Pas la grande ferveur olympique

Les JO 2024 seront "populaires", mais pas pour tout le monde...

  • Publié le 18 mai 2024 à 15:01

Dans moins de trois mois, auront lieu en France, les Jeux olympiques et paralympiques 2024. Vantées pour être "le rendez-vous populaire de l'année 2024" et "accessibles à tous", le Comité et le président Macron veulent croire en leurs rêves. Car oui, la soi-disant "popularité" de ces jeux paraît bien être qu'une vaste utopie alors que peu de Français – en cette période de crise – ne peuvent se payer les billets d'entrer, le logement ou encore le déplacement. Si certains s'offrent ce cadeau – hormis pour les plus riches – c'est au prix de grands sacrifices, que cela soit pour les proches de nos athlètes péi ou pas (Photo d'illustration AFP)

Clamés à chaque discours, les mots "populaires" et "accessibles" ne riment plus du tout avec JO 2024.

Et cela a débuté dès l'année dernière, lors des premières phases de vente de la billetterie. Nombreux sont ceux qui ont exprimé leur frustration face à cette billetterie par tirage au sort, dénonçant des tarifs exorbitants.

De quoi rendre l’addition salée pour une famille aux revenus modestes voulant vivre l'expérience olympique.

- Pour pouvoir aller "au JO… c'est du sport" -

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"Il n'y a pas que la billetterie qui est cher, il y aussi le logement, le transport. Paris 2024 c'est quelque chose de totalement inabordable", lance Claude Villendeuil, président du Comité régional olympique et sportif (Cros).

"Pour moi c'est effectivement onéreux le prix des billets et des places." À l'instar de ce qu'avait pu déclarer Teddy Riner, "la France n'est pas la nation sportive telle que l'on voudrait le faire croire. Par contre on utilise les Jeux pour pouvoir le devenir".

Des Jeux qui impactent aussi nos sportifs locaux, surtout leurs proches, pour qui les places sont également restreintes. On parle de deux places pour les premiers supporters sur l'ensemble des Jeux et pour une seule compétition. Pour le reste… ils devront faire comme tout le monde, payer leur billet pour voir leur enfant, frère, sœur, femme ou mari briller.

"Au Cros, on essaie de rassembler les partenaires locaux pour pouvoir accompagner mais la mobilité et les billets d'avion c'est catastrophique", indique Claude Villendeuil.

"Pour un territoire hexagonal cela paraît simple mais pour les Dom c'est toujours compliqué", souligne Alain Lan Yeung, directeur du Cros Réunion. "Les billets sont chers, et je ne parle pas d'hébergement."

Des élèves de l'Académie devaient d'ailleurs partir voir ce grand rendez-vous sportif. "Si pour le billet ils ont été aidés ils sont confrontés au manque d'hébergement."

Raison pour laquelle "des Réunionnais ont fait le choix de ne pas y aller."

"Avoir une plage, un logement, un billet pour les JO… c'est du sport", s'amuse-t-il.

"Quand un pays organise les Jeux, quel qu'il soit, il dispose d'une partie des billets pour lui et une autre pour les autres pays du monde", explique Dominique Alincourt, président de la Ligue de voile de La Réunion.

Après "il est vrai que pour nous ici à La Réunion, partir aux Jeux c'est très cher". Mais cela ne concerne pas seulement que les Jeux. "Tous les déplacements sportifs coûtent cher."

"Malgré l'engouement légitime, on sait que pour nous ce voyage, plus l'hébergement reste complexe. Ça se mérite d'aller aux Jeux."

Philippe Quest, juge aux JO en athlétisme le dit lui-même, "les JO c'est du business". Mais selon lui, qu'il n'y ait pas de places offertes pour toute la famille ne le choque pas. "Si on commence à distribuer à tout le monde, ça deviendrait encore plus compliqué pour avoir des places pour le public."

Jean-Louis Prianon qui a lui participé aux JO de Séoul en 1988, se souvient "à l'époque c'était déjà cher".

À la Drajes (Direction régionale académique à la jeunesse et au sport), "il va y avoir des mesures prises pour permettre l'accès des JO aux Réunionnais". "

"Les JO c'est l'occasion pour nous de faire la fête du sport, des clubs, des pratiquants", relate Nicolas Vouillon de la Drajes (Délégation régionale académique à la jeunesse, à l'engagement et aux sports).

Et pour ceux qui ne partiront pas, une fan zone sera installée sur la commune de Saint-Paul.

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- La fête de quelques privilégiés -

Le public français serait-il laissé sur la touche ? Pas tous non, mais à voir l'organisation, seuls les nantis pourront assister tranquillement aux épreuves.

Rien que pour la cérémonie d'ouverture qui devait être ouverte au grand public. Auditionné le 5 mars par le Sénat, Gérald Darmanin a expliqué – pour des raisons de sécurité - que les 222.000 billets gratuits ne seront plus ouverts au grand public mais désormais à la discrétion de l’État, des collectivités ou du comité d’organisation.

Si l'État choisit… il est fort à parier que tout un chacun et notamment les français modestes, n'en feront pas partie.

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- Des jeux "populaires" mais pas pour ceux mis dehors -

Dans une tribune du "Monde", un collectif d’associations, dont Médecins du monde, le Secours catholique et Action contre la faim, a interpellé les pouvoirs publics.

Dans un article de 2021 pour le Washington Post, Michael McDougall dénonçait le fait que “Les Jeux olympiques [étaient] une catastrophe pour les personnes qui [vivaient] dans les villes hôtes, soumises à des déplacements et au phénomène de gentrification”.

À Paris, plus de 80 associations et ONGs ont créé un collectif, Le Revers de la médaille, qui s’attelle à dénoncer les déplacements de populations considérées "indésirables", à savoir les migrants, les sans-abri ou les travailleurs et travailleuses du sexe.

À cela s’ajoute la situation des étudiants obligés de quitter leur résidence pendant la durée des Jeux, ce qui a motivé l’ouverture d’une enquête de la part de la Défenseure des droits Claire Hédon.

Quant aux habitants des quartiers dégradés, ils ont été relogés pour faire place nette au village olympique sur l'Île-Saint-Denis, mais souvent trop loin de leur lieu de résidence ou de travail.

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- "On ne pourra pas satisfaire tout le monde" -

L’autosatisfaction comme réponse au mécontentement. Le triple champion olympique de canoë-kayak préfère retenir les millions de billets déjà vendus et continuer à défendre sa politique tarifaire.

"Il y a une telle attente, un tel engouement, que, de toute manière, on ne pourra pas satisfaire tout le monde. On en est désolé", a même lancé, le 9 mars 2024, Tony Estanguet. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Interrogé sur les prix excessifs – comme des places à 690 euros pour des éliminatoires en athlétisme ou à 260 euros pour deux heures de qualifications en gymnastique artistique –, Tony Estanguet s’est défendu en assurant que les Jeux de Paris n’étaient "pas plus chers que les JO de Londres" en 2012.

"Seulement 5 % de nos billets qui sont à 400 euros ou plus et 10 % à 200 euros ou plus, argue Michaël Aloïsio, directeur général délégué de Paris 2024. Mais la perception du grand public n'est pas celle-là. La plupart des gens n'ont vu sur la plateforme que les billets restants, les plus chers, qui ont une durée de vie plus longue que les billets à 24 euros. Aujourd'hui, on a davantage de billets à 50 euros et moins, que l'ensemble des billets d'une Coupe du monde de football."

Selon la société de conseil Asterès, l'organisation des Jeux représenterait un coût total de plus de 11 milliards d'euros, bien loin des 6,8 milliards prévus initialement.

Pour la ferveur et la liesse populaire, il faudra sans doute attendre encore un peu.

ma.m/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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3 Commentaires
Philippe Bonato
Philippe Bonato
1 mois

Tout à fait d'accord !

Mya
Mya
1 mois

C'est la France de Macron. No comment

Saint-Paul Handisports
Saint-Paul Handisports
1 mois

Les jeux paralympiques sont bien moins chers. Le prix des places en "First" est à 100 € max en para athlétisme, para natation ou para tennis pour des finales, 15 à 25 € pour les moins bien placés. Pour le reste des disciplines la plupart entre 15 et 50 €.
En revanche la cérémonie d'ouverture à la Concorde, entre 700 et 150 €.
Le défi sera sur l'accessibilité des transports. La ligne du métro n° 14 quand les ascenseurs fonctionnent, des compagnies de taxi qui ont fortement investi en véhicules adaptés. Reste le prix des billets en période rouge, et le respect du droit européen pour les voyageurs avec un fauteuil roulant, assez inégal selon les compagnies qui desservent La Réunion. Une seule le respecte intégralement…