même tenté de comprendre les diverses raisons qui poussent les jeunes aujourd'hui à hésiter, voire carrément à refuser de faire des enfants.

"Le monde dans lequel on vit ne me donne pas du tout envie d'avoir des enfants. Je ne prévois pas du tout d'en avoir, tout est trop cher, je n'aurais pas les moyens de m'en occuper correctement" explique Charlotte*.

"Il y a aussi beaucoup trop d'enfants abandonnés à mon sens. Si je devais avoir un jour assez d'argent pour que mon enfant ne manque de rien, j'envisagerai peut-être d'adopter, mais pour le moment ça ne me semble pas concevable" témoigne-t-elle.

Alors que l'inflation crée de plus en plus de difficultés financières, particulièrement chez les jeunes, se projeter dans l'avenir avec des enfants – et donc de lourdes charges – semblent freiner plus d'une personne.

"Avec mon compagnon on arrive à peine à s'en sortir correctement avec nos deux salaires, je ne vois pas comment on peut ajouter un enfant à l'équation. Ou alors il faut accepter de prendre le risque d'avoir un enfant en risquant qu'il manque de certaines choses, et ça c'est inenvisageable pour moi" affirme Sabrina.

- Pas de crèche, Education nationale en lambeaux -

"On ne voit vraiment pas le bout du tunnel, tout est toujours plus cher, comment est-on censé se projeter ? Le Président veut qu'on fasse des enfants, mais il n'avance aucun plan de natalité pour permettre aux couples de fonder une famille sereinement" peste la jeune femme de 28 ans.

L'accès à un logement correct, par exemple, semble de plus en plus inenvisageable. "Quand on voit le prix des loyers aujourd'hui, où un appartement trois pièces coûte près de 1.200 euros dans certaines communes, c'est complètement délirant. Qu'est-ce qu'on fait alors, on élève un enfant qui n'aura pas de chambre ?" fustige Sabrina.

Le manque de structures pour la petite enfance est aussi un grand sujet de préoccupation. "J'ai des amis qui, à peine l'enfant né, l'ont déjà inscrit en crèche pour espérer avoir une place" raconte-t-elle par ailleurs. "Que fait-on si on n'en trouve pas ? On démissionne, on prend un congé sans solde ? Ce n'est pas viable de vivre sur un seul salaire" souffle-t-elle.

La situation des écoles n'est guère plus réjouissante pour certains. "Je travaille en collège, autant vous dire que je vois la catastrophe qu'est devenue l'Education nationale" affirme Mathieu*.

Professeur de mathématiques, il n'a jamais voulu d'enfant et cela n'a jamais été dans ses plans. "J'adore les enfants, mais pas pour moi. Et honnêtement quand je vois l'état de l'école, ça n'aide pas à me faire changer d'avis" sourit-il amèrement.

"Le Président parle de réarmement géographique, mais quels moyens avancent-ils, à part la modification du congé parental ? De l'argent pour les crèches, des aides pour les nouveaux parents, des aides financières pour les assistantes maternelles, une augmentation de salaire pour ces dernières, la réouverture de postes d'enseignants ? Je n'ai rien entendu de tout ça."

- La peur du futur –

"Vous vous voyez avoir des enfants dans le monde dans lequel on vit ? Pas moi" lance Julie. "Le monde est trop instable" abonde Ségolène.

La succession des conflits internationaux, le dérèglement climatique, la peur du futur tout simplement semblent être de véritables freins à l'envie de fonder une famille. "A tout moment la France s'engouffre dans une troisième guerre mondiale, et après ? C'est dans ce monde-là que je suis censée élever des enfants ? Hors de question" dit fermement Julie.

Et puis, finalement, il y a ceux qui n'en veulent tout simplement pas…par choix. "Je n'ai jamais voulu d'enfant, j'aime ma liberté, je ne me sens pas de réorganiser tout mon monde autour de celui d'un enfant" avoue Mathieu.

Ces déclarations du Président n'ont en tout cas pas manqué d'inquiéter les milieux féministes. Alors que la constitutionnalisation de l'IVG tarde, que le président du Sénat s'est prononcé contre, et que les rhétoriques natalistes refont surfaces, nombreuses sont les militantes à réaffirmer leur droit de ne pas enfanter.

On peut aussi s'étonner de cette obsession du Président, qui était jusqu'alors réservée à l'extrême-droite qui s'inquiète d'un "grand remplacement". Comprendre : il faut plus de bébés "Français".

Une sortie d'autant plus étonnante qu'il y à peine quelques mois on encourageait les femmes mahoraises à se faire stériliser, ces dernières enfantant trop au goût de l'ARS, comme nous l'écrivions déjà en mai 2023. Une annonce qui avait – à raison – indigné nombre de militantes, et qui en devient d'autant plus douteuse après le discours d'Emmanuel Macron.

Finalement, les réponses à ce réarmement démographique semblent assez simple : plus de moyens pour les nouveaux parents, une meilleure qualité de vie, des écoles et établissements scolaires fonctionnels…Mais aussi laisser les femmes ne désirant pas enfanter faire leur propre choix.

as/www.imazpress.com / redac@ipreunion.com

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4 Commentaires
Pomme
Pomme
2 semaines

Ils nous font chier les gosses après ils ont aucun esprit de famille tout pour leurs pommes

Cécile
Cécile
2 semaines

Réarmement géographique???

Tiennot
Tiennot
2 semaines

C’est surtout que ça sert à rien

Missouk
Missouk
2 semaines

Comme je les comprends... Entre l'état du globe, les conflits armés, la précarité, quel avenir proposer aujourd'hui à ces enfants ?