Témoignages

Incestes : viols, silence, plaintes... les victimes "condamnées à perpétuité"

  • Publié le 28 juin 2023 à 16:11

Elles et ils s'appellent Lubna, Nathalie, Aliane ou encore Nicolas… Tous ont été victimes de violences sexuelles dans leur enfance. Une enfance marquée par l'inceste, les viols, mais également et surtout le silence, la destruction et parfois la plainte. Des hommes et des femmes qui, à l'occasion de la venue de commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants à La Réunion (Ciivise), ont accepté de livrer leur témoignage. Des témoignages pour libérer la parole et faire en sorte que plus jamais des enfants n'aient à vivre cela. Certains, qui se sentent "condamnés à perpétuité", ont accepté de se livrer à Imaz Press (Photo : ma.m/www.imazpress.com)

Ce mardi du 27 – rassemblés à l'Université de La Réunion (et ce 28 juin à Saint-Pierre), ils et elles ont pu prendre la parole face aux membres de la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise).

- "Nathalie : "ils m'ont tout pris"-

Nathalie Rivière a 40 ans. Elle nous raconte son vécu. "J'ai eu un vécu assez complexe et subis plusieurs agressions dans ma vie, dont la première à deux ans et demi par le fils de ma nounou qui avait 25 ans", dit-elle.

"Je suis née aussi dans une famille incestueuse. Mon grand-père, mon frère ont fait des attouchements pendant ma jeune enfance. Et quand j'ai dénoncé mon frère je me suis retrouvée au même titre que lui, placée en famille d'accueil. Et au lieu d'être protégée de lui, on m'a jeté dans la fosse au lion", clame-t-elle avec colère. En colère car Nathalie a également été abusée par deux garçons de sa famille d'accueil. "Le jeu qui les amusait bien c'était de coucher avec la première fille de la DASS qui arriverait… J'avais 10 ans."

"Toutes mes années de collège, de lycée, je suis restée sous emprise." "Ça m'a détruit", témoigne Nathalie. "J'ai 40 ans et il ne s'est rien passé dans ma vie. J'ai vécu une double vie infernale, ils m'ont tout pris." "J'avais sauté une classe, j'étais intelligence, championne d'échec et même ça ils m'ont privé de ça."

"C'est moi qui paye l'addition. Même les prisonniers ont un programme de réinsertion. Et nous, il est où notre programme des victimes ?", s'interroge-t-elle. "Vous pensez que c'est facile après ça d'avoir une vie. Mon corps ne m'appartient pas." "Ça me ronge tellement", ajoute Nathalie. "Vous savez ce que c'est de ne pas pouvoir dormir la nuit, ne pas se sentir en sécurité. Personne ne s'imagine ce qu'on prend à un enfant quand on touche son intégrité."

Nathalie, victime, dénonce également l'inaction lorsqu'elle s'est présentée pour porter plainte. Il aura fallu plusieurs reprises à Nathalie pour pouvoir déposer plainte. "Il y avait toujours plus urgent que moi."

"J'ai porté plainte il y a huit ans contre mes agresseurs, mais même là on m'a fait comprendre qu'il fallait me les mettre sous le bras."

"Comment se révolter quand le monde n'est pas prêt à vous écouter", s'insurge-t-elle, elle qui a une fille. "Je ne veux pas que ma fille grandisse dans un monde comme ça."

"Je suis tellement révoltée par le système", témoigne Nathalie.

- Lubna, violée par son frère à 4 ans -

Lubna a elle aussi été victime. Victime de son frère. "J'ai subi des violences sexuelles par mon frère dès l'âge de quatre ans", nous confie-t-elle.

"Mais je n'ai jamais parlé à personne. Quand je l'ai fait, ça a été dur pour les autres de me croire. Du coup j'ai appris à vivre avec. J'ai dû faire comme si de rien n'était."

Mais à 25 ans, Lubna a un déclic. "J'ai dit la vérité et là j'ai éclaté en pleurs", témoigne la mère de famille. "Il a nié et dit que c'était faux devant mes parents. Ma mère était perdue."

À 37 ans, Lubna devient maman. Après l'accouchement, la jeune maman, son passé lui est revenu en pleine face. "Alors que j'essayais d'oublier, tout est revenu. Moi la maman qui voulait protéger mon fils, car j'ai vécu ça quand j'étais bébé", dit-elle. La victime qui vit d'autant plus à côté de son bourreau. "Tous les jours je l'entendais, quand j'ouvrais la fenêtre je le voyais, quand je fermais la porte je le voyais."

Mais Lubna a trouvé la force – grâce à ses enfants –, de porter plainte. "Cela fait deux. Suite à cela, tout le monde m'a tourné le dos", confie-t-elle.

Une démarche que la victime a fait non pas pour elle, mais surtout pour protéger les enfants.

Une force et un courage qu'elle a pu trouver également auprès de l'association Écoute-moi, protège-moi, aide-moi (EPA). "Ça m'a permis de me libérer, de me dire que je ne suis pas seule."

- De nombreuses victimes -

Nathalie et Lubna ne sont pas les seules victimes à La Réunion. "J'ai 47 ans et je commence seulement à m'apaiser", témoigne une femme victime dans son enfance.

Nicolas, 51 ans, a lui aussi été victime. "J'ai été violé de mes 5 à 7 ans par mon cousin et je n'en ai jamais parlé avant." Vers 11 ans, Nicolas est touché par ce qui s'appelle l'amnésie traumatique. "Les souvenirs commençaient à s'estomper." "Mais un jour, mon cousin est venu faire son service militaire et a passé le week-end chez nous. Là, tout m'est revenu", témoigne-t-il.

Images, sommeil bousillé, "on est condamné à perpétuité", dit-il. Il avoue même en avoir parlé à sa femme bien plus tard, "ce qui a failli détruire notre couple".

L'an dernier – sur les conseils de son épouse – Nicolas s'est mis à écrire. "J'ai décidé d'écrire ce que j'ai vécu et c'est comme ça que j'ai pu mettre des mots."

Aliane, 50 ans, a été violée à trois reprises et victimes de violences dans son enfance. "L'an dernier j'ai eu le réveil de ma mémoire traumatique", dit-elle.

Un autre homme prend la parole. Lui a été violé à l'âge de 12 ans dans son école de voile à Tahiti. Lui aussi a fini par écrire pour mettre des mots sur ses souffrances.

Si vous êtes victimes de violences conjugales, vous pouvez contacter le 3919, le numéro national de référence d’écoute téléphonique et d’orientation à destination des femmes victimes de violences. Des conseillers sont disponibles 24h/24. La Réunion est le quatrième département français en matière de violences intrafamiliales.

En cas d'urgence, le seul numéro à composer est celui de Police Secours.

Le 112, numéro d'urgence européen
Le 114 pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques, dysphasiques
Le 115 pour la mise à l'abri pour un hébergement d'urgence
Le 15 pour les urgences médicales, ou le 18
Le 119 pour les enfants en danger
Le 08 019 019 11 pour les auteurs de violences conjugale

Vous pouvez signaler des faits de violences intrafamiliales en ligne, directement auprès du commissariat ou de la gendarmerie la plus proche sur le www.service-public.fr/cmi Anonyme et gratuit, ce tchat est accessible 24h/24 et 7j/7 pour échanger avec des policiers ou des gendarmes spécialement formés aux violences sexistes et sexuelles.

ma.m/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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1 Commentaires
HULK
HULK
10 mois

Trop de silences, de complaisances, de lâchetés. Voilà le résultat.Hélas!