Explosion des saisies de cocaïne

Trafic de stupéfiants : à l'aéroport, les douanes luttent contre un "tsunami blanc"

  • Publié le 2 avril 2025 à 08:06

A l'aéroport Roland Garros, des milliers de passagers passent chaque jour sous le regard des douaniers et de leurs équipes cynophiles. Depuis quelques années, ces agents constatent une augmentation constante du trafic de stupéfiants, particulièrement de cocaïne, et parlent désormais d'un "tsunami blanc". En 2024, 25 kg ont été saisis rien qu'à l'aéroport (Photos : rb/www.imazpress.com)

400, 600 ou 700 passagers d'un coup : l'exercice des douaniers est compliqué, encore plus les jours où leurs collègues canins sont absents. Un comportement étrange, un mouvement de recul, un air stressé…C'est aux agents postés dans l'aérogare de déterminer qui doit être contrôlé.

En provenance de l'Hexagone, Maurice, Mayotte, Madagascar, d'Afrique du Sud ou même de Thaïlande, les passagers s'enchaînent, et apportent parfois avec eux des stupéfiants.

"Parfois c'est caché dans les valises, parfois ces personnes, qu'on appelle des mules, les ingèrent ou les insèrent dans leur corps, ou les attachent à leur corps sous les vêtements", explique Hervé Le Ray, inspecteur général des douaniers.

"Les passagers se présentent au filtre de douane, et le service décide de contrôler ou non. Il faut savoir qu'un vol représente environ 400 passagers, et il arrive que deux vols atterrissent en même temps", souligne-t-il.

Si les chiens ne sont pas présents, c'est aux agents de déterminer si un passager doit être contrôlé ou pas. Un rôle qui ne s'apprend que par l'expérience. "La difficulté, c'est qu'il n'y a pas de profil type, notre métier serait bien plus simple", sourit l'inspecteur.

- Des profils différents -

En 2024, 25 mules ont été interpellées, toutes d'horizon différents. "On a eu beaucoup de jeunes femmes et de jeunes hommes, mais on peut parfaitement avoir un couple de randonneurs, ou une personne en fauteuil roulant, qui transportent des stupéfiants", affirme-t-il.

Beaucoup de ces mules sont en situation de précarité, parfois consommatrices elles-mêmes de stupéfiants, et font ce voyage en échange de quelques milliers d'euros. "Une somme assez ridicule en comparaison des risques que cela représente."

Trois chiens accompagnent les 37 agents sur place une partie de la semaine. Sur les trois équipes cynophiles, deux sont consacrées à la recherche de stupéfiant, tandis que la troisième se focalise sur le tabac et l'argent liquide.

"Les chiens vont marquer des bagages, que nous allons contrôler", explique Hervé Le Ray. Une technique qui n'est cependant pas infaillible. "Parfois, les colis sont si bien emballés qu'il devient difficile pour les chiens de détecter les odeurs. Les trafiquants s'adaptent à nos méthodes, donc on doit s'adapter aussi", dit-il.

S'ils sont extrêmement utiles, les agents sont toutefois parfaitement à même de réaliser leur mission. "La dernière grosse saisie a été réalisée par une agente, seule", souligne Hervé Le Ray. "Nos collègues à quatre pattes ont une efficacité reconnue, mais ils ont leurs limites aussi."

- "Tsunami blanc" -

A l'aéroport, les douaniers parlent désormais de "tsunami blanc". "En 2024, les douanes ont saisi 50 kg de cocaïne, dont 25 uniquement à l'aéroport. Il y a une explosion des saisis de cocaïne", annonce Hervé Le Ray. "On a aussi de la résine de cannabis, de l'ecstasy ou de la MDMA, autour de 100 kg respectivement."

"Il y a six ans, on avait moins d'un kilo de cocaïne par an saisi à l'aérogare, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sachant que les produits arrivent à 70% de pureté, selon nos analyses, on peut penser qu'ils sont recoupés deux à trois fois minimum" avant d'être revendus, explique Hervé Le Ray.

Des chiffres en augmentation constante, qui se traduisent par une augmentation de la consommation dans l'île. Les services de l'Etat ont d'ailleurs mené une campagne de prévention pendant les fêtes, qui a laissé les professionnels de santé plutôt perplexes.

Ce "tsunami" est difficile à endiguer, tant le nombre de passagers est élevé. "Un filtre à l'arrivée ne suffit pas à tout arrêter, on ne peut pas contrôler tous les passagers. Il est certain que ce que l'on saisit est une goutte d'eau vis-à-vis de ce qui peut passer", admet le contrôleur.

"Il y a évidemment d'autres moyens de contrôles, au port maritime notamment, dans les containeurs et bateaux de commerce, mais aussi au centre de dédouanement postal."

Au-delà des stupéfiants, les douaniers sont à l'affût d'argent liquide. "Qui dit stupéfiants dit argent sale. L'intérêt d'avoir une équipe cynophile permettra certainement de faire des constatations d'argent issus du trafic", rappelle Hervé Le Ray`.

Des saisies conséquentes de tabac sont aussi constatées, d'où l'utilité de cette nouvelle brigade cynophile spécialisée en argent et en tabac, qui a été lancée au mois de mars. Ces importations de tabac arrivant principalement de Madagascar.

- Saisies judiciarisées -

Un travail de tous les instants, donc, qui n'est pas toujours accueilli favorablement par les passagers.

Si la plupart d'entre eux répondent volontiers aux questions des douaniers, et ne présentent aucune opposition à faire passer leurs bagages au scanner, certains font parfois preuve de résistance.

"Cela arrive que certains passagers soient vraiment désagréables, mais on ne fait que notre travail", glisse une agente après une interaction avec deux touristes qui n'ont pas apprécié ce contrôle spontané.

Derrière leur écran, les agents tentent de déterminer si quoique ce soit de suspect se trouve dans les bagages.

"On recherche des paquets d'une certaine forme, d'une certaine densité. On joue avec les contrastes des couleurs pour mieux voir les objets présents dans la valise", explique un agent.



Que se passe-t-il en cas de saisie ?  "Nous sommes un service de constatations, nos saisies sont donc judiciarisées et permettent ensuite à des services d'enquête de remonter à des réseaux", détaille Hervé Le Ray. "Cela se fait sous l'autorité du parquet de Saint-Denis."

En cas de saisie, la personne peut être enfermée dans l'une des deux cellules de l'aérogare en retenue douanière, en attendant la prise en main des services judiciaires.

Le 18 mars 2025, une mule de 21 ans a été interceptée à l'aéroport. Elle se trouvait en possession de plus de 16 kilos de résine de cannabis et 900 grammes de cocaïne dissimulés dans sa valise.

Le mercredi 12 mars 2025, trois jeunes femmes, trois mules interceptées en janvier à l'aéroport Roland-Garros ont été condamnées à trois ans de prison. Le 13 janvier, elles avaient été interpellées à leur descente de l'avion avec plusieurs kilos de drogues pour une valeur de 1,3 million d'euros de stupéfiants estimée à la revente.

Le 2 janvier, une mineure de 17 ans avait également été interpellée à l'aéroport Roland-Garros, avec, sur elle, trois kilos de cachets d’ecstasy.

Déjà en 2023, les autorités avaient alerté sur ce phénomène, avec 24 interpellations dans l'année. Ce flux ne s'est pas tari, au contraire.

Lire aussi : Derrière l'explosion des saisies de drogue, une augmentation de la consommation

as/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

guest
8 Commentaires
HULK
HULK
21 heures

S'il y a du produit c'est qu'il y a un marché. Au prix que çà doit coûter, cherchez bien.

jul
jul
19 heures

Effectivement, je pense que cette consommation ne se fait que là où le pouvoir d'achat est présent. C'est évident !

Paul
Paul
21 heures

Manque de moyens.
Les effectifs sont trop faibles…
Et pendant ce temps « cabri i mange salade »

HULK
HULK
22 heures

50 euros au detail en metropole et 120 euros ici ,je me demande pourquoi il y a traffic,ils ne peuvent pas investir dans un livret A à 2% comme tt le monde? l argent dirige le monde,a moins de legaliser et de vendre ces produits à l hopital pour casser leurs revenus je ne vois pas pourquoi la mafia arreterait,meme la peine de mort n arrete pas les trafficant. si tu laisses passer une valise en tant que douanier tu touches 40 000 euros net....

Alain
Alain
19 heures

Merci pour ce plaidoyer à la légalisation!

Peines de prison
Peines de prison
22 heures

10 ans de prison.
Ça fera réfléchir.

L’expat
L’expat
16 heures

Les gamines sont condamnées à 3 ans de prison et renvoyées dans leurs familles c’est pas si risqué que ça. Je crois pas que ce soit le RSA ou le Komor qui consomme mais plutôt celui qui a un livret A. Ce ne sont pas des habitudes de consommation locale (ça le devient) donc c’est des habitudes importées : tests salivaires pour tout nos fonctionnaires importés : éducation nationale ,hôpitaux… et csp+ ( avocats, commerciaux…) et des contrôles dans les raves sauvages qui pullulent.

julien
julien
8 heures

C'est même une certitude. On sait très bien qui consomme ces drogues. On sait très bien dans quels milieux ces gens se retrouvent. M