Inédit

"Nous n’obéirons pas" : des cadres de l'Éducation nationale prennent position contre le RN

  • Publié le 27 juin 2024 à 12:58

Depuis le 14 juin 2024 est en ligne une pétition contre le Rassemblement national. Chose rare, voire inédite, ce sont des cadres de l'Éducation nationale qui se sont mobilisés. Des cadres, directeurs, inspecteurs, recteurs… qui refusent de se soumettre au RN si jamais ce dernier arrive en tête. "Nous n'obéirons pas", affirment-ils. Une décision rare puisque un fonctionnaire est soumis à l'obligation d'obéissance hiérarchique. Sauf dans le cas où les ordres porteraient atteinte à la loi et aux valeurs de la République. À La Réunion, si des signataires ne se sont pas fait connaitre, le programme pour l'Éducation de Jordan Bardella provoque la colère du monde enseignant (Photo www.imazpress.com)

"Demain, peut-être, notre prochain ministre issu de ses rangs exigera des cadres que nous sommes d’appliquer des directives, de mettre en œuvre des politiques ou d’organiser un enseignement en opposition avec les valeurs républicaines qui fondent nos métiers et justifient nos engagements", est-il écrit dans la pétition.

"Nous ne l’accepterons pas. En conscience et en responsabilité, nous n’obéirons pas."

"Parce que nous servons l’Etat, nous déclarons dès aujourd’hui qu’aucun d’entre nous n’appliquera de mesures qui contreviendraient aux valeurs de la République. Nous ne serons pas les exécuteurs d’une politique contraire aux principes qui fondent notre attachement au service public d’éducation."

Interrogés, plusieurs cadres du milieu de l'Éducation national ont préféré ne pas donner leur avis ou alors ne pas dire si oui ou non ils avaient signé la pétition.

Et pour cause, les hauts fonctionnaires ont un devoir de réserve.

Si pour l'heure cette pétition récolte près de 3.000 votes, "nous espérons que des collègues de La Réunion se manifesteront", lance Joël de Palmas de la CTGR Éduc'Action.

- Une pétition saluée par les syndicats -

"Cette pétition a le mérite d'avoir été lancée", lance Joël De Palmas pour la CGTR Éduc'Action. "C'est un cri du cœur et d'alarme sur les valeurs de notre République que nous sommes chargés de transmettre mais qui sont très menacées."

Marie-Hélène Dor de la FSU salue également cette "position de "désobéissance civique et ce d'autant qu'elle est prévue par le Code de la Fonction Publique".

"L'agent public doit ainsi désobéir à son supérieur hiérarchique (Article L121-10 du Code général de la fonction publique) : Dans le cas où un ordre donné est manifestement illégal, Et que cet ordre est de nature à compromettre gravement un intérêt public"", est-il écrit dans la loi.

"Cette disposition a été prévue par le législateur pour qu'il n'y ait plus de fonctionnaires contraints de déporter des juifs sous le régime de Vichy. C'est dire où nous en sommes aujourd'hui", martèle Marie-Hélène Dor.

Toutefois, "le principe de désobéir volontairement à un acte légal n'est pas dans l'essence d'un fonctionnaire par définition", ajoute Éric Dijoux de l'Unsa.

Pour ces fonctionnaires, deux solutions s'offrent à eux. "Soit rester en poste et collaborer comme aux heures les plus sombres de notre histoire ou démissionner", explique Éric Annonier de Sud Éducation.

"Le souci dans le cas d'un scénario aussi sombre, c'est que le RN n'a probablement pas les ressources humaines nécessaires pour occuper ces postes à responsabilités, ils devraient forcément trouver des collaborateurs", précise Éric Annonier.

"À ce jour cependant, je pense et j'espère qu'il y aura aussi à la Réunion des fonctionnaires prêts à exercer leur droit à la désobéissance si besoin", dit-elle.

"Certains même hors personnels de direction ont déclaré qu’ils démissionneraient si l’extrême droite est élue, cela reste pour le moment de l’ordre du déclaratif", note Éric Dijoux.

- L'extrême droite, "un danger pour l'École" -

Si cette pétition ne concerne que les fonctionnaires de l'Éducation nationale, il n'en reste pas moins que les syndicats restent eux aussi désabusés face au programme du RN.

Pour la FSU, "l'extrême droite est un danger pour l’école". "Si elle arrive au pouvoir, l’école publique ne s’en remettra pas."

"L’extrême droite a toujours regardé l’École comme un moyen évident pour dérouler son projet de société, raciste, xénophobe, exaltant une école du passé mythifiée pour mieux entériner l’ordre social", ajoute le syndicat.

Pour la FSU, le RN "reprendre en main le contenu et les modalités des enseignements", "renforcer l’orientation précoce des élèves et donc accentuer le tri social à l’école". "Le RN veut supprimer l’enseignement des langues régionales."

Le RN veut supprimer des postes de "non-enseignants", ajoute la FSU.

Dans son programme le RN veut : "contrôler la parole des enseignants par un "accroissement du pouvoir de contrôle des corps d’inspection en la matière, et une obligation de signalement des cas problématiques sous peine de sanctions à l’encontre des encadrants", poursuit le syndicat.

"Si elles s'avèrent contraires aux valeurs républicaines, nous nous chargerons de les attaquer devant les tribunaux (les mesures) et là, il sera possible de remettre en cause leur application", note Joël De Palmas.

"De même, si elles sont purement symboliques et inapplicables comme l'interdiction du téléphone portable, dans ce cas, la question de la désobéissance ne se pose même pas, elle le sera de fait", ajoute le syndicaliste.

Pour l'Unsa, "les textes à appliquer rentrent dans un cadre réglementaire qui peut être débattu et contesté via des procédures juridiques que les syndicats ou les personnels peuvent enclencher".

"Si les ordres donnés ne sont pas conformes au code de l’éducation ils ne peuvent être appliqués. Les établissements publics locaux d'enseignement (EPLE) disposent d’une marge d’autonomie qui permet d’adapter les textes à la réalité du terrain et nous utilisons déjà cette possibilité."

"Dans certains établissements les organisations choisies ne sont pas celles présentées par la gouvernance car jugées inadaptées au fonctionnement ou aux besoins des élèves et cela a été organisé autrement", précise le Snpden Réunion, syndicat des personnels de direction de l'Éducation nationale.

L’Unité de recherche "Laboratoire sur les espaces créoles et francophones" appelle à voter contre le RN.

"Nous affirmons ainsi notre opposition aux valeurs et propositions de lois portées par le RN. Les actes, les conceptions, les discours, les idées, le modèle de société de ce courant, revendiquent le classement des humains en fonction de leurs origines, genres, couleurs, langues, croyances."

"Les attaques déjà amorcées contre le service public de façon générale, les libertés et, en ce qui nous concerne plus directement, l’enseignement supérieur et la recherche, ne feraient qu’empirer sous un gouvernement d’extrême-droite. Au fil des années, nos libertés académiques, de parole et de réunions ont été fortement restreintes ; ajoutons à cela les restrictions budgétaires qui pèsent aussi bien sur l’ensemble du personnel que sur nos étudiant.es", ajoute l'unité de recherche.

"Le programme du RN ne fera que précariser davantage les étudiant.e.s et le personnel universitaire. Les étudiant.es et collègues étrangèr.e.s seront gravement entravé.e.s dans leurs études et leur travail. Certains domaines de recherche en sciences humaines et sociales, déjà attaqués, le seront d’autant plus."

- Bardella veut un "big bang de l'éducation -

Mais quel est donc ce programme qui fait tant réagir.

Le président du Rassemblement national indique vouloir "refaire de l’école un asile inviolable où les querelles des hommes n’entrent pas", ce qui passe par "un big-bang de l’autorité dès la rentrée de septembre". "Je ne me résous pas au déclassement de la France, qui doit renouer avec son modèle d’excellence", a-t-il déclaré.

Il s'est ainsi prononcé pour la poursuite de l'expérimentation de l'uniforme à l'école et pour l'interdiction des téléphones portables dans les établissements scolaires, y compris dans les lycées", pour faire des écoles "des zones de sobriété numérique", pointant les effets des écrans "sur les difficultés de concentration ou les comportements mimétiques".

Le président du RN souhaite également "mettre l’accent sur les savoirs fondamentaux à l’école primaire" et instaurer "un collège modulaire".

Il souhaite aussi rendre obligatoire le vouvoiement et mettre fin du collège unique pour un collège dit "modulaire" afin de valoriser les voies techniques et manuelles.

Concernant les élèves considérés comme "perturbateurs" ou "harceleurs", le RN prévoit une politique de tolérance zéro. Il souhaite ainsi la suspension des allocations et des bourses pour les élèves perturbant le déroulé des cours, des sanctions plancher pour les conseils disciplinaires et compte développer les centres spécialisés d'éducation.

Enfin, le parti veut "restaurer l’autorité des professeurs" et "réduire la bureaucratie" pour leur "redonner libertés et moyens". Mais également "restaurer l’autorité des professeurs" et leur accorder "une protection fonctionnelle automatique" en cas de "plainte pour violence, menace ou injure" à leur encontre.

Le RN explique dans son programme vouloir aussi "revaloriser le métier d’enseignant du recrutement à la fin de la carrière".

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ma.m/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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9 Commentaires
Alé dit partout
Alé dit partout
2 semaines

Vous démissionnez point final

Bertel974
Bertel974
2 semaines

Écoutez les , les Jean Moulin en carton!!!!!! J’attends de voir vos démissions en masse après le 7 juillet.

candide
candide
2 semaines

Et les poulets ? dimanche soir, ce sera champagne !

marius
marius
2 semaines

déjà quand je vois ce que les enfants apprennent à l'école, c'est grave. il faut tout remettre à niveau avant de donner des consignes de vote. Mais au fait qui était aux manettes jusqu'à maintenant..............................

HULK
HULK
2 semaines

Qu'ils se barrent, il y a suffisamment de chômeurs aussi, sinon plus compétents qu'eux, pour faire le boulot. Vu le bo..el que c'est, çà ne doit pas être trop difficile.

Pierrot 974
Pierrot 974
2 semaines

Enfin des Résistants face au néo-fascistes !
Bravo à eux !

Avis d'un enseignant
Avis d'un enseignant
2 semaines

La démocratie ils ne connaissent pas ? Ils se prennent pour des grands résistants et s'imaginent en 1940 alors que sous le joug nazi beaucoup se seraient écrasés.
Là ils ne risquent rien en troupeau !

Electrice
Electrice
2 semaines

encore une fois, le problème est que vous prenez la parole au nom d' une profession alors que tout le monde ne pense pas comme vous. Merci de nous laisser la liberté de choix auquel cas, je ne vois pas en quoi vous êtes différent de ce que vous dénoncez.

Dom
Dom
2 semaines

A force de crier "au loup!" ....