Opération de l'Etat français

Mayotte : "Wuambushu" pour expulser à tour de bras les étrangers en situation irrégulière

  • Publié le 19 avril 2023 à 02:59

Wuambushu n'a toujours pas été confirmée ni expliquée officiellement par le gouvernement français. Pourtant le compte à rebours est lancé. L'opération commencera dans quelques jours, après la fin du ramadan. Imaginée par Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur et des outre-mer, cette action vise à des expulsions et à la destruction de quartiers d’habitat informel massives. Outre les questions juridiques, sociales, sécuritaires et sanitaires, l'opération d'une envergure exceptionnelle fait aussi planer la menace d’une déstabilisation à l’échelle régionale (Photo gm)

Ce dimanche 16 avril 2023 à Koungou (nord-est de la Grande Terre), il est question de "troisième guerre mondiale" et de "cyclone". Ces qualificatifs sont utilisés pour parler de l’opération promise à bouleverser la vie des habitants de l’île.

Lire aussi : Mayotte : Wuambushu, l’opération de tous les dangers

D'une superficie de 374 km2, Mayotte est aussi densément peuplée que l’Île-de-France. Selon les chiffres de différentes sources, la moitié de la population ne possède pas la nationalité française. La tension est donc à son comble pour ces habitants potentiellement sans titre de séjour.

- "C'est quoi ce bordel ? -

"Ça va être la guerre, peut-être qu’ils (les forces de l'ordre – ndlr) sont prêts mais nous aussi on est prêt" se dit-il dans plusieurs quartiers.

"On ne va pas se laisser faire comme ça, pour l’instant c’est calme parce que c’est le ramadan mais on a la haine" s’insurge Mohamed, Français de 18 ans, dont la mère est en situation irrégulière, dans un quartier de Koungou.

Wuambushu prévoit l'expulsion de 20.000 personnes en deux mois, soit autant qu'en un an "On est censé être en France non ? C’est quoi ce bordel !" lance Mohamed.

Le jeune homme comme tous les habitants de Mayotte, assiste quotidiennement depuis quelques jours à l'arrivée très médiatisée de centaines de membres des forces de l'ordre et au débarquement de matériel et autres véhicules.

Le Raid, le GIGN, des équipes Eris, personnels de surveillance de l'administration pénitentiaire formés pour faire face aux situations de crise, sont déjà sur place. La CRS 8 est attendue comme le sont les renforts venus de La Réunion.

Lire aussi : Expulsions massives en préparation à Mayotte : détails et dessous d'une opération hors normes

Selon nos informations les opérations de déconstruction pourrait commencer à Barakani, situé sur la commune Ouangani (centre de la Garnde Terre). Des procès verbaux de gendarmerie qialifie ce village "d'"enclave protectrice pour les délinquants ESI (situation en situation irréguoière - ndlr) qui s'y réfugient"

Dans le grand Mamoudzou, dans la région nord et dans la commune de Bandrélé (sud-est de la Grande Ile), des enquêtes sociales ont lieu. Ce qui est visiblement annonciateur des décasages à venir.

Selon nos informations les opérations de déconstruction pourrait commencer à Barakani, situé sur la commune Ouangani (

Toutefois, la préfecture de Mayotte n'a pas communiqué sur la publication d'éventuels arrêtés de démolition.

- Garanties juridiques -

Peut-être parce que voulant faire jouer l'effet de surprise - pourtant largement éventé -, les autorités pourraient opter pour d’autres chemins procéduraux.

Il est question d'expulsions décidées par le juge judiciaire pour lesquelles serait sollicitée la force publique et de destructions pour cause de péril imminent.

Il restera alors à régler la question des garanties juridiques proposées aux potentiels expulsés. Plusieurs locaux de rétention devraient ouvrir alors que le centre de rétention administrative de Pamandzi (CRA - Petite Terre), d’une capacité de 150 personnes - dont la moitié expulsée quotidiennement -, ne compte qu'un seul juriste.

En attendant, magistrats, défenseurs des droits humains, organisations internationales comme l’Unicef expriment leurs plus vives inquiétudes et demandent au gouvernement de renoncer à l’opération Wuambushu, faute de garanties.

Lire aussi : Les soignants inquiets face à l'opération Wuambushu

Les enseignants se préparent dans la douleur "à retrouver des classes vides". Les soignants, aussi, imaginent le pire, d’autant que l’île va connaître les restrictions d’eau les plus drastiques de son histoire et que les affrontements semblent inévitables.

- Les Mahorais lésés dans leurs droits -

Les Mahorais sont donc lésés dans leurs droits : celui à une éducation dans des conditions de scolarité normales, de se soigner correctement, alors que seul un hôpital supporte presque l’ensemble de l’offre de soins du plus grand désert médical de France.

"Le nombre de lits représentant à peine 40 % de la moyenne hexagonale, avec 1,56 lit pour 1.000 habitants" détaille un rapport du Sénat datant de juillet 2022.

"L’activité de maternité et plus l’hôpital sont aujourd’hui en surchauffe [...] Le niveau d’activité du centre hospitalier de Mayotte (CHM) reste sous tensions sur ses capacités d’hospitalisation avec certains secteurs plus impactés et qui connaissent des taux d’occupation très élevés bien au-delà de leur capacitaire", souligne encore ce rapport.

L’ensemble des services publics de base est saturé, défaillant. Ainsi, les habitants de l’île sont également privés d’eau - deux coupures de 48h par semaine sont attendues dans les prochains jours - faute de ressource et à défaut de travaux structurants accumulant du retard.

Car il faut faire face à une démographie galopante, avec des besoins croissants de 4,5% par an. Démographie elle-même portée par une natalité élevée : une classe de près de 30 élèves naît chaque jour, essentiellement de mères comoriennes. Côté papas, le chiffre est équilibré entre Mahorais et Comorien.

- L’immigration comorienne cible privilégiée -

À 18 ans, selon la CGT Educ’action, la moitié des élèves quittent le lycée avec une condamnation à l’errance. Pour beaucoup nés à Mayotte et ayant vécu toute leur vie sur le territoire, il leur est cependant impossible de s’inscrire dans l’enseignement supérieur, de s’insérer sur le marché du travail.

Cela en raison des restrictions d’accès aux titres de séjour, lesquels ne permettent pas de se rendre sur le reste du territoire français. À 18 ans, des milliers d’élèves donc basculent dans une "clandestinité forcée".

Dans ce contexte, l’immigration comorienne est la cible privilégiée de l’État, qui expulse près de 25.000 personnes par an depuis 2018 sans que la situation sur place ne s’améliore, bien au contraire.

Les nombreuses disparitions en mer des candidats au retour vers Mayotte alimentent les rancoeurs à l’égard du pouvoir comorien comme du pouvoir français, des deux côtés du lagon. 

- Anjouan ne veut pas des expulsés -

Du coté des Comores, une partie de l'opinion publique fustige le président Azali, coupable selon elle de trahison pour avoir "plié face à la France".

Depuis, le chef de l'Etat comorien, également président de l’Union africaine, a appelé le gouvernement français à renoncer à l’opération.

À Anjouan, le gouvernant local a opposé un refus catégorique à l'arrivée de 20.000 personnes expulsées de Mayotte.

Lire aussi : Saint-Denis : rassemblement contre l'opération "Wuambushu" à Mayotte

A contrario à Mayotte, Wuambushu bénéficie de nombreux soutiens au sein de la population mahoraise, excédée par la violence quotidienne dans laquelle a plongé l’île.

Au premier rang des soutiens, les députés Mansour Kamardine et Estelle Youssouffa, fustigeant les " droits-de-l’hommistes". Les maires ont aussi donné leur blanc-seing à l’État français.

Des collectifs affirment ouvertement être prêts à pousser l’État autant que possible dans son élan, voire à le supplanter si "les objectifs ne sont pas à la hauteur des attentes des Mahorais".

Une situation potentiellement menaçante pour la stabilité régionale.

Pour rappel, les Comores font partie des pays les pus pauvres au monde. A Mayotte, département français, 40% de la population vit avec moins de 160 euros par mois.

gm pour www.imazpress.com / redac@ipreunion.com

guest
1 Commentaires
Emmanuel Riquier
Emmanuel Riquier
1 an

Quelle honte ! L'ignoble ministre de l'Intérieur et des Outre-mer n'a pas compris que ces pratiques de rafle n'entameront en rien la nécessité pour ces familles, ces enfants, confrontés au chômage, à la misère et aux pénuries, de fuir leurs îles pour SURVIVRE, tout simplement. Et ces exodes forcés ne font que commencer ! Avec le changement climatique qui provoquera le manque d'eau et de nourriture, la sécheresse, la montée des eaux,... j'en passe et des pires, des quantités massives de populations n'auront pas d'autre choix que de migrer. A quand une conférence internationale pour anticiper ces situations ? Non, la Droite capitaliste réactionnaire ultralibérale ne sait répondre que par le cynisme, l'indignité et la violence. Ignoble !