Charges sociales et fiscales

Patronat et syndicats ne veulent pas du gel des dettes

  • PubliĂ© le 4 septembre 2012 Ă  06:27
Patronat et syndicats ne veulent pas du gel des dettes

Alors que le collectif Sauvons nos entreprises et les chambres consulaires souhaitent voir un plan d'apurement des dettes sociales et fiscales se mettre en place afin de "soigner" l'Ă©conomie rĂ©unionnaise, les syndicats de salariĂ©s et patronaux ne sont pas vraiment sur la mĂȘme longueur d'ondes. Du cĂŽtĂ© de la CGTR et de Force ouvriĂšre par exemple, on estime que le gel des dettes lĂšserait les salariĂ©s. Pour le patronat, la CGPME (confĂ©dĂ©ration gĂ©nĂ©rale des petites et moyennes entreprises), elle, estime que les solutions proposĂ©es par la Chambre de mĂ©tiers et de l'artisanat et par la Chambre de commerce et d'industrie ne sont pas Ă©quitables. En attendant, ce sont les entreprises qui souffrent et avec elles des milliers de salariĂ©s et de familles.

"On est opposĂ© Ă  tout gel des dettes sociales, Ă  tout plan d’apurement", dit fermement Eric Marguerite, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de l’Union dĂ©partementale FO Ă  La RĂ©union. "Quand on parle de dettes, cela signifie que l’on doit rembourser de l’argent Ă  quelqu’un, en l’occurrence au salariĂ© qui cotise", souligne-t-il. 

Ivan Hoarau, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la CGTR, va dans le mĂȘme sens. "Les cotisations sociales, c’est du salaire diffĂ©rĂ© pour les salariĂ©s, c’est-Ă -dire que c’est un salaire qui leur est dĂ», qui leur appartient, et qui leur servira quand ils seront Ă  la retraite notamment", explique-t-il. "Quand on demande de ne pas payer la part salariale, c’est tout simplement du vol", s’exprime-t-il.

Pour Ivan Hoarau, la position prise par la Chambre de commerce et d’industrie et la Chambre de mĂ©tiers et d’artisanat - qui fait Ă©cho Ă  la demande du collectif Sauvons nos entreprises - est "irresponsable". "Les prĂ©sidents des chambres consulaires vont tuer le financement de la protection sociale avec des propositions pareilles. Ils font preuve d’une irresponsabilitĂ© comme on n’en a rarement vu", estime le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la CGTR.

Pour la Chambre de mĂ©tiers et d’artisanat, son prĂ©sident, Bernard Picardo, se dĂ©fend face aux critiques des syndicats de salariĂ©s. "MĂȘme si je comprends la position des syndicats, ils ne parlent pas au nom des entreprises. Nous, si", dit-il. "Il y a une vraie crise, et nous tenons compte des souffrances des entreprises, et nos propositions visent Ă  les accompagner au mieux", ajoute Bernard Picardo. "Il faut aussi noter que si les entreprises ferment, il y aura davantage de personnes au chĂŽmage, et ce n’est surtout pas ce que nous voulons", poursuit le prĂ©sident de la Chambre de mĂ©tiers et de l’artisanat.

Les deux syndicats de salariĂ©s ont aussi pointĂ© le fait que "proposer un gel des cotisations est inadmissible, car cela dĂ©savantage lourdement les entreprises qui font l'effort de payer". Si le gel des dettes est inenvisageable, que faut-il donc faire pour sauver les entreprises en grande difficultĂ© ? "Ce n'est pas Ă  nous, syndicats, d'apporter des solutions", rĂ©pond Eric Marguerite. "Mon rĂŽle, c'est de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts des salariĂ©s", ajoute-t-il.

"Je pense que certains devraient bien rĂ©flĂ©chir avant de monter leur entreprise, plutĂŽt que de crier Ă  chaque difficultĂ©", dit encore Eric Marguerite. "Hier, ils descendaient dans la rue pour le prix de l'essence. Aujourd'hui, c'est pour ne pas payer les charges sociales. Demain, ce sera quoi ? Ils vont demander Ă  l'Etat de payer les salariĂ©s Ă  leur place ?", s'interroge-t-il. Ivan Hoarau, pour sa part, rappelle qu’il y a "un problĂšme de relance de l’activitĂ©", mais n’avance pas pour autant plus de propositions concrĂštes pour aider les entreprises en difficultĂ©.

Les syndicats patronaux, eux, ont soulignĂ© qu’il ne peut pas y avoir une Ă©conomie Ă  deux vitesses : l’une qui paie ses cotisations, l’autre qui ne paie pas. "A la CGPME, nous sommes pour une posture responsable et pour des solutions qui respectent l’équitĂ© entre les entreprises", annonce Dominique Vienne, prĂ©sident de la CGPME. "Les entreprises doivent ĂȘtre aidĂ©es et accompagnĂ©es. Mais demander de ne pas payer la part salariale, ce n’est pas de l’accompagnement", estime-t-il. Pour lui, "dans un contexte oĂč la France a du mal Ă  maĂźtriser sa dette, La RĂ©union ne peut pas faire des demandes dĂ©connectĂ©es".

Pour aider et accompagner les entreprises, les organisations patronales Medef, CGPME, FRBTP, Capeb et UPA, rĂ©unies il y a quelques semaines, ont fait des propositions, qui n’incluent pas le gel des dettes. Les syndicats patronaux demandent notamment la mise en place d’un comitĂ© de suivi et d’alerte, une cellule qui aura pour but de proposer des solutions au cas par cas aux entreprises en difficultĂ©. Ils ont Ă©galement proposĂ© de mettre en place un commissaire au redressement productif Ă  La RĂ©union, et de relancer des outils de co-financement pour faciliter l’accĂšs au crĂ©dit des entreprises.

www.ipreunion.com

 

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