Alors que le collectif Sauvons nos entreprises et les chambres consulaires souhaitent voir un plan d'apurement des dettes sociales et fiscales se mettre en place afin de "soigner" l'Ă©conomie rĂ©unionnaise, les syndicats de salariĂ©s et patronaux ne sont pas vraiment sur la mĂȘme longueur d'ondes. Du cĂŽtĂ© de la CGTR et de Force ouvriĂšre par exemple, on estime que le gel des dettes lĂšserait les salariĂ©s. Pour le patronat, la CGPME (confĂ©dĂ©ration gĂ©nĂ©rale des petites et moyennes entreprises), elle, estime que les solutions proposĂ©es par la Chambre de mĂ©tiers et de l'artisanat et par la Chambre de commerce et d'industrie ne sont pas Ă©quitables. En attendant, ce sont les entreprises qui souffrent et avec elles des milliers de salariĂ©s et de familles.
"On est opposĂ© Ă tout gel des dettes sociales, Ă tout plan dâapurement", dit fermement Eric Marguerite, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de lâUnion dĂ©partementale FO Ă La RĂ©union. "Quand on parle de dettes, cela signifie que lâon doit rembourser de lâargent Ă quelquâun, en lâoccurrence au salariĂ© qui cotise", souligne-t-il.Â
Ivan Hoarau, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la CGTR, va dans le mĂȘme sens. "Les cotisations sociales, câest du salaire diffĂ©rĂ© pour les salariĂ©s, câest-Ă -dire que câest un salaire qui leur est dĂ», qui leur appartient, et qui leur servira quand ils seront Ă la retraite notamment", explique-t-il. "Quand on demande de ne pas payer la part salariale, câest tout simplement du vol", sâexprime-t-il.
Pour Ivan Hoarau, la position prise par la Chambre de commerce et dâindustrie et la Chambre de mĂ©tiers et dâartisanat - qui fait Ă©cho Ă la demande du collectif Sauvons nos entreprises - est "irresponsable". "Les prĂ©sidents des chambres consulaires vont tuer le financement de la protection sociale avec des propositions pareilles. Ils font preuve dâune irresponsabilitĂ© comme on nâen a rarement vu", estime le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la CGTR.
Pour la Chambre de mĂ©tiers et dâartisanat, son prĂ©sident, Bernard Picardo, se dĂ©fend face aux critiques des syndicats de salariĂ©s. "MĂȘme si je comprends la position des syndicats, ils ne parlent pas au nom des entreprises. Nous, si", dit-il. "Il y a une vraie crise, et nous tenons compte des souffrances des entreprises, et nos propositions visent Ă les accompagner au mieux", ajoute Bernard Picardo. "Il faut aussi noter que si les entreprises ferment, il y aura davantage de personnes au chĂŽmage, et ce nâest surtout pas ce que nous voulons", poursuit le prĂ©sident de la Chambre de mĂ©tiers et de lâartisanat.
Les deux syndicats de salariĂ©s ont aussi pointĂ© le fait que "proposer un gel des cotisations est inadmissible, car cela dĂ©savantage lourdement les entreprises qui font l'effort de payer". Si le gel des dettes est inenvisageable, que faut-il donc faire pour sauver les entreprises en grande difficultĂ© ? "Ce n'est pas Ă nous, syndicats, d'apporter des solutions", rĂ©pond Eric Marguerite. "Mon rĂŽle, c'est de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts des salariĂ©s", ajoute-t-il.
"Je pense que certains devraient bien rĂ©flĂ©chir avant de monter leur entreprise, plutĂŽt que de crier Ă chaque difficultĂ©", dit encore Eric Marguerite. "Hier, ils descendaient dans la rue pour le prix de l'essence. Aujourd'hui, c'est pour ne pas payer les charges sociales. Demain, ce sera quoi ? Ils vont demander Ă l'Etat de payer les salariĂ©s Ă leur place ?", s'interroge-t-il. Ivan Hoarau, pour sa part, rappelle quâil y a "un problĂšme de relance de lâactivitĂ©", mais nâavance pas pour autant plus de propositions concrĂštes pour aider les entreprises en difficultĂ©.
Les syndicats patronaux, eux, ont soulignĂ© quâil ne peut pas y avoir une Ă©conomie Ă deux vitesses : lâune qui paie ses cotisations, lâautre qui ne paie pas. "A la CGPME, nous sommes pour une posture responsable et pour des solutions qui respectent lâĂ©quitĂ© entre les entreprises", annonce Dominique Vienne, prĂ©sident de la CGPME. "Les entreprises doivent ĂȘtre aidĂ©es et accompagnĂ©es. Mais demander de ne pas payer la part salariale, ce nâest pas de lâaccompagnement", estime-t-il. Pour lui, "dans un contexte oĂč la France a du mal Ă maĂźtriser sa dette, La RĂ©union ne peut pas faire des demandes dĂ©connectĂ©es".
Pour aider et accompagner les entreprises, les organisations patronales Medef, CGPME, FRBTP, Capeb et UPA, rĂ©unies il y a quelques semaines, ont fait des propositions, qui nâincluent pas le gel des dettes. Les syndicats patronaux demandent notamment la mise en place dâun comitĂ© de suivi et dâalerte, une cellule qui aura pour but de proposer des solutions au cas par cas aux entreprises en difficultĂ©. Ils ont Ă©galement proposĂ© de mettre en place un commissaire au redressement productif Ă La RĂ©union, et de relancer des outils de co-financement pour faciliter lâaccĂšs au crĂ©dit des entreprises.
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